Le Conseil Impérial

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 Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)

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Peter von Nebelheim
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MessageSujet: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Mar 1 Juin 2010 - 1:59

Bonsoir à tous! Après quelques semaines consacrées à toute autre chose que le zhobby, je reviens à ce dernier avec un nouveau rapport de bataille qui s'inscrit dans la continuité de celui posté plus tôt. J'espère faire encore mieux grâce à vos conseils et critiques, et j'ai vraiment vu grand, donc je ne sais pas quand ça se finira (si j'arrive à finir ^^). En tout cas, c'est commencé! Bonne lecture...

Le Massacre des Bois Cornus

Dramatis Personae:

1.Friedrich, Flagellant (l'Aveugle)
2.Eric von Eyken, Pilote-ingénieur du Tank à Vapeur l'Erlösung (l'Ingénieur)
3.Clemenz, Lancier de la Phalange, 7ème Régiment du Nebelheim (le Soldat)
4.Lorcaen, l'Élu de Mannan, Précepteur des Frères des Brisants (le Templier)
5.Kurdosh, Sans-Ombre de la Harde de Korghar le Coureur (la Bête)
6.Johan Krull l'Errant, Capitaine du Nebelheim, Suivant de Malal, Vampire (le Maudit)



« Pour celui qui croit, la douleur n'est rien! » Les têtes d'acier des lanières du fouet du flagellant vinrent s'enfoncer dans le dos nu de ce dernier avec un bruit sourd, suivi immédiatement par un autre, de succion cette fois ci, quand les billes de métal furent violemment arrachées de la chair meurtrie du fanatique. Il y a peine deux jours de cela, Friedrich aurait certainement affiché une grimace de dégoût devant le spectacle offert par la bande de zélotes qui marchait aux côtés de l'armée impériale, mais à présent, la cacophonie, les cahots,l'odeur, la douleur parfois, lui étaient tout à fait familières. Deux jours de temps, c'était bien plus qu'il n'en fallait pour détruire complètement la vie d'un homme, et assez pour jeter les premières fondations d'une nouvelle. Il y a deux jours, Friedrich était un hallebardier du 10ème régiment du Nebelheim, réduit à peu de choses après la désastreuse bataille de la colline Hauptman. Il avait des amis, encore quelques uns tout du moins, et des perspectives d'avenir étalées sur un futur plus ou moins distant. Et surtout, il avait encore ses deux yeux. À présent, il était aveugle, seul au monde et ne se projetait pas plus loin que la prochaine heure. À présent, il était un flagellant.
Cette pensée fit naître un rictus ironique sur sa face creusée par l'épuisement et la faim. À la différence de beaucoup, si ce n'est tous, de ses nouveaux compagnons, il était parfaitement sain d'esprit. Parfaitement. Parfaitement. La seule raison pour laquelle il se trouvait parmi cette bande de zélotes écumants était d'ordre pratique: aucun régiment, aucune milice n'accepterait jamais un aveugle dans ses rangs. Et Friedrich voulait se battre. C'était bien la seule chose qui lui restait de son ancienne vie, une soif de vengeance qui lui tenaillait le ventre à chaque instant et l'aidait à continuer à s'accrocher, à marcher encore et encore. Mataplana devait payer. Pour le Nebelheim, pour le 10ème, pour l'ancienne vie de Friedrich. Voilà pourquoi il avait rejoint les Flagellants que Deusmeister avait autorisé à se joindre à sa colonne. Eux se foutaient bien qu'il n'y voient plus rien.
« La lumière mes frères! Voyez vous la lumière du divin Sigmar? » reprit une voix quelque part à sa gauche. Rugissements d'approbation. Claquements de fouets. Quelques plaintes de douleur.
« Oh que oui, je la vois la lumière... » siffla l'aveugle entre ses dents, alors que ses camarades se répandaient en adoration forcenée.


« Bielles et boulons, garçon! Es-tu sûr d'avoir reçu une formation à Nuln? Je veux dire, une autre formation que celle dispensée gracieusement par la fille du maître-ingénieur? »
La pique de von Eyken fit mouche, et l'aide couvert de sueur et de graisse détourna la tête en rougissant. « Vas-y, riposte, mais riposte tudieu! » songea le pilote de l'Erlösung, sans que son vœu soit exaucé d'une quelconque manière par son interlocuteur, soudainement très occupé par la contemplation de la chaudière du tank à vapeur. Eric von Eyken laissa échapper un soupir d'ennui qui passa largement inaperçu dans l'habitacle enfumé de la machine, et ouvrit l'écoutille pour aller prendre l'air. Ces nouveaux apprentis étaient d'une pudibonderie et d'une réserve proprement stupéfiante. Si ça avait lui qui avait été visé par la blague qu'il venait de décocher, le plaisantin en aurait déjà eu pour son argent, intérêt et capital. Le gradé aurait sûrement riposté à son tour, ou l'aurait menacé de représailles s'il continuait comme ça, mais la glace aurait été brisée dans les deux cas. Qui sait, ils auraient pu finir ivres morts dans une taverne, ou bien se taper dessus comme des chiffonniers, mais il y aurait eu un peu d'action. Il commençait à croire que l'École ne recrutait plus que des femmelettes efféminées et bien polies, du genre à obéir aux ordres dans la seconde avec le « entendu monseigneur » ou le « tout de suite chef » de rigueur. Bah, pathétique. De son temps à lui...
Les souvenirs du pilote-ingénieur furent dérangés dans leur évocation par un choc sourd à l'avant, suivi d'une chute brutale de la vitesse de l'Erlösung qui failli jeter von Eyken hors de l'habitacle, et le sifflement caractéristique de la vapeur s'échappant de la tuyauterie par un endroit non prévu à cet effet. Enfin il se passait quelque chose. Il remit la tête à l'intérieur de la cabine, et constata que les deux perruches qui prétendaient l'aider à faire avancer le tank à vapeur étaient en train de faire ce que toutes les perruches font lorsque elles viennent de percuter une souche: rejeter la faute sur l'autre.
« La ferme! » hurla-t-il pour obtenir le silence. « Je me fous bien de savoir qui est responsable de cette petite mésaventure, mais vous avez intérêt à ce qu'on soit repartis dans les cinq minutes qui viennent si vous ne voulez pas descendre et pousser. »
« Tout de suite chef! » bafouilla Sigmund, un grand échalas à la tignasse brune, tandis que Dorend, plus petit et potelé et le crâne rasé et luisant de sueur bredouillait un « Entendu monseigneur! » de sa voix haut perchée. Von Eyken leur jeta un drôle de regard et remonta à l'air libre pour se changer les idées.


Clemenz évita adroitement la pointe de lance du soldat qui marchait devant lui et décocha à ce dernier une taloche bien méritée.
« Je t'ai à l'œil Lothar, » fit-il quand l'intéressé se retourna pour lui décocher un regard où se mêlaientt douleur, surprise et colère, « mais n'essaie pas de l'embrocher comme ça, t'arriveras à rien, parole. » Lothar était sur le point de rétorquer quelque chose quand la main gantée d'Helmut Maler, sergent du 7ème régiment du Nebelheim, vint se poser sur sa bouche, le réduisant efficacement au silence.
« T'occupes Lothar, » se justifia-t-il lorsque les yeux suffoqués de sa victime vinrent se poser sur lui, « Clemenz a une grande bouche et une cervelle pleine de fiel, une vraie fosse à purin. Je pourrais commencer à jouer le chef impartial et le punir pour ce qui vient de perdre, mais j'ai pas envie de perdre les prochaines dix minutes de ma vie à parlementer du pourquoi et du comment. Toi, tu as juste une grande bouche, alors que je te dis de la fermer, tu la fermes, compris? »
Lothar voulut dire quelque chose, mais le regard appuyé que lui jeta son supérieur, et surtout l'énorme battoir de ce dernier qui lui obturait toujours la bouche, finir par le réduire au silence, pour de bon cette fois.
« Parfait. » dit Maler en retirant sa main. « Vous voyez qu'on peut régler ça rapidement, efficacement et pacifiquement. Mais à l'avenir, » ajouta-t-il avec un sérieux mortel qui contrasta vivement avec l'attitude débonnaire qui avait été la sienne jusqu'alors, « si je reprend l'un d'entre vous à faire du grabuge dans les rangs, on s'arrangera à ma manière, vu? VU? »
La poigne d'acier qui s'était abattue sur les épaules des fautifs leur arracha à tous deux un grognement d'affirmation, et le sergent se détourna d'un air satisfait pour reprendre la tête du régiment.


La lourde cognée de Lorcaen, précepteur au sein de l'ordre des Frères des Brisants, et Élu de Mannan en sus pour beaucoup des autres chevaliers, vint fracasser la branche qui barrait le passage de ce dernier. Le bois céda dans un craquement sinistre et une pluie d'échardes vola en tout sens. Reubens se renfrogna à ce spectacle, non pas parce que son destrier fit un écart lorsqu'un éclat vint lui piquer le flanc, mais parce que le vieux chevalier savait pertinemment que l'acte de Lorcaen ne pouvait signifier qu'une seule chose: il y pensait encore. Le porte-étendard des chevaliers apaisa sa monture de quelques mots rassurants, et la dirigea vers celle de son supérieur.
« Je sais ce que tu vas me dire Reubens, » fit ce dernier sans tourner la tête lorsque le vexillaire fut arrivé à son niveau, « et je t'ai déjà dit que tu avais parfaitement raison de me le dire. Mais je crois t'avoir également suggéré de ne plus aborder ce sujet en ma présence. » Le ton de Lorcaen était lugubre, et ses yeux ne quittaient pas le sentier sur lequel les templiers progressaient, à l'affût du moindre branchage sur lequel assouvir la colère et la frustration qui l'habitaient. Tout autre chevalier n'aurait pas insisté devant la mauvaise humeur manifeste du précepteur, mais Reubens von Mirkwurzt se contenta de tirer sur sa barbe bicolore avec bonhommie. À près de cinquante printemps, le Doyen des Brisants était deux fois plus vieux que son supérieur hiérarchique, et cet état de fait lui autorisait une certaine légèreté vis à vis du protocole et de l'étiquette dont la noblesse impériale était si friande. De plus, Lorcaen ne faisait pas partie de la noblesse impériale.
« Je me disais juste, » commença-t-il avec bonne humeur, « qu'après deux jours à bouder sur sa selle, l'Élu de Mannan pouvait envisager de passer à autre chose. »
L'Élu en question se retourna vivement vers son interlocuteur, un regard inquiétant dans les yeux et une réplique assassine sur les lèvres... qui ne fusa jamais. À la surprise de Reubens, le précepteur éclata de rire.
« Ah, Reubens, Reubens, mon ami, » fit-il après avoir repris sa contenance, « je m'attendais à une autre leçon moralisatrice dont tu détiens le secret, et voilà que tu m'attaques de front, comme si j'étais le dernier novice sur la Couronne de Mannan! »
« Ce que tu es, Lorcaen » répondit le vétéran en pointant du doigt le bandeau qui lui couvrait l'oeil
gauche. Reubens von Mirkwurzt avait perdu cette partie de son anatomie quand son cadet apprenait à marcher.
« Vrai encore une fois, » rétorqua ce dernier, « mais pour les années de service qui nous séparent, je reste celui en charge, et la façon dont Deusmeister a disposé de nous me reste dans la gorge. Mais je suppose que la sagesse née des ans te fait voir la situation différemment? »
Ce fut le tour de Lorcaen d'être surpris quand Reubens perdit le sourire qu'il avait arboré tout au long de la discussion et fixa le premier chevalier de son seul oeil avec une gravité qui ne lui était pas coutumière.
« Deusmeister a agi comme les dernier des salopards, nous sommes d'accord là-dessus, » souffla le porte-étendard, assez bas pour que seul Lorcaen puisse l'entendre, « et il devra rendre des comptes lorsque toute cette histoire sera terminée. Mais pour l'heure, nous sommes perdus dans les Bois Cornus à la recherche d'un vampire et de son armée, et dans ce genre de situation, on se doit de laisser toutes les querelles de côté. Unis, au moins en apparence, nous avons une chance de finir le travail proprement. Divisés, nous ne reverrons jamais la Couronne. »
Lorcaen sembla réfléchir un instant aux paroles de son aîné, puis opina du chef, apparemment convaincu. Le vieux templier lui adressa un sourire d'approbation, et laissa la monture de Lorcaen passer devant la sienne. La journée allait être rude, il pouvait le sentir dans ses os.


Rolf balaya les sous-bois d'un air inquiet, les doigts crispés sur la corde de son arc. Par tous les dieux, cet endroit ne lui disait rien qui vaille. Jamais il n'avait pénétré si avant dans les bois orientaux de la province, un lieu où les tribus des Fellmen régnaient sans partage. Et pourtant, les « À Moitié » avaient reçu pour tâche d'ouvrir le chemin au reste de l'armée, ce qui signifiait ni plus ni moins que de débusquer les restes de l'ost de l'hidalgo vampire dans ce dédale végétal. Et dans la pénombre perpétuelle projetée par les frondaisons dénudées des arbres noirs qui poussaient hauts et drus dans cette partie de la forêt, Rolf savait pertinemment que quelque chose était en train d'épier les chasseurs. Mais le pisteur était doué, et la seule preuve de sa présence était la désagréable sensation de malaise qui labourait les entrailles de l'éclaireur. Réprimant un frisson, il se dépêcha de recoller avec le reste du régiment qui progressait un peu plus en avant.

Kurdosh découvrit ses babines en un rictus de cruel amusement devant la fuite apeurée de l'humain vers la sécurité toute relative des siens. Il pouvait voir que la petite bande était perdue, tout comme le reste des peaux-roses, aussi facilement qu'il pouvait pointer le soleil dans le ciel les yeux fermés, et tout se déroulait comme prévu. Encore une mille dans cette direction, et les éclaireurs tomberaient sur les restes soigneusement disposés par les siens, des restes de cadavres morts depuis bien longtemps. De là, seul un idiot pourrait manquer le reste des envahisseurs, installés dans la trouée pelée. Aux pieds de la pierre des hardes. Le rictus que Kurdosh afficha à cette pensée ne trahissait plus aucune joie, seulement une colère noire devant cet affront aux Dieux. Ils paieraient pour ça, les morts comme les vivants. Réalisant qu'il était maintenant hors d'écoute des humains, l'ungor donna le signal du départ au reste de sa bande.

Il regarda les créatures cornues partir vers la clairière, et cette vue lui rappela douloureusement ce qu'il était devenu. Il aurait du bouillir de rage et de dégoût devant ce spectacle révoltant, cette sinistre parodie d'humanité que les Fellmen adoptaient, mais son cœur était froid comme une pierre, et il ne ressentait plus rien. Il se retourna vers les guerriers qui l'accompagnaient, silencieusement alignés derrière lui et donna l'ordre du départ. Pas qu'ils en aient vraiment besoin, car il savait qu'ils le suivraient jusqu'au Grand Nord si nécessaire, mais c'était une habitude qu'il avait conservé de son ancienne vie, une sorte de coquetterie funeste. Avant demain, il l'aurait sans doute perdu, en même temps que son simulacre d'existence. Tout en marchant vers son destin, Johan Krull tenta de se rappeler de ce que ça faisait d'être mort, lui qu'il ne l'avait été que si brièvement.

L'armée impériale de la province du Nebelheim:

Général:

Markus Deusmeister, Archidiacre de Sigmar avec Épée du Destin, Armure de Fer Météorique et Cape Blanche = 225 points

Personnages:

Evarius Ström, Sorcier de Bataille de niveau 2 avec Pierre de Pouvoir et Sceptre de Pouvoir = 150 points
Il connaît Regard Embrasé et Illumination de Pha du Domaine de la Lumière.

Richter Krivtin, Prêtre-Guerrier de Sigmar avec armure lourde, bouclier, destrier caparaçonné, Épée de Justice et Icône de Magnus = 155 points

Regnard Kraus, Prêtre-Guerrier de Sigmar avec armure lourde, bouclier et Bâton de Commandement = 150 points

Unités de base:

La Phalange (7ème régiment du Nebelheim), 29 Lanciers avec boucliers et état-major complet.
->La Milice de Drünnerwald, détachement de 14 Miliciens (dont Leo Nähmer, le Prêcheur Fou).
= 264 points

Les Guetteurs de Fort Sturm (7ème régiment du Nebelheim), 10 Arquebusiers avec Eric Schlösser (Tireur d'Élite) et Long Fusil du Hochland.
->Les survivants des Moucheurs de Matteo Volgi, détachement de 5 Arbalétriers.
= 145 points

Les «À Moitié» de Karl Braünersohn, 10 Chasseurs =100 points

La Lance de Lorcaen (Ordre des Frères des Brisants), 7 Chevaliers avec état-major complet et Étendard d'Acier = 221 points

La Lance de Bergier (Ordre des Frères des Brisants), 5 Chevaliers avec Précepteur = 131 points

Les Compagnons Croyants, 12 Flagellants avec Prophète = 130 points

Unités spéciales:

Les Princes de la Poudre, 6 Pistoliers avec musicien, escorteur et pistolet à Répétition = 132 points

La Compagnie d'Acier, 5 Chevaliers du Loup Blanc du Cercle Intérieur avec état-major complet (dont Ayhrad von Delfkelheim, der Hexenhammer) et Bannière de Guerre = 190 points

La Patrouille Biestleder, 5 Escorteurs avec Champion et Musicien = 129 points

Le Cercle des Lames, 6 Joueurs d'Épée avec Champion du Comte = 72 points

Unités rares:

Erlösung, Tank à Vapeur = 300 points

Réserves:

Johan Krull le Maudit, VampireChevalier des Ténèbres (Destrier Infernal caparaçonné, Armure Lourde et Bouclier) et Haine Eternelle avec Suaire Nocturne et Epée de Bataille = 185 points

Les Loups de Krull (« 11ème » Régiment du Nebelheim), 28 Guerriers Squelettes avec état-major complet et Lances = 272 points

TOTAL: 2956 points

L'ost mort-vivant de l'hidalgo Arnau de Mataplana

Général:

Arnau de Mataplana, Seigneur Vampire de niveau 3 avec Épée de Puissance, Couronne des Damnés, Livre d'Arkhan.
Furie Rouge, Haine Infinie, Seigneur des Morts.
Il connaît l'Invocation de Nehek ainsi que Résurrection, Danse Macabre de Van Hel et Vieillissement = 430 points

Personnages:

Alphonso de Gormaz, Vampire, avec Lame de Morsure et Haubert Sanglant de Walach.
Chevalier des Ténèbres, Haine Infinie.

Il connaît l'Invocation de Nehek ainsi que Souffle de la Non-Vie = 220 points

Don Diego de Quinhones, Vampire avec Haubert de l'Ecorché et Épée de Bataille.
Avatar de la Mort, Haine Infinie
.
Il connaît l'Invocation de Nehek ainsi que Souffle de la Non-Vie = 195 points

Alonso, Nécromancien avec Baguette de Mort Ardente
Il connaît Résurrection = 105 points

Unités de Base:

La Compagnie Macabre, 19 guerriers squelettes avec lances et état-major complet = 218 points
Le Tercio sépulcral, 19 Guerriers squelettes avec état-major complet = 180 points
Les Enfants Perdus, 10 Goules avec nécrophage = 88 points
La Race déchue, 10 Goules avec nécrophage = 88 points

Unités spéciales:

L'Ordre Déchu, 8 Chevaliers Noirs avec état-major complet et Étendard de la Légion des Morts = 257 points
Les Héros Tombés, 19 Gardes des Cryptes avec état-major complet = 258 points

Réserves:

Les Cavaliers d'Outre-tombe, 8 Chevaliers Noirs avec état-major complet et Étendard des Feux de l'Enfer = 242 points
Les Ailes Rouges, 4 Chauves-souris vampires = 80 points
Ceux qui n'ont jamais vécus, 4 spectres des Cairns, Dulcinea de Tobado (Banshee) = 225 points

TOTAL: 3003 points


Avant la Bataille

Citation :
Scénario: Chasse dans les Bois Cornus

Décor:
Au moins trois forêts, peu ou pas de bâtiments, une pierre des hardes au centre de la table

Objectifs:
L'Empire veut bannir les vampires pour faire disparaître la menace qu'ils représentent. Le joueur impérial gagne 100 points de victoire supplémentaire par vampire ennemi tué, 200 pour le général ou pour le capitaine Johan Krull

Le seigneur vampire cherche à recouvrir sa force et à épouvanter ses ennemis. Le joueur Comte Vampire marque 100 points de victoire supplémentaire pour chaque personnage ennemi tué au cours d'un duel (le vainqueur se nourrit du vaincu devant ses troupes épouvantées), 200 si le général impérial est tué de cette façon.

Pour cette partie, le contrôle des quarts de table n'est pas pris en compte dans le calcul des points de victoire.

Règles spéciales:
Mais où peuvent-ils bien être?
Les deux armées évoluent dans un environnement qui leur est totalement étranger, et il ne serait pas étonnant que certaines troupes envoyées en reconnaissance s'égarent dans les dédales de la forêt. Ce retard pourrait s'avérer désastreux... ou bien permettre à un général opportuniste de frapper un grand coup là où l'ennemi s'y attend le moins.
Au moment de se déployer, chaque joueur peut décider de garder autant d'unités qu'il le souhaite en réserve, à l'exception du général, qui doit être aligné normalement sur la table. Au début de son deuxième tour, tout joueur ayant placé des troupes en réserve peut tenter de les faire venir en jeu en jetant un dé pour chaque unité non déployée (les personnages déployés dans une unité arrivent ou non avec cette dernière: un seul dé est jeté). Sur 5+ l'unité arrive, et peut être placé en contact avec n'importe quel bord de table, excepté celui du joueur adverse. Elle compte à tout point de vue comme revenant sur la table après avoir poursuivi un ennemi. Les unités échouant à entrer en jeu seront disponibles au troisième tour sur un résultat de 4+, au quatrième tour sur un résultat de 3+, etc...

Le Territoire des Sabots Fourchus
Les deux armées sur le territoire d'une harde d'hommes-bêtes, et cette dernière est déterminée à repousser les belligérants loin de son sanctuaire.
Avant de débuter la partie, numérotez les forêts de 1 à 3. Au début du deuxième tour, les joueurs jettent un dé pour chacune d'entre elles, sur un résultat de 5+, les Hommes-Bêtes sortent des bois pour attaquer l'ennemi! Jetez le dé de dispersion pour déterminez leur direction de sortie et placez-les au contact de la forêt qui les abritait précédemment. Utilisez le tableau suivant pour déterminer la nature des arrivants. Si le dé donne un résultat déjà obtenu et que la bande en question est toujours en jeu, relancez. Cette dernière se déplace en tirailleur et chargera toujours l'ennemi le plus proche dans sa ligne de vue, sauf le chamane, qui bouge du résultat d'un dé d'artillerie (relancez en cas de misfire) vers le résultat d'un dé d'artillerie, et s'arrêtera toujours à 1 pas de l'ennemi (ce mouvement a lieu au tout début du tour). Ils deviennent indémoralisables tant qu'ils sont dans les 12 pouces autour de la Pierre des Hardes.

Résultat du dé/Nature des Arrivants
1-> 5 Chiens du Chaos
2 ->10 Ungors avec lance
3 ->10 Gors avec 2 armes de base
4 ->10 Gors avec 2 armes de base et État-Major complet
5 ->Un chamane de Niveau 1 (Il connaît le premier sort de la Mort et le lance automatiquement sur l'ennemi le plus proche pendant toutes les phases de magie, le joueur ciblé peut utiliser ses dés de pouvoirs/dissipation pour contrer le sort)
6 ->Un minotaure avec arme lourde


Toute unité détruite peut revenir en jeu si les dés en décident!

La Pierre des Hardes
Ce roc noir est gravé de symboles ondulants sensés attirer le regard des Dieux Noirs.
Pour toute la bataille, le joueur qui contrôle ce décor gagne 1D3 dés de pouvoir supplémentaire par phase de magie. Toutefois, si un sorcier fait un fiasco dans les 12 pouces autour de la Pierre, il jette deux fois les dés sur le tableau correspondant et son adversaire choisit le résultat qui s'applique.

L'Empire gagne le jet pour le choix de la zone de déploiement et opte pour le côté sud de la table (une forêt sur chaque flanc un peu en avant de la zone de déploiement et une troisième au centre de cette dernière). Les Comtes Vampires prennent le bord nord (deux forêts de part et d'autre du centre de la zone de déploiement).

Déploiement de l'Empire (de gauche à droite):







Escorteurs, Pistoliers, Chevaliers 1 avec Prêtre-Guerrier, Détachement d'Arbalétriers, Arquebusiers, Joueurs d'Epée avec Prêtre Guerrier, Flagellants, Lanciers avec Archidiacre et Sorcier de Bataille, Détachement de Miliciens, Chevaliers du Loup-Blanc, Chevaliers 2.

Le Vampire et les Squelettes sont gardés en réserve.



Déploiement des Comtes Vampires (de gauche à droite):




Goules 1, Squelettes avec Vampire Monté et Nécromancien, Chevaliers Noirs 1, Gardes des Cryptes avec Seigneur Vampire, Lanciers Squelettes avec Vampire, Goules 2.

Les Chevaliers Noirs 2, les Spectres des Cairns et les Chauves-Souris Vampires sont gardé en réserve.



L'Empire gagne le jet et décide de commencer.



1. La Pierre des Hardes des Hommes-Bêtes agit comme un catalyseur pour les vents de Magie: le camp qui la contrôle dispose d'1D3 dés de pouvoir supplémentaires pendant son tour. Les mages des deux camps feraient cependant bien de ne pas se laisser enivrer par sa puissance impie: si un sorcier est victime d'un Fiasco! dans les 12 pas autour de la Pierre, il lancera deux fois sur le tableau idoine, et son adversaire choisira le résultat qui s'appliquera.
2. La plus grande unité de Chevaliers est rejointe par un Prêtre-Guerrier monté. La haine qu'il inspirera à la fine fleur de l'armée impériale sera sans doute d'une grande aide au cours de la bataille.
3. Les lanciers auront l'honneur de défendre le général de l'armée, le Ministre de Sigmar Markus Deusmeister. En plus d'améliorer le potentiel martial de son escorte, l'Archidiacre porte une antique épée que l'on dit capable de bannir les créatures de la nuit à la première morsure. S'il parvient à se retrouver face à face avec son homolgue, l'insaisissable Arnau de Mataplana, même les protections impies dont ce dernier semble bénéficier ne suffiront pas à le préserver de la sainte fureur du vertueux! Le sorcier de bataille Evarius Ström s'est aussi joint au régiment, avide de vérifier si les rumeurs à propos des monuments des Fellmen recèlent un fond de vérité.
4.La troupe de Chasseurs de Karl Braünersohn, première à avoir débusqué l'ennemi, se tient prête à cribler les goules de flèches.
5.À l'insu de tous, et surtout de ceux qu'ils s'est promis d'aider, Johan Krull, ancien capitaine du Nebelheim transformé en vampire par Mataplana, progresse dans la forêt environnante, accompagné des quelques dépouilles que ses faibles capacités de nécromant lui ont permis de relever. Pour ce qui sera sans doute sa dernière bataille, le héros déchu n'a qu'on objectif: trouver et tuer son seigneur.
6. Arnau de Mataplana, même poussé dans ses derniers retranchements, est loin d'être un sot. Le vieil hidalgo estalien, entouré de sa garde prétorienne et épaulé par ses derniers minions, les chevaliers Alphonso de Gormaz et Don Diego de Quinhones, et le nécromancien Alonso, a tendu un piège à l'armée impériale. À une centaine de mètres de l'orée de la clairière, un escadron de cavaliers lourds, des chauves-souris géantes, et surtout, son aimée, Dulcinea de Tobaro, se tiennent prêts à fondre sur les vivants... le moment venu.

Peter von Nebelheim, "à suivre..."


Dernière édition par Peter von Nebelheim le Ven 7 Jan 2011 - 22:32, édité 6 fois
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MERCAFIER
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MessageSujet: Rapport de bataille   Ven 11 Juin 2010 - 15:14

Et bah dis donc, ce n'est plus un rapport de bataille c'est un roman ! Un grand merci ! La suite s'annonce tout aussi passionnant que le premier épisode. Mon personnage préféré reste Rolf, vient ensuite Friedrich.
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le Francgauloisceltic
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Jeu 17 Juin 2010 - 0:22

Bonsoir Peter von Nebelheim.

Je trouve ton scénario très intéressant dé que j'ai un peut de temps je vais prendre un plaisir à le jouer avec mes camarades de bataille.

Bonne soirée.
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Peter von Nebelheim
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Lun 21 Juin 2010 - 13:44

Salut à tous, et merci pour votre patience et vos encouragements! J'avance aussi vite que je peux, mais on n'en voit pas encore le bout... Un seul objectif: finir avant la rentrée!

@ MERCAFIER: Merci à toi, fidèle lecteur! Rolf n'a malheureusement pas fait grand chose durant cette partie (voir le Tour 1 des CV, tout juste posté), mais j'ai fait mon possible pour rendre sa seule et unique intervention la plus extraordinaire possible (comme quoi, c'est fou ce qu'on peut inventer à partir d'une simple charge ratée...).

@ le Francgauloisceltic: Merci à toi aussi, et j'espère que tu apprécieras ce petit scénario, qui nous a bien fait marrer avec mon adversaire. C'est toujours drôle de constater comment une simple bande d'hommes-bêtes peut ruiner un plan de bataille, simplement en arrivant de nulle part et en chargeant une unité cruciale au plus mauvais moment!

Le premier tour des CV est donc en ligne, et j'attaque dès à présent le second de l'Empire... On verra bien quand il arrivera!

Tour 1 de l'Empire:

La clameur qui s'échappa des rangs de l'armée impériale après que Deusmeister eut fini son sermon résonna un fugitif instant parmi le dédale des troncs noirs et tordus avant de s'éteindre comme un feu de brindilles. Friedrich sentit une main pousser dans son dos, et il se mit docilement en marche, une main serrée sur le manche du fléau que quelqu'un, sans doute un prêtre a en juger par la bénédiction précipitée qui avait accompagné ce don impromptu, lui avait remis quelques minutes auparavant. La tête de fer de l'arme, d'un poids rassurant, reposait sur l'épaule de l'aveugle, et les chaînes qui maintenaient les deux parties de l'instrument ensemble cliquetaient doucement à chaque enjambée. Malgré le bandeau crasseux qui barrait ses yeux brûlés, les dizaines de sons caractéristiques d'une armée en marche dessinaient dans l'esprit du vétéran un portrait fidèle de la ligne de bataille impériale.
Au delà des imprécations enfiévrées de ses compagnons d'infortune, l'infirme s'émerveilla de pouvoir situer à l'oreille la disposition des régiments aux alentours. Les discrets cliquetis métalliques et le crissement de lames nues sur l'acier d'une armure de plates trahissaient ainsi la présence de la poignée de joueurs d'épée qui avait accompagnée le Ministre de Sigmar dans sa traque de l'hidalgo vampire, à seulement quelques pas devant la bande des flagellants. Plus à droite, le frottement des étoffes, le craquement du bois des écus et la cadence impeccable de dizaines de pieds frappant le sol à l'unisson ne révélaient que trop l'avancée des lanciers du 7ème régiment, tandis qu'à gauche, les stomp-stomp-stomp étouffés des sabots martelant l'humus permirent à Friedrich de détecter les chevaliers aussi aisément que s'il y voyait encore. Pour la première fois depuis des jours, il sentit une partie de son ancienne assurance revenir et une vague de confiance balayer les doutes qu'il avait nourri tout au long de l'épuisante marche à travers les bois. Aveugle ou pas, il était dans son élément, et un sourire carnassier vint illuminer son visage lorsqu'il entendit les premiers jurons destinés à l'adversaire fuser de part et d'autre. Encore quelques pas, et la véritable chasse pourrait commencer.


« Je disais juste qu'on ne s'entendait plus parler avec tout ce bouc... » Le regard sévère du Frère Richter Krivtin vint se poser sur l'Elu de Mannan, et ce dernier s'interrompit en pleine phrase, conscient de l'impair diplomatique qu'il était sur le point de commettre.
« Tout ce zèle? » compléta avec un naturel exemplaire celui auquel le précepteur s'adressait, un géant au crâne aussi chauve que sa barbe était fournie.
« Exactement Reubens », renchérit Lorcaen, trop heureux de s'en tirer à si bon compte, « un zèle admirable dont je ferai personnellement le compliment à Deusmeister une fois la bataille terminée. »
Le templier décocha au Prêtre-Guerrier qui chevauchait à sa droite son sourire le plus franc, et le sigmarite détourna les yeux sans un mot, avant de reprendre sa prière là où il l'avait interrompue.
Lorcaen n'était pas certain d'avoir réussi à rattraper sa bévue, mais à vrai dire, c'était là son dernier souci. Le temps des menaces à demi-voilées et des intimidations à mots couverts, qui les avaient forcées, lui et ses frères chevaliers, à accompagner l'armée du prélat jusque dans cet endroit oublié de tous les dieux de l'Empire, était, si ce n'est révolu, au moins suspendu. L'imminence des combats redonnait aux Frères des Brisants tout le prestige et l'importance dont le chantage du cardinal les avait dépossédé au cours de la dernière semaine. Sans eux, la bataille était perdue avant même de commencer, mais avec l'appui de la fine fleur de la cavalerie impériale le vieux fou avait peut-être une chance de mener sa quête à bien. Peut-être une chance, songea Lorcaen avec amertume, en laissant son regard courir sur les frondaisons à moitié dénudées des arbres qui entouraient l'armée impériale. Il n'aimait décidément pas cet endroit, et le fait que les Fellmen ne se soient pas manifestés pendant les derniers jours, alors que les humains pénétraient de plus en plus profond au sein de leur territoire ne lui apparaissait définitivement pas comme une marque de la bénédiction de Sigmar, ainsi que les prêtres de Deusmeister s'échinaient à le répéter. Il se demanda qui parmi ceux qui marchaient à ses côtés pouvaient croire à de telles foutaises, à commencer par le principal intéressé. En ce qui le concernait il se sentait plus proche de l'animal mené à l'abattoir que du croisé conquérant et invincible.
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua la pierre que lorsque les chevaux de son escadron commencèrent à s'agiter nerveusement. Sa propre monture fit un brusque écart et se cabra soudainement, manquant de le précipiter à terre.
« Ho, tout doux Pfeil, tout doux » fit-il de sa voix la plus rassurante en flattant l'encolure de son destrier, qui se laissa convaincre de retourner dans le rang après quelques instants.
« Schattra, regarde-moi cette... ce... » entendit-il von Mirkwutz siffler entre ces dents, et il sut avant même de s'exécuter ce qui avait laissé le vétéran sans voix. La colonne de roche s'élevait à trente pieds du sol, plantée comme une une hampe de flèche au centre de la clairière où les attendaient les morts-vivants. Sa surface noire et grossière était parcourue de veines rougeâtres, et Lorcaen ne put s'empêcher de songer au bras gangrené d'un titan enterré depuis des éons dans le ventre dans la terre, et ayant finalement réussi à percer les murs de sa prison organique. La premier tiers de la pierre était recouvert des symboles hideux de la langue des hommes-bêtes, brutalement gravés à coups de haches dans les flanc du rocher, et soulignés de pigments noirâtres dont le templier ne voulut pas savoir la provenance. De petites niches, tout aussi crument façonnées, ceinturaient le pourtour du menhir, chacune abritant un ou plusieurs crânes dans des états de putréfaction plus ou moins avancés. D'autres offrandes, de nature tout aussi barbare, jonchaient les alentours du monument en un sinistre tapis de lames rouillées, de mailles noircies et d'os fendus.
Lorcaen fut tiré de sa contemplation morbide par la saveur métallique du sang qui coulait dans sa bouche. Il porta une main gantée à ses lèvres et constata que le vert marin de son armure s'était encore assombri là où il avait touché son visage.
« Mannan tout puissant » murmura-t-il en réalisant que son nez saignait abondamment, et qu'il n'était pas le seul à souffrir de la sorte. Autour de lui, les autres Frères des Brisants échangeaient des malédictions étouffées par les ventaux de leurs bassinets. Seul Reubens restait silencieux, stoïque et résigné malgré le filet rouge qui marbrait à présent sa barbe.
Quelqu'un se racla la gorge à proximité, et Lorcaen fit un crachat ensanglanté s'écraser sur le sol en direction de l'ouvrage impie. Il fut surpris de constater que l'auteur de cette action n'était autre que Krivtin, et le fut plus encore lorsque le prêtre-guerrier, si renfrogné durant ces derniers jours, fit avancer son cheval pour s'adresser à ses compagnons d'armes.
« Fils de Sigmar, et de Mannan » ajouta-t-il lorsqu'il vit le regard noir que lui jetait les chevaliers, « nous sommes ici pour extirper le mal qui ronge notre terre depuis des semaines. Qu'importe où l'ennemi choisit de se battre, il ne peut espérer triompher face à la colère du vertueux, et ce jour verra son annihilation des mains vengeresses des croyants. »
« Ceci, » poursuivit-il en désignant de son marteau la pierre des hardes, indifférent aux ruisseaux de sang qui s'écoulaient de ses yeux, « n'est qu'une autre facette du démon que nous combattons, et je remercie mon Seigneur Sigmar de l'avoir mis sur mon chemin, car aujourd'hui verra la destruction, non pas d'un, mais de deux facettes du démon et... »
Conscient de la maladresse de sa tournure, Krivtin laissa la phrase mourir sur ses lèvres et s'efforça de trouver les mots justes pour poursuivre sa prêche. Un instant inconfortable s'écoula, puis un autre, avant que Reubens ne se dresse sur ses étriers, la bannière tenue bien haute au dessus de sa tête chauve, en hurlant de sa voix formidable: « Frères des Brisants, à la bataille! »
« Nur ein Kampf! » La réponse des templiers fusa instinctivement de la gorge de ces derniers, et Lorcaen ne fit pas exception. Laissant la roche maudite à leur droite, les chevaliers mirent leurs montures au trot et se dirigèrent vers l'ennemi.


« Et moi je te dis qu'elle avait le mal tiléen cette fille. Demande à Pol si tu me crois pas, il en a gardé quelques souvenirs et... Vérole, mais tu saignes Clemenz! »
L'intéressé ouvrit la bouche pour complimenter son interlocuteur sur sa capacité à tenir l'alcool, mais la sensation chaude et humide le long de sa joue le convainquit finalement de garder sa remarque pour lui. Clemenz fit passer sa lance de sa main droite à sa main gauche pour pouvoir vérifier la vérité du propos d'Emmerich, dit Emmi, dit Céleri, aussi bien à cause de la carnation jaunâtre de sa trogne que des protubérances disgracieuses qui constellaient cette dernière, vestiges de la maladie qui avait failli l'emporter dans son enfance. Effectivement, du sang coulait depuis son oreille, traçant une ligne pourpre le long de son échine, puis de son cou, pour finalement menacer de finir sa course sur la doublure de cuir bouilli de sa cuirasse. D'un geste nonchalant, le lancier stoppa le cours du mince filet cramoisi, laissant la naissance de son épaule gauche barbouillé de rouge, avant de se retourner vers son camarade.
« Bah oui je saigne Emmi » fit-il d'un ton faussement décontracté, « mais je crois que ça fait partie des risques du métier, non? »
Emmi ne répondit rien, trop occupé à essuyer la substance inqualifiable qui se déversait du renflement de chair bosselé qui occupait une part non négligeable de sa joue droite.
« Ah, la salope, la salope! Je croyais qu'elle finirait par me laisser tranquille, mais non! » pesta-t-il en promenant un doigt circonspect à la surface de l'ancienne pustule. Prudemment, il appuya légèrement sur cette dernière pour juger de son contenu, et une coulée noirâtre se déversa sur son menton.
« Ah, la petite pute! » siffla Emmerich, plié en deux par la vague de douleur.
Autour de lui, les autres hommes du septième semblaient également touchés par ces saignements inopinés, et un concert de brouhahas de douleur et de surprise vint planer au dessus de la phalange, qui cessa son avancée vers les rangs silencieux des cadavres qui leur faisaient face. Depuis sa place, au troisième rang de la formation, Clemenz pouvait voir le sergent Maler tenter tant bien que mal de remettre de l'ordre dans son unité, sous le regard inflexible de Deusmeister, dont la moustache se gorgeait insensiblement de sang. Seul épargné par ce fléau, Evarius Ström se tenait de profil, les yeux fixés sur la gigantesque pierre qui émergeait du sol à quelques mètres sur la gauche du régiment. Clemenz suivit le regard du sorcier, et le monde se mit à onduler, comme si la clairière tout entière était plongée dans un invisible brasier. Il lui fallut toute sa volonté pour s'arracher à la contemplation du symbole païen, et des larmes de sang se mirent à couler lorsqu'il réussit finalement à tourner la tête.
Le magicien, quant à lui, ne semblait absolument pas gêné par la vue de la pierre des hardes, bien au contraire, et l'espace d'un instant, Clemenz crut déceler un éclair de cupidité jouer sur le visage parcheminé du mage. Après la bataille de Drünnerwald, des rumeurs avaient circulé sur l'état de santé, physique et mental, du sorcier lumineux. Certains disaient que les sorts qu'il avait déchaîné sur l'armée de Mataplana, ainsi que le duel de volonté livré contre ce dernier, l'avaient laissé très affaibli, voire diminué. Le soldat qui avait véhiculé ce racontar s'était fait une joie de suggérer de quelle façon, et à quel endroit, le hiérophante avait été diminué, et Clemenz avait ri de bon cœur à cette pensée. À présent, il ne trouvait plus cette perspective plus aussi réjouissante. S'il ne connaissait rien à la magie, Sigmar en soit loué, il savait parfaitement déceler la cupidité quand elle se présentait devant lui, et il était plus que bien placé pour connaître les conséquences que cette dernière pouvait avoir. La simple idée que le sorcier puisse convoiter quelque chose appartenant aux Fellmen l'emplit d'une angoisse telle qu'il sentit ses entrailles se tordre. Empoignant sa lance de sa bonne main, il se remit en marche à la suite de ses camarades en se jurant de garder Ström à l'œil, pour son propre bien.








1.Les "À Moitié" progressent prudemment à travers la forêt, peu désireux de se refaire surprendre par les goules, comme ce fut le cas lors de la bataille de Drünnerwald (oui je fais de la pub ^^). Il est donc peu étonnant qu'ils choisissent d'avancer discrètement plutôt que de tirer ce tour-ci!
2.Deusmeister a confié le flanc droit à deux escadrons de cavalerie lourde, dont la légendaire Compagnie d'Acier d'Ayhrad von Delfkelheim, des templiers d'Ulric vétérans de dizaines de batailles. Épaulés par une lance de Frères des Brisants, l'autre ordre de chevalerie que le Ministre de Sigmar a réussi à rattacher à sa croisade, les Ulricains ont pour tâche de prendre en tenaille l'aile gauche et le centre du vampire, et se mettent rapidement en position.
3.Le Vème régiment du Nebelheim, exhorté par Deusmeister, se dirige vers les rangs adverses, prêt à en découdre mais nerveux à l'idée de se rapprocher autant de la Pierre des Hardes. Le seul à ne montrer aucune répugnance à passer dans l'ombre de l'obélisque est Evarius Ström, mais après tout, c'est un sorcier!
4. La milice de Drünnerwald a reçu pour ordre de garder le flanc du Vème, au grand déplaisir de ce dernier, dont les soldats n'ont pas oublié la manière dont les miliciens ont fui au pire moment quelques jours plus tôt. Soucieuse de redorer sa réputation, la milice s'engouffre sans hésiter sous les frondaisons d'un petit bosquet, mais son enthousiasme ne peut rien face à ce terrain des plus encombrés. Insensiblement, la distance se creuse entre l'unité-mère et son détachement...
5.Au centre-gauche du dispositif impérial, le Tank à Vapeur Erlösung, commandé par le fantasque pilote-ingénieur Erik von Eyken, avance de conserve avec le gros des chevaliers de l'Ordre des Frères des Brisants, sous le commandement du précepteur Lorcaen et du peu loquace Richter Krivtin. Une telle alliance ne satisfait aucune des deux parties, mais si ces deux unités, les plus puissantes de l'armée de Deusmeister, arrivent à charger conjointement, il est plus que probable que les lignes ennemies cèdent au point d'impact.
6.Le commandant des quelques tireurs déployés par le Ministre de Sigmar, l'extravagant Nulnois Eric 'Bleiaugen' Schlösser, a décidé de poster ses hommes au centre, légèrement en arrière du corps principal. Officiellement, il s'agit ainsi de couvrir la plus grande part du champ de bataille, sans devoir se redéployer à tout va. Officieusement, cela diminue légèrement la vulnérabilité des arquebusiers et arbalétriers aux traqueurs que Mataplana a coutume d'envoyer sur les unités ennemies capables de contrarier ses plans. En l'absence de machines de guerre, exception faite de l'Erlösung qui saura bien se défendre tout seul, Schlösser, homme d'esprit et de prudence, a préféré mettre toutes les chances de son côté, et sa réputation a suffi à convaincre Deusmeister de la justesse de son point de vue. Plutôt que de suivre l'avancée du gros des troupes, le contingent de tireurs reste donc sur place, même si la distance à laquelle se trouve l'ennemi et le mouvement du reste de l'armée l'empêche de tirer pour le moment. Ceci dit, rester à proximité d'une forêt emplie d'Hommes-Bêtes en maraude n'est peut-être pas une aussi bonne idée qu'il n'y paraît...
7.Le flanc gauche de l'Empire est tenu par deux unités de cavalerie légère: les extravagants Princes de la Poudre, constituée de jeunes hobereaux de Wartheim et Grundwald, et l'expérimentée patrouille Biestleder de Ruprecht Volkmeier, un natif de Kieferfrost, bourgade détruite il y a cinq ans par les Fellmen. Ils ont reçu pour ordre de harceler et de ralentir tout ce que Mataplana mettra à portée de leurs pistolets et arquebuses, et ce à tout prix. Là où les Princes considèrent cette mission comme une reconnaissance de leur valeur, et se ruent à la rencontre de l'ennemi, les Biestleder n'y voient, sans doute à raison, qu'une condamnation à mort avec sursis.

Tour 1 des Comtes Vampires:

La bête émit un grondement menaçant lorsque l'odeur de Kurdosh vint frapper ses narines, réveillant immédiatement ses congénères assoupis, qui se mirent à leur tour à défier le Gor du regard et de la voix. Kurdosh pouvait lire la faim, la colère et l'envie de tuer dans la posture des créatures dont il avait pénétré l'enclos grossier, fait de hautes branches fichées dans le sol et maintenues ensemble par des lanières de cuir et des tendons. Un seul moment d'inattention, une seule marque de faiblesse, et il savait que s'en était fait de lui. Plus d'un membre de la harde avait été dévoré vivant par la meute de chasse que les Hommes-Bêtes gardaient à proximité de leurs campements, et beaucoup plus encore portaient des marques des morsures ou des griffures délivrées avec prodigalité par ces carnassiers comme uniques preuves d'affection à leurs maîtres. Beaucoup, mais pas Kurdosh.
Le Gor fit encore un pas sur le sol retourné par les griffes fauves dans leur ennui et leur irritation de se trouver confinés et entravés de la sorte, et il nota du coin de l'œil que deux individus, des jeunes, avaient refermé le cercle autour de lui. Désormais, il ne pouvait plus faire marche arrière, et cette pensée lui fit serrer un peu plus fort l'imposant gourdin qu'il tenait dans sa main droite. Il ne lui restait que quelques instants avant que la tension accumulée ne se relâche d'un seul coup, désinhibant totalement les molosses de leur peur de l'imposant bipède qu'il était. Attentif à ne pas briser ce fragile équilibre, il tourna légèrement la tête à la recherche de sa proie, et l'identifia rapidement, à deux enjambées sur sa gauche.
« Chef » fit Kurdosh en plongeant ses yeux dans ceux de l'imposant spécimen qui avait attiré son attention. Ce dernier, comme s'il avait compris à qui le Gor s'adressait, découvrit ses crocs et aboya bruyamment en direction de l'intrus, son corps élancé mais toujours puissant malgré les jours de privations prêt à se détendre comme un ressort pour lui sauter à la gorge.
D'un regard approbateur, Kurdosh détailla la musculature de son adversaire, saillante la peau sombre et tuméfiée, la longueur des canines dégoulinantes de bave exposée par le fauve, et surtout, la haine intense qui brillait dans son unique œil valide.
« Chef » répéta-t-il avec la certitude de celui qui a trouvé ce qu'il cherchait. « Kurdosh défie le chef. »
Sans crier gare, il se rua en avant, droit sur le mâle alpha de la meute, qui n'hésita que l'espace d'une milli-seconde avant de bondir à son tour vers son rival. Kurdosh vit la gueule béante du chien du Chaos s'ouvrir démesurément pendant que ce dernier parcourait l'espace qui séparait les deux adversaires, et en réponse, il fit décrire à sa massue un arc de cercle foudroyant qui vint percuter le molosse en plein vol sur le côté du crâne et l'envoya s'écraser dans les branchages. Avant que ce dernier ne puisse se remettre du choc, Kurdosh avait lâché son arme et bondi sur la forme allongé de son ennemi, sa masse supérieure entravant ses mouvements tandis que ses propres crocs se refermaient sur la gorge offerte du vaincu. Avec un grognement de triomphe, il donna un violent coup de tête qui arracha un gros morceau de chair dans un geyser de sang. Les spasmes du chef de meute déchu agitèrent sa dépouille pendant quelques secondes avant que son esprit indomptable réalise sa propre fin, puis prirent fin brusquement, laissant Kurdosh agenouillé dans une mare de sang au bord de l'enclos, le dos tourné au reste de la meute. Une minute auparavant, cela aurait signifié sa perte, mais à présent, il savait qu'aucune créature ne l'attaquerait. À présent, il était le nouveau chef.
Il se releva, et ordonna à l'un des Ungors qui l'avait regardé tout au long de sa prise de pouvoir d'ouvrir la porte de la cage. Le Sans-Corne obéit prestement, et Kurdosh émergea de l'enclos, sa meute sur les talons.
« Allons chasser » fit-il à l'attention de personne en particulier, et partit en courant vers le Nord, vers la Pierre des Dieux, vers les blasphémateurs.


L'air était si fortement chargé de l'odeur de la chair en décomposition que Rolf dut s'arrêter un instant pour garder la collation qu'il avait pris avant de partir en chasse dans son estomac. La tête tournée vers le sol et la main appuyée sur le tronc visqueux de l'arbre le plus proche, il inspira profondément par la bouche pour dissiper la nausée qui lui étreignait les tripes. Petit à petit, les hauts-le-cœur s'espacèrent, s'atténuèrent, puis disparurent, bien que le chasseur soit certain qu'ils reviendraient au prochain cadavre que les « À Moitié » découvriraient dans les profondeurs de ce bosquet. En évitant soigneusement de reposer les yeux sur la guirlande de viscères qui pendaient des branches de l'orme sur sa gauche, le chasseur se remit en marche. Le reste du corps du malheureux ainsi exposé aux éléments étaient invisibles, et Rolf ne tenait guère à se pencher plus avant sur la question. Silencieusement, il parcourut les quelques enjambées qui le séparaient du reste des éclaireurs, et s'adossa au hêtre qui camouflait déjà Braünersohn et Sol. Les deux éclaireurs hochèrent légèrement la tête quand Rolf vint les rejoindre, la mine aussi blafarde que ce dernier.
« Pas beau à voir le confrère, hein? » fit Sol entre ces dents en désignant du menton l'endroit où les chasseurs avaient fait leur macabre découverte. Rolf eu un frémissement éloquent.
« Ferme-la, Sol » siffla Braünersohn. Le chef des « À Moitié » avait déposé arc et carquois contre l'écorce de l'arbre, et rampé jusqu'au bord de l'affleurement rocheux sur lequel poussait le hêtre. Dissimulé derrière une imposante racine couverte de grappes de champignons, il était en train de scruter les alentours à la recherche de l'ennemi. La rencontre avec les goules lors de la bataille de Drünnerwald les avait tous salement affectés, même si l'intervention des templiers de Mannan leur avait épargné un sort funeste. Depuis lors, Braünersohn avait pris soin de progresser avec la plus grande des prudences, ralentissant d'autant la progression de sa patrouille. Rolf ne pouvait pas vraiment lui en vouloir.
« Quelque chose d'intéressant chef? » murmura-t-il en rejoignant le vétéran au sol et en jetant à son tour un coup d'œil fugitif en contrebas.
L'intéressé eut pour toute réponse un hochement d'épaules révélateur, et recommença son inspection des lieux. Rolf laissa échapper un soupir d'ennui et de lassitude, et allait se relever lorsque la poigne de fer de Braünersohn s'abattit sur son bras, le clouant au sol.
« Droit devant, entre le roncier et la roche rouge » fit ce dernier dans un souffle, et Rolf entraperçut un bref instant un dos voûté et blafard flanqué de bras simiesques et noueux, et surmonté d'un crâne chauve parsemé de tâches violacées et de fines mèches éparses de cheveux. Comme s'il elle avait senti le poids du regard du chasseur se poser sur elle, la goule se retourna brusquement, et balaya l'horizon du regard. Au grand soulagement de Rolf, elle passa par-dessus sa cachette sans remarquer cette dernière, et disparut dans les fourrés avec une discrétion déconcertante.
« Arcs. Encochés. Tirs à mon ordre seulement. Fais passer. » murmura Braünersohn à Rolf en ne quittant pas des yeux l'endroit où le nécrophage venait de s'évanouir. « Et en silence » ajouta-t-il avant de lâcher le bras de l'éclaireur, qui obéit avec célérité, relayant le message de quelques gestes convenus avant de s'emparer à son tour de son arme.
Il allait regagner sa position aux côtés de Braünersohn quand une brusque bourrasque de vent s'engouffra dans le bosquet, secouant avec force la frondaison dénudée des arbres, dont les branches s'entrechoquèrent avec force. Certaines d'entre elles, les plus vieilles, trop rigides et trop fragiles pour résister à un tel traitement, furent arrachées de leur tronc dans un concert de sinistres craquements, et Rolf ne put que se jeter sur le côté lorsque la branche maîtresse du hêtre sous lequel il s'abritait céda à son tour aux assauts de la bise, manquant de peu de l'écraser sous son poids. Pestant entre ces dents, il se mit à genoux dans la fange et constata avec humeur que tous les regards étaient posés sur lui.
« Vous vous attendiez à quoi? » siffla-t-il à l'attention de ses camarades, mal à l'aise de se retrouver au centre de leur attention dans une telle situation, « Un saut périlleux arrière? Je ne suis pas une de ces saloperies d'elfe pour bondir partout lorsqu'une branche me tombe sur la... » Il s'arrêta en plein milieu de sa phrase lorsqu'il constata que les autres « À Moitié » ne le regardait pas lui, mais quelque chose situé directement derrière sa tête.
« Oh merde, Sigmar... » entendit-il Val murmurer pendant qu'il se retournait... et se retrouva face à face avec le propriétaire des viscères qui avaient manqué de le faire dégobiller quelques minutes auparavant.
Le cadavre, celui d'un petit homme portant encore des lambeaux de la robe de moine qui l'habillait au moment de sa mort, avait été solidement attaché à la branche par les épaules et les genoux, et une blessure horrible courait depuis son sternum jusqu'à l'aine, béant de façon obscène sur le vide de sa panse d'où les entrailles avaient été prélevées. Dérangée par la chute de leur abri et garde-manger, une nuée d'insectes et de larves rougis par leur festin macabre s'écoulait de l'abdomen de la carcasse en un flot continu, comme si la dépouille répandait de nouveau son sang sur le sol humide. Le visage du supplicié, bien que dépouillé d'une grande partie de sa peau par les charognards, exprimait une horreur aussi intense que muette, grotesquement souligné par le fait que sa langue avait été arrachée par ses bourreaux, tapissant l'intérieur de sa bouche d'une épaisse croûte de sang séché. Une cordelette de lin maculée pendait à la commissure des lèvres du moine, descendant aussi bas que la base du cou grisâtre avant de remonter en une boucle dont Rolf ne pouvait voir la totalité. Sans qu'il puisse expliquer pourquoi, ses doigts se refermèrent sur la ficelle, et il tira doucement sur cette dernière pour la dégager. Dans un horrible bruit de succion, le petit marteau d'argent que le moine avait du porter comme symbole de son office de son vivant se dégagea de la gangue noire qui l'emprisonnait dans la gorge de son malheureux possesseur, et vint se balancer doucement au bout du cordon que Rolf tenait toujours en main.
« Pourquoi t'as fait ça Rolf? » fit Ruprecht d'une voix blanche, « Ça va nous porter la poisse, sûr de sûr. »
« Je...je sais pas » répondit le fautif, incapable de détacher son regard du colifichet qui pendulait toujours dans le vent, jusqu'à ce que le moine tourne la tête vers lui et qu'il ne se retrouve forcé de plonger son regard dans les orbites vides du cadavre.
« Elles...arrivent » fit ce dernier d'une voix désincarnée, le cuir racorni de sa face crissant comme du vélin usé au fur et à mesure que les mots s'échappaient péniblement de sa bouche desséchée.
« Elles...arrivent...Fuyez...FUYEZ... »
Comme un seul homme, les chasseurs se mirent à courir le long de la sente qu'ils avaient suivis pour parvenir jusqu'à la corniche pierreuse, en proie à une terreur abjecte, laissant derrière eux le corps sans vie du moine répéter inlassablement son avertissement, jusqu'à ce qu'une main griffue ne vienne arracher la tête de ses épaules. Le piège avait pourtant été parfaitement monté, et les humains n'avaient vu que le leurre qui leur était destiné, ratant complétement le reste du groupe, dissimulé sous l'affleurement. Et pourtant, ils avaient disparu, sans doute effrayés par quelque chose, et la troupe ne mangerait rien cette nuit. La goule jeta un regard irrité au crâne parcheminé qui babillait toujours dans sa main, et projeta ce dernier contre le tronc de l'arbre le plus proche, le faisant exploser dans une pluie d'esquilles d'os et de substances innommables.


La perte de son écrin de substitution lui fit l'effet d'un coup de marteau porté en plein front, et Johan Krull ne put s'empêcher de tomber à genoux de douleur. Il était resté dans cette carcasse une seconde trop longtemps, et avait senti la tête de sa marionnette se désagréger à l'impact aussi clairement que si la goule avait lancé la sienne à la place.
« Ce n'est pas parce que tu peux le faire que tu sais le faire. »
La phrase de Mataplana lui vint naturellement à l'esprit, et il songea brièvement à ces longues semaines d'apprentissage des arts nécromantiques auprès de l'hidalgo vampire et de sa cour de séides, jusqu'à ce qu'il trouve la force de rompre le lien de sang qui l'unissait à son créateur. Lui aurait su à quel moment se retirer, ou bien aurait simplement asservi la volonté des goules aussi facilement qu'un homme peut tordre une tige de roseau, mais il avait fallu à son élève toute sa concentration pour parvenir à délivrer son message d'avertissement aux éclaireurs, et l'acte d'humeur du cannibale l'avait surpris au pire moment. Lorsqu'il parvint à rouvrir les yeux, il fut surpris de ne pas voir le contenu de sa boîte crânienne répandu devant lui, et il porta instinctivement une main à son front pour s'assurer que ce dernier n'était pas fendu. La douleur s'estompa progressivement, et il se remit debout, plus faible qu'il ne l'avait jamais été depuis sa deuxième naissance, mais malgré tout résigné à mener à bien la dernière mission qu'il s'était donnée dans cette vie, ou cette absence de vie: tuer Arnau de Mataplana, ou plus probablement mourir dans la tentative.


« Hé, ils se rapprochent! »
Le cri d'Emmerich détourna l'attention de Clemenz d'Evarius Ström pour un instant, alors que le lancier prenait à son tour conscience du mouvement dans les lignes adverses. Avec une discipline qu'aucun régiment humain ne pourrait jamais égaler, les bataillons des morts s'étaient mis en marche au moment même où leur général leur avait ordonné. Sous les yeux de Clemenz, une unité de cavaliers lourds engoncés dans d'épaisses armures corrodés par le temps et les éléments effectua une volte impeccable pour dégager le passage aux guerriers qui se trouvait derrière elle, tandis que sur sa gauche, une imposante bande de squelettes brandissant épées, haches et masses d'armes dans leurs poings osseux se mettaient en branle à la suite d'un cavalier à l'harnachement décoré des formes sinueuses et des gueules grimaçantes d'une couvée entière de dragons. À ses côtés, le lancier distingua la forme ratatinée d'un homme émacié, dont la frêle stature et les robes miteuses ne faisaient que ressortir davantage l'aura de puissance et de majesté qui émanait du chevalier aux dragons. L'individu était si peu remarquable au milieu de la foule de cadavres qui l'entourait que Clemenz ne l'aurait sans doute pas remarqué sans la lueur bleutée qui dansait autour du crâne qu'il portait au creux de son bras droit, et qu'il leva soudainement au dessus de sa tête.
« Schattra, mais qu'est-ce qu'il fait cette ordure? » fit Emmi lorsqu'il eut lui aussi remarqué le manège du petit homme, abandonnant pour un moment les soins maladroits qu'il tentait de prodiguer à la plaie qui suppurait toujours sur sa joue.
« Rien de bon, si tu veux mon avis » répondit Clemenz en fronçant les sourcils devant l'étrange spectacle offert par celui qui avait attiré leur attention. Son artefact toujours bien en évidence, ce dernier était en effet en train de psalmodier des mots que l'éloignement et le fracas de l'avance du 7ème rendaient tout à fait inaudibles. Comme pour confirmer le pressentiment de Clemenz, le brasier qui illuminait le crâne s'amplifia aussi soudainement que si l'on y avait déversé une lampée de camphre, et une langue de flamme jaillit du talisman pour venir tournoyer autour de la main gauche du sorcier.
« Parole, j'aime de moins en moins ça » gémit Emmi en voyant le nécromant ramener son bras en arrière, puis le déplier comme s'il projetait un javelot, et une traînée flamboyante s'élever dans le ciel couvert en direction des lanciers.
« Bah, » fit Clemenz avec un optimiste qu'il était loin de ressentir, « avec notre propre sorcier pour contrer les sortilèges de l'ennemi, je suppose qu'on peut s'avérer chanceux, non? »
« Alors explique-moi pourquoi le cheval sur lequel tu as placé ton magot est en train de baver comme un renard enragé! »
Le ton paniqué d'Emmi fit oublier à Clemenz l'arc de feu magique qui allait s'abattre dans un futur très proche sur la Phalange pour chercher Ström parmi ses compagnons d'armes. Conformément à la description d'Emmerich, la barbe du mage lumineux était souillé d'une traînée d'écume blanchâtre, et tout son corps était parcouru de violents spasmes, comme si une main gigantesque et invisible était en train de le secouer comme un prunier.
« Merde, c'est pas bon, c'est pas bon! » cria Clemenz en s'élançant vers la silhouette désarticulée du hiérophante. Tout aussi conscients que lui de l'état du magicien, les autres lanciers cherchaient au contraire à s'éloigner le plus possible de ce dernier, et il perdit quelques précieuses secondes à se frayer un chemin dans la foule paniquée. Lorsqu'il parvint enfin à s'emparer d'un bras du vieil homme, une vague de douleur déferla dans l'arrière de sa tête, et il laissa échapper une plainte inarticulée, sans pour autant relâcher sa prise.
« Monseigneur » hurla Clemenz, autant pour attirer l'attention de Ström que pour oublier l'étau qui se resserrait sur ses tempes, « il faut que vous arrêtiez ça tout de suite! »
Si le sorcier comprit ce qui lui était demandé, il n'en donna pas le moindre signe, ses yeux révulsés passant par dessus le lancier qui lui agrippait sans le voir. De désespoir, ce dernier envoya son poing ganté dans la mâchoire du magicien, qui hoqueta de douleur et cessa de s'agiter en tout sens. Deux prunelles d'un noir courroucé se posèrent sur le responsable du crochet qui venait de mettre fin à la transe, et Ström dit d'une voix dans laquelle perçait beaucoup plus qu'une once de menace:
« Jeune homme, j'espère pour vous que vous aviez une très excellente raison d'agir de la sorte. »
La seconde qui sépara la phrase du hiérophante de l'impact de la boule de feu bleutée était bien trop brève pour que Clemenz puisse faire comprendre à son interlocuteur ce qu'il attendait de lui, aussi se contenta-t-il d'outrager une seconde fois le vénérable envoyé du Collège Lumineux d'Altdorf en l'agrippant par les épaules sans cérémonie avant de se jeter au sol, entraînant Ström avec lui.









1.Malgré leur précaution, les chasseurs impériaux manquent de tomber dans l'embuscade tendue par les goules. Emplis d'une vigueur impie, les cannibales se ruent soudainement sur la position occupée par leurs proies, uniquement pour s'apercevoir que ces dernières ont déjà pris la fuite, terrifiées par l'avertissement macabre que leur a fait parvenir Krull.
2.Si l'Empire a le nombre de son côté, la maîtrise magique de Mataplana et des ses valets ne fait aucun doute. Les défenses ésotériques des Nebelheimers cèdent rapidement, peu aidées il est vrai par le désintérêt total que leur porte le seul sorcier impérial, beaucoup plus intéressé par la Pierre des Hommes-Bêtes que par la vie des soldats du rang. Une boule de feu sorcier s'abat sur le Vème et incinère deux lanciers.
3.Prudent jusqu'à la paranoïa, l'hidalgo vampire a pris soin de placer un rideau de cavaliers devant sa propre escorte, dans le cas où son ennemi aurait amené ses canons jusque dans les Bois Cornus. Réalisant sa méprise, Mataplana ordonne à ses chevaliers de laisser le passage aux gardes des cryptes, manœuvre qui tiendrait du casse-tête pour n'importe quel général, excepté celui contrôlant ses soldats comme un marionnettiste ses pantins. Dans une discipline parfaite, les montures squelettes voltent sur place, ouvrant la voie au vampire et à sa garde.
4.Sur le flanc droit, le chevalier Alphonso de Gormaz, terreur écarlate de Bilbali, se retrouve confronté aux troupes de choc impériales. Sachant que toute insubordination lui coûtera la vie, Gormaz avance prudemment en direction de l'ennemi, maudissant intérieurement son sire.

Peter von Nebelheim, "plus que 5"


Dernière édition par Peter von Nebelheim le Sam 8 Jan 2011 - 3:36, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Mer 23 Juin 2010 - 19:00

Boum, double-post pour la bonne cause et pour le deuxième tour de l'Empire! La nouvelle (je ne sais pas si elle est bonne ou mauvaise, c'est vous qui voyez), c'est que là où ça m'avait pris cinq tours pour exploser ma limite de longueur dans le rapport de bataille précédent, il ne m'en a fallu que deux pour celui-ci...
Je crois que MERCAFIER avait raison, et que ça va prendre des proportions démesurées! C'est pour ça que je vais essayer de mettre le plus de photos possible (11 pour ce tour), afin de garder le lectorat (si lectorat il reste ^^), un peu intéressé...
Mais sans plus tarder, voici l'objet du délit (bonne chance aux courageux):


Tour 2 de l'Empire:

Les trente tonnes d'acier martelé de l'Erlösung vibraient sous la pression contenue dans la chaudière du Tank à Vapeur, alors que ce dernier, gagnant petit à petit de la vitesse, comblait insensiblement l'écart qui le séparait des chevaliers. Les roues cerclées de fer de la grande machine éventraient le sol noir de la clairière comme le soc d'une charrue pendant les labours, projetant de grandes gerbes de terre humide et de bois vermoulu dans son sillon. Bien que plus dégagé que les sentes étroites sur lesquelles l'Erlösung avait voyagé ces derniers jours, la trouée était beaucoup plus nivelée qu'une honnête route impériale, et entre les renfoncements de terrain indécelables sous l'épaisse couche de mousses de feuilles et d'herbes folles qui tapissaient l'endroit en une palette variée mais terne de verts et de bruns, et les pierres et morceaux de branchages tout aussi invisibles à l'œil nu, l'équipage du tank était continuellement balloté entre les flancs, cruellement massifs, du léviathan de métal. L'élève-ingénieur Dorend, occupé à vérifier le niveau de pression délivré à la partie motrice de l'engin jusqu'à ce qu'un cahot particulièrement brusque ne l'envoie s'écraser sans cérémonie sur les valves et soupapes dont il cherchait laborieusement à lire les indications, laissa échapper une plainte douloureusement surprise lorsqu'il se rendit compte que la tuyauterie avait été surchauffée par le passage de la vapeur. Son camarade, le deuxième année Sigmund, se tenait prêt à lancer l'un des ricanements grinçants dont il avait le secret pour célébrer la déconfiture de son comparse lorsqu'un nouvel écart de la machine lui fit échapper des mains le boulet de six livres qu'il projetait d'introduire dans le fût du canon qui lui faisait face. Le cri étranglé qu'il poussa un instant après informa Erik von Eyken, pilote et maître de l'Erlösung, que le pied de l'aspirant avait amorti la chute de la lourde sphère de fonte.
« Tout va bien en bas? » lança-t-il à travers l'étroite ouverture reliant l'intérieur de la cabine à la tourelle de commandement sur laquelle il avait pris place. Des ténèbres enfumées de l'habitacle s'élevèrent deux bougonnements inarticulés que von Eyken identifia comme étant la réponse de ses élèves.
« Tant mieux » reprit-il avec son imperturbable bonne humeur, « car je préfère vous le dire tout de suite, on va bientôt pénétrer dans du terrain accidenté, alors accrochez-vous! »
Si réponse il y eut cette fois, le vacarme de la chaudière la masqua tout à fait, mais le simple fait d'imaginer la tête de Dorend et Sigmund fit naître un sourire sous la moustache cirée du pilote-ingénieur. Comme il l'avait appris à ses dépends il y avait quelques années de cela, la seule manière de maîtriser une machine capricieuse qu'un Tank à Vapeur était d'arborer la livrée bleu et rouge. Quand ce vieux singe d'Hektor Ehrerg lui avait murmuré cette unique recommandation la veille de sa première leçon aux commandes de l'Erlösung, il avait passé la nuit à retourner le camp du corps expéditionnaire d'Albion à la recherche d'un uniforme aux couleurs d'Altdorf. Malheureusement, les cinq premières minutes à bord lui avait fait comprendre que les fameuses couleurs dont avait parlé Ehrerg étaient le cramoisi de la peau ébouillantée par les jets de vapeur et l'indigo de la chair maltraitée par les chocs incessants contre les parois de la cabine. Un autre sourire à ce souvenir ému.
Dans un grondement formidable, l'Erlösung atteignit sa vitesse de croisière et dépassa les templiers de Mannan, au grand effroi des destriers de ces derniers. Von Eyken répondit aux regards noirs que lui adressèrent les nobles par une demi-courbette moqueuse, et s'apprêtait à lancer un compliment au reste de l'équipage lorsqu'un clonk de mauvais augure vint couvrir le joyeux sifflement de la chaudière. Avant qu'il n'ait pu réaliser la très brutale et très inattendue perte de vitesse de la machine, ni le hurlement douloureusement strident du sifflet de la valve de sécurité, Erik von Eyken était passé par-dessus la rambarde de sa position surélevée, et décrivait une trajectoire hyperbolique tout à fait similaire aux schémas qui illustraient ses manuels de balistique lors de son passage remarqué sur les bancs de l'Ecole d'Ingénierie Impériale. Ne possédant aucune des propriétés adéquates pour effectuer un rebond digne d'un boulet de grand canon, il s'écrasa au sol dans un bruit sourd et un sinistre craquement, et resta dans la position fœtale qu'il avait adopté au moment de l'impact assez longtemps pour recouvrer ses esprits et déterminer avec une absolue certitude les deux faits suivants: un, son fémur gauche était vraisemblablement brisé, à en juger par l'angle étrange de sa jambe et l'intense douleur qui en provenait; deux, il disposait d'environ trois secondes avant que la roue avant gauche de l'Erlösung, certes réduit à une vitesse ridicule, mais toujours poussé de l'avant par la force de l'inertie, n'atteigne le petit monticule terreux où s'était terminée sa chute et vienne le réduire en charpie.
« Hum, voilà qui est fâcheux » fut tout ce que l'esprit aiguisé, calculateur et rationnel de von Eyken mit dans la bouche de ce dernier lorsque le pilote-ingénieur se rendit compte que ses deux hypothèses de base étaient purement et simplement antinomiques.


Un vent glacial passa sur le visage bestial de Kurdosh, qui se recula d'un pas de la forme prostrée qui lui faisait face. La tête cornue de l'Homme-Bête agenouillé sur le petit tapis en cuir d'elfe tanné se renversa en arrière, et le chamane inspira profondément alors que son âme rejoignait son enveloppe charnelle. Sans lui laisser le temps de se remettre de son voyage en dehors de son corps, le Sans-Ombres demanda: « La bête de métal peut-elle encore courir, Aghu'un? »
Le sorcier se laissa le temps de ramasser les os taillés et décorés de runes qui l'entouraient avant de répondre à la question qui lui était posée.
« Bête de Métal ne respire pas » fit-il d'une voix éraillée et dissonante qui trahissait à la fois son grand âge et le lien qui l'unissait avec le monde des Dieux, « Bête de métal n'a pas de coeur qui bat entre ses flancs. Pas de tête, pas de queue. Pas de griffes, pas de crocs. Ni cuir, ni plumes, ni écailles. Pas d'œil, pas d'oreille, pas de nez... »
Le feulement d'impatience du Gor coupa net l'énumération du chamane, qui frissonna involontairement sous la menace avant de poursuivre.
« Impossible de dompter l'esprit de bête de métal, impossible de dévorer sa chair pour la rendre faible » chantonna-t-il en remuant tristement sa tête cornue, « mais Aghu'un commande à ce qui court sur la terre, ce qui pousse dans le ciel et ce qui dort dans la pierre. Bête de métal est blessée maintenant, oui, et elle boîte. Pas un problème pour un guerrier comme Kurdosh, non? »
Le vieux décocha un sourire édenté qui ne trahissait rien d'autre qu'une admiration grossièrement feinte, et Kurdosh envoya un épais crachat éclabousser le sabot de son interlocuteur pour toute réponse. Une telle marque d'irrespect pour un oracle aurait signé l'arrêt de mort de n'importe quel autre guerrier de la harde, mais Kurdosh était un Sans-Ombre, touché par la main des Dieux depuis sa naissance, et nul ne pouvait s'opposer à lui sans encourir leur courroux. Un tel statut provoquait autant d'admiration que de jalousie parmi les autres suivants de Korghar le Coureur, sauf chez Aghu'un. Le vieux chamane était seulement jaloux des faveurs de son jeune rival, et ne faisait aucun effort pour dissimuler son ressentiment, car lui aussi bénéficiait de la faveur des Dieux Sombres. Seul l'autorité du Seigneur des Bêtes les retenait de s'entretuer, et le jour était proche où même l'interdit du maître de la harde ne suffirait plus à empêcher une ultime et sanglante confrontation.
Pour l'heure, Aghu'un se contenta de continuer à sourire en essuyant son membre souillé sur le sol, avant de faire volteface et de repartir d'un pas chancelant. Kurdosh le regarda s'éloigner d'un œil noir pendant qu'autour de lui de petites bandes de guerriers couraient se mettre en place aux endroits désignés par Korghar. Le Sans-Ombre avait guidé sa meute jusqu'à qu'elle ne puisse manquer sentir l'odeur de ses proies, puis avait laissé les fauves affamés partir en chasse. Avant de rebrousser chemin, il avait vu la Bête de Métal pénétrer dans la clairière à toute allure, le dos fumant comme un loup après une nuit de traque. Kurdosh se revit raconter à son seigneur sa première vision du monstre, il y avait trois jours de cela, et il revit encore le rictus malveillant qui avait flotté sur les babines d'Aghu'un lorsque Korghar lui avait ordonné à lui, le meilleur chasseur de la tribu, de terrasser la bête. Kurdosh avait accepté à la condition qu'il puisse choisir un assistant, n'importe qui, parmi la harde. Le Sans-Ombre avait choisi le chamane.
Le traqueur s'assura que son rival ne l'épiait pas avant de s'élancer vers le Nord. Malgré les flatteries d'Aghu'un, et l'aide récalcitrante de ce dernier, il savait très bien qu'il n'était pas de taille à vaincre le monstre à la peau d'acier... à moins qu'un autre monstre ne vienne prendre son parti. Avant de disparaître dans les profondeurs de la forêt, Kurdosh espéra que les Dieux avaient vraiment les yeux sur son destin, car leur aide ne serait pas de trop dans les prochaines minutes.


« Abruti fini! »
Une main puissante vint saisir l'arrière de la tunique de Clemenz et le hissa sans ménagement jusqu'à ce que le lancier soit de retour sur ses pieds. Avant qu'il n'ait eu le temps de bredouiller quoi que ce soit pour sa défense, l'énorme battoir du sergent Maler, à présent refermé en un poing massif, vint s'écraser juste en dessous de ses côtes, lui coupant le souffle aussi sûrement que si un ogre venait de s'asseoir sur son torse.
« Crétin du Stirland! Débile congénital! »
Plié en deux par la douleur, Clemenz tenta désespérément d'insuffler un peu d'air dans ses poumons flétris, mais ne parvint qu'à un émettre qu'un bruit de succion ridicule, avant qu'un coup d'avant-bras porté à pleine volée ne s'abatte sur son dos exposé, le revoyant prestement rouler au sol.
« Je vais te mettre du plomb dans la cervelle, espèce de salopard! »
Comme si le cours du temps s'était brusquement inversé, Clemenz se senti une nouvelle fois soulevé de force par le sergent écumant, qui fit un pas en arrière pour donner l'élan nécessaire à son prochain coup. Au moment où sa victime serrait les dents dans l'attente de la frappe qui l'enverrait une nouvelle fois rouler au sol, la voix nasillarde de Lothar vint couvrir le flot de jurons colorés que proférait Maler.
« Il est parti chef, vous pouvez arrêter! »
L'imposant poing du sergent s'arrêta en pleine course à l'instant même, une seconde avant que Clemenz ne puisse déterminer si sa mâchoire inférieure était de taille à résister à la rencontre avec une boule d'os et de cartilages qui en avait déjà brisé tant d'autres. Helmut Maler était le premier fils d'un forain qui avait gagné sa vie en défiant quiconque de venir l'affronter sur l'estrade de tréteaux qui constituait son seul et unique bien. Très fier de son gagne-pain, le père avait souhaité que son aîné reprenne l'entreprise après lui, rêve innocent qui avait malheureusement disparu en même temps que celui qui le nourrissait, quand le fils prodigue avait mis fin à trente-cinq années de victoires d'un seul uppercut dévastateur. La chance de Maler avait été que le prévôt chargé de l'enquête soit également familier des exploits de son père, et, qu'impressionné par le haut-fait du fils, lui propose de maquiller l'affaire en accident s'il s'enrôlait dans l'armée régulière. Maler s'était fait soldat, et avait su exploiter les qualités développées pendant sa vie antérieure pour gravir rapidement les échelons, sans que sa mésaventure réussisse à lui faire passer le goût du pugilat. Bien qu'ayant dépassé le cap des quarante ans de manière assez confortable, il détenait toujours le titre de champion de combat à mains nues décerné par l'amicale des régiments du Nebelheim, association créée à son initiative et dont il était le tout aussi incontesté président. Pour l'heure, le président Helmut Maler semblait poser pour la postérité devant l'oeil d'un artiste invisible, une main toujours refermée sur le col d'un Clemenz partagé entre le soulagement, l'incrédulité et la souffrance, l'autre prête à s'abattre comme un météore sur le visage de son subalterne.
« T'es sûr Lothar? » fit le colosse à la barbe rousse sans bouger d'un cil.
« Certain chef » répondit l'intéressé en pointant quelque chose du pouce derrière son épaule. « Le vieux est parti causer aux rochers. »
« Bon. »
L'étau se desserra autour de la tunique de Clemenz, dont les jambes se dérobèrent sous lui. Pour la troisième fois en moins d'une minute, il se retrouva au sol, uniquement pour être encore une fois relevé par Maler, avec à peine moins de brutalité que les deux fois précédentes.
« Fiston, » fit ce dernier en l'époussetant avec sa délicatesse habituelle, « je jure sur Sigmar que j'ai fait ça pour ton bien. Tu as sauvé la vie de cette andouille, mais elle t'aurait brûlé la cervelle avec ses tours de passe passe si je n'avais pas pris les devants. » Le ton mortellement de son sergent, ainsi que les hochements de tête affirmatifs des autres soldats suffirent à convaincre Clemenz de la véracité de l'histoire. Schattra, il aurait bien pu le laisser cuire sur place, cet enfoiré!
« Et puis » repris Maler avec un sourire jovial, « j'ai à peine porté mes coups, tu t'en es bien rendu compte, non? »
Clemenz fit un effort surhumain pour acquiescer, et détourna la tête avec un rictus de douleur. Le régiment avait fait halte sur la bande de terre qui séparait le cromlech maudit d'un petit bosquet de pins noirs et resserrés comme une touffe de crin. L'écho étouffé des pas des miliciens de Drünnerwald sur le tapis d'aiguilles était la seule preuve de leur présence entre les troncs malingres alors qu'ils progressaient avec lenteur vers le flanc droit de leur unité-mère. Ce discret crissement fut couvert par la plainte du métal traîné à même le sol, et Clemenz aperçut du coin de l'œil quatre soldats tirer à l'écart deux longues formes noircies et fumantes. Il mit un instant avant de réaliser qu'il s'agissait des cadavres de ceux qui n'avaient pas eu sa chance lorsque le maléfice du nécromancien avait atteint la phalange.
« Sale travail, hein » grogna Maler lorsqu'il vit où était posé le regard du lancier. « Ils paieront pour ça, je le promet » poursuivit-il avant de se détourner et de regagner sa position auprès de Deusmeister, trop occupé à solliciter l'appui de son dieu tutélaire pour avoir remarqué la scène qui s'était déroulé quelques secondes auparavant. Clemenz se demanda s'il avait même réalisé qu'une boule de feu magique s'était abattu sur l'unité et avait tué deux de ses membres. Sans doute que non.
En soupirant, il se baissa pour ramasser sa lance qui gisait là où il l'avait laissé tomber lors de son plongeon, et accueillit avec un grognement de satisfaction la gourde de cuir que Emmi lui mit entre les mains. Une bonne gorgée plus tard, il se sentait déjà mieux, et fit passer l'outre d'eau de vie aux rangs de derrière avec un frissonnement du à la force de la gnôle. Par tout ce qui était saint, Fohlen était vraiment le pire bouilleur de cru du Vieux Monde! Ou peut-être le meilleur.
Alors que les premières vapeurs alcoolisées lui montaient à la tête, Clemenz entendit Emmi glousser stupidement sur sa gauche, lui aussi assommé par le breuvage du cuistot du régiment. Incapable de contenir les ricanements sporadiques qui s'échappaient de sa bouche, Emmerich se contenta de pointer un doigt qui tremblait légèrement en direction d'un point indéfini, et qui s'avéra au final désigner la position d'un homme barbu vêtu d'amples robes, dont l'opulence de l'étoffe était quelque peu contrariée par les marques de terre et d'herbe qui s'étalaient au niveau des genoux et des coudes, comme si leur propriétaire avait très récemment plongé au sol.
« Pu-putain, il est vraiment fort l'asticot » bredouilla Céleri avec un émerveillement non feint qui tenait plus du bambin crédule que du soulard vétéran. « Me demande bien co-comment il fait pour flotter dans les airs comme ça... »
« Mais qu'est-ce que tu racontes, bougre d'ivro... » Le sourire se figea sur les lèvres de Clemenz lorsqu'il réalisa qu'Evarius Ström était bel et bien en lévitation, la tête nimbée de flammes immatérielles d'une blancheur immaculée. Tout le réconfort et la chaleur procurés par le tord-boyaux se dissipèrent en un battement de cœur.
« Fait chier. »
Comme pour donner raison au pessimisme du lancier, la Pierre des Hardes devant laquelle le Hiérophante se trouvait maintenu par une énergie invisible se mit à bourdonner, d'abord aussi doucement que le battement d'aile d'une abeille, puis de plus en plus fort, comme si un monstrueux essaim remplissait tout entier le monument chaotique. Un à un, les crânes des niches explosèrent comme de la terre cuite, et les inscriptions à la surface du rocher se mirent à onduler. Un flot de bile remplit la gorge de Clemenz, qui n'eut que le temps de cracher avant que la pustule suintante d'Emmerich crève avec un bruit humide et sonore, envoyant son contenu se répandre à un mètre à la ronde. Emmi tomba à genoux avec un plainte inarticulée, et Clemenz ne trouva rien de mieux à faire que de l'imiter.


La cavalcade de sabots était presque inaudible dans le vacarme de l'avancée des flagellants, mais Friedrich l'entendit avec une troublante netteté, comme s'il avait passé les dernières minutes complètement seul dans la forêt à l'affût de cet unique son. Trop léger pour être produit par des cavaliers à l'approche, le bruit lui évoquait plutôt la fuite d'une harde de chevreuils ou de sangliers surprise par la rencontre des deux armées au milieu de leur terrain de villégiature.
Puis vinrent les cris, eux-aussi quasiment indécelables pour une oreille non exercée, mais l'aveugle apprenait vite, et réussit même à entendre clairement une voix rauque, à mi-chemin entre l'homme et l'animal, proférer une imprécation aux accents barbares.
« Kor-Gar » se répéta-t-il, testant les deux syllabes comme s'il dégustait un nouveau plat à la saveur inconnue. Inconnue, mais désagréable.
« Korghar » murmura-t-il de nouveau, un goût de musc, de sang et de terre sur la langue. Le nom du chef Homme-Bête était à l'image de son propriétaire: brutal, sauvage et menaçant. Sans qu'il l'eut invoqué, la forme massive et cornue d'un Fellmen particulièrement imposant que le 10ème avait abattu lors d'une expédition punitive vint se matérialiser devant ses yeux morts. Ce Khorgar devait être une bête du même acabit, peut-être même plus énorme encore.
La chanson de l'acier résonnant sur l'acier se fit entendre, et cette fois, Friedrich ne fut pas le seul à l'entendre. La symphonie de hurlements et de suppliques des flagellants stoppa net quand les lunatiques se rendirent compte que leurs adversaire cadavériques venaient de se faire charger par un assaillant sorti de nulle part. Dans une clameur d'indignation et de haine, les Compagnons Croyants se ruèrent en avant pour se joindre à la mêlée.
Bousculé de toute part par la contre-charge de ses camarades, Friedrich se mit lui aussi à courir dans la direction du combat, craignant à chaque nouvelle enjambée de se prendre les pieds dans une racine ou de glisser sur une pierre.
« Sigmar, Tu es le chemin de lumière qui se déroule devant moi dans les heures les plus sombres, le bâton qui soutient mon bras fatigué par l'effort... » commença l'infirme, souhaitant de tout son cœur que la seule prière dont il se souvenait encore avec quelque certitude lui soit aussi secourable dans l'épreuve que le frère qui la lui avait fait apprendre en punition du raffut qu'il avait causé lors d'un office lui avait assuré avant de le laisser partir.
« …le manteau qui m'abrite des tourmentes de l'incroyance, l'épée ceinte à mon côté pour défaire l'œuvre des impies... »
Dans l'immensité blanche qui constituait tout ce que ses rétines brûlées pouvaient percevoir du monde, un soleil rouge fit soudain son apparition.
« ...le bouclier qui repousse les assauts du démon... »
Un rayon écarlate fusa de la sphère de feu qui flottait dans le ciel immaculé de Friedrich, et vint percuter son front avec tant de force qu'il sentit une onde de douleur se répercuter dans son crâne.
« ...l'armure de foi impénétrable qui protège mon âme des promesses trompeuses... »
D'autres rayons frappèrent les yeux, les oreilles, la bouche de l'aveugle, chacun provoquant une nouvelle vague de souffrance, tandis que le soleil cramoisi enflait comme un coquelicot dépliant ses pétales, remplissant peu à peu la vision de Friedrich. La main que ce dernier porta à son visage pour le protéger ne lui apporta aucun répit, et ses doigts fébriles se raidirent au contact, chaud et humide, du sang qui coulait en cascade de ses orbites.
« ...la torche qui...illumine...les...ténèbres... »
Le ciel était désormais tout entier illuminé d'un rouge malveillant, et pourtant Friedrich pouvait sentir que le soleil, à présent d'un carmin sanguin, se rapprochait toujours, apportant avec lui une douleur de plus en plus atroce. Incapable de continuer à courir, il tenta de s'arrêter, mais le flagellant qui le suivait immédiatement le percuta de plein fouet, et tous deux mordirent la poussière dans un bruit sourd.
« ...l'é...l'étoile...qu-qui... »
Le monde n'était plus que souffrance, une souffrance sans fond et d'un grenat qui virait au noir. Malgré tout, Friedrich percevait toujours avec une netteté effrayante le fracas alentour. Il entendit l'homme qui venait de le bousculer grogner en se relevant dans un bruit d'étoffes et de chaînes. Il entendit sa respiration, sifflante et laborieuse, et la malédiction qui lui était adressée entre deux ahanements. Il entendit le flagellant se racler la gorge pour en chasser la phlegme, et l'expulser en un crachat épais qui vint s'écraser sur sa joue. Enfin, il entendit le bruit inhumain que produisit l'âme du malheureux au moment où la plus noire des magies vint l'arracher à son enveloppe corporelle, une sorte gémissement d'effroi qu'il ressentit jusqu'au fond de ses os. Et puis il n'entendit plus rien.
Dans un silence assourdissant, le soleil noir avala Friedrich dans ses ténèbres absolues.



















1.Les chasseurs ne parviennent pas à retrouver leur sang-froid et quittent la table.
2.Evarius Ström quitte la protection, toute relative après son "absence" passagère au moment de la boule de feu, du Vème, et s'en va étudier de plus près les mystères de la Pierre des Hardes. Ses lectures ne lui ayant fourni que des informations très rudimentaires sur de telles constructions, sa première tentative visant à "siphonner" le pouvoir contenu dans l'obélisque se solde par un échec retentissant. Les vents de magie se mettent à souffler en bourrasques assez puissantes pour arracher l'âme du corps, et plusieurs soldats impériaux subissent ce sort peu enviable (le grand crâne représente le Fiasco!, les petits crânes les unités frappées par les conséquences de ce dernier).
3.En arrière des lignes impériales, les craintes d'Eric Schlösser se révèlent fondées lorsqu'une meute de chiens du chaos jaillit de la forêt et se rue sur la position des Guetteurs de Fort Stürm. Dans leur malheur, les tireurs ont toutefois de la chance: les fauves des Hommes-Bêtes étant vivants (quoique forts affamés), leurs hurlements alertent les impériaux, qui ont le temps de se retourner pour faire face à la charge. Surnaturellement silencieux, et pour cause, les cadavres de loups réanimés par Mataplana ne leur en aurait même pas laissé le loisir.
4.L'Erlösung subit une avarie technique au pire moment, le bloquant sur place et lui faisant perdre un point de vie. Malchance ou manigances de l'ennemi? Les chevaliers n'osent pas charger seuls mais avancent tout de même, jugeant la distance les séparant des morts-vivants toujours trop grande pour que ces derniers puissent lancer une attaque.
5.Une bande d'Ungors, dont la bravoure surprenante doit sans nul doute provenir d'un encouragement musclé du maître de la harde en personne, sort sans crier gare des bois et se rue à l'assaut des chevaliers noirs, au grand déplaisir d'Arnau de Mataplana, qui voit son plan de bataille mis en danger par une poignée de satyres.
6.Les Princes de la Poudre, arrivés à portée de tir, commencent à harceler les goules. Plus prudente, la patrouille Biestleder préfère engager les hostilités d'un peu plus loin, et les efforts combinés des deux unités fauchent trois nécrophages.
7.Bien qu'enragés par la venue des Hommes-Bêtes, Mataplana a l'intelligence de tirer profit de la bourde commise par l'insignifiant petit sorcier de Deusmeister. Il lie les âmes désincarnées par l'ouragan magique à son service, et envoie ses nouveaux esclaves barrer la route des chevaliers d'Ulric.


Dernière édition par Peter von Nebelheim le Sam 8 Jan 2011 - 4:14, édité 2 fois
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serroth
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Mer 7 Juil 2010 - 20:23


Salut Général en intérim Peter von Nebelheim.

Bien sûr qu'il reste de lectorat!

Ne prenez pas cette apparition comme une invasion, mais plutôt comme un Général qui cherche l'absolution à tous ses péchés.

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kazuul
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Ven 9 Juil 2010 - 15:46

Continue à nous faire plaisir en mettant en ligne la suite de ton rapport :)
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Peter von Nebelheim
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Ven 26 Nov 2010 - 16:59

Je mentirais sans doute si je disais que ce petit trou de quelques semaines a été nécessaire pour écrire la suite du rapport de bataille. J'ai eu une sorte de Warha-blues à la suite de la sortie de la V8, et j'ai quelque peu délaissé mes pauvres personnages (j'espère qu'ils en ont profité pour prendre des vacances, car laissez-moi vous dire que ça va chauffer pour leur matricule) durant l'été. Mais comme tout bon War-coolique (c'est comme un alcoolique, Warhammer en plus et les boutanches en moins -parfois-), je n'ai pas pu résister bien longtemps aux appels pitoyables de mon TGBR, qui a bassement remis en cause mon intelligence pour me convaincre de lui redonner une chance ("Tu vas pas me faire croire que t'es assez stupide pour claquer 70 euros pour m'acheter, et ensuite me laisser prendre la poussière dans un coin! Gros naze!"). Et une fois cette étape franchie, de fille en anguille... Braiff, I'm back avec mon rapport qui a pris une version dans les dents depuis. C'est maintenant une pièce d'histoire, en plus d'être ce qu'il a été avant, et je prie Sigmar et tous ses potes pour que mes souvenirs de la V7 ne s'envolent pas avant d'avoir mené cette tâche à bien.

Merci à tous ceux qui m'ont lu jusqu'ici, et à ceux qui continueront passé le point qui finit cette phrase.

Tour 2 des Comtes Vampires:

Dans un grognement de victoire, Kurdosh se jeta tête la première dans la petite combe cernée de jeunes bouleaux que longeait la piste. Sa chute fut amortie par l'épais tapis de feuilles en décomposition qui recouvrait le fond de la fosse, et que la masse imposante du Sans-Ombre enfonça presque immédiatement dans un bruit étouffé. Le genou droit de l'homme-bête fut la première partie de l'anatomie de ce dernier à entrer en contact avec la seconde couche du sol de la dépression, une boue froide et visqueuse, vieille de plusieurs semaines. Sans une plainte, Kurdosh laissa la terre meuble l'avaler avec une lenteur consommée, prenant juste le soin d'inspirer profondément avant que ses naseaux ne soient submergés à leur tour. Il eut vaguement la sensation de tomber au ralenti, comme dans un rêve, avant que le fond véritable de la cuvette ne vienne à sa rencontre. Ses mains d'abord, puis ses jambes, son torse et sa tête vinrent lentement reposer sur la litière de racines, graviers et sédiments qui parsemaient le fond du trou. Parfaitement immobile, le chasseur sentit le pas lourd de sa proie passer à quelques mètres de sa cachette, ses pesantes enjambées répercutées sous forme de vibrations à travers la boue l'informant de sa présence avec autant de certitude que s'il était en train de le contempler de ses yeux. La proie s'éloigna rapidement vers le Sud, à la poursuite de celui qu'elle croyait toujours en train de fuir sa colère, mais Kurdosh laissa tout de même passer un long moment avant de remonter à la surface d'un coup de sabot. Sa tête cornue, entièrement recouverte de l'immonde substance qui dormait sous la surface, creva la couche de feuille avec un léger bruissement. Rapidement, le traqueur dégagea ses oreilles de la boue qui les obstruait, et le silence fit place aux sons familiers de la chasse. Une brève expiration lui rendit l'usage de l'odorat, et c'est après s'être assuré qu'il était seul que le Sans-Ombre s'autorisa à se dégager de l'étreinte gluante de la glaise. D'un coup de rein, il se propulsa sur le bord de la combe et parcourut les quelques toises qui le séparait de la sente qu'il avait si prestement abandonné quelques instants auparavant. Il arracha une poignée d'herbes sauvages, et commença à frotter sa fourrure emmêlée et humide avec cette brosse de fortune, éclaboussant sans discrimination les environs du liquide saumâtre dans lequel il avait passé les dernières minutes. Il était sur le point d'achever cette toilette sommaire lorsqu'un croassement indigné retentit dans son dos, le prenant si totalement au dépourvu qu'il ne se retourna pas assez vite pour voir Aghu'un reprendre sa forme habituelle. Lorsque Kurdosh eut suffisamment recouvré de sa surprise pour empoigner sa hache et menacer de l'abattre sur l'importun, le chamane s'était déjà prudemment reculé de quelques pas, les mains levées, paumes tournées vers le ciel en signe d'apaisement. La forme voûtée du sorcier ne portait plus aucune trace de l'oiseau qu'il avait été un moment auparavant, mis à part la large traînée de boue qui maculait le côté gauche de sa face parcheminée, dessinant un motif irrégulier de l'œil jusqu'au coude de la mâchoire là où la projection de Kurdosh l'avait atteint.
« Paix, paix, chasseur » fit Aghu'un de la voix enrouée qui était la sienne. « Korghar demande pourquoi bête de métal court toujours, et Aghu'un répond que puissant Kurdosh a un plan, oui? Aghu'un essaie d'expliquer, mais Korghar impatient, ne veut pas attendre » poursuivit le chamane avec une empathie simulée qui n'aurait pas abusé même le plus stupide des brays de la harde.
« Korghar envoie Aghu'un chercher Kurdosh, oui? Korghar n'est pas content de la traque, non non non. Korghar veut la bête de métal morte maintenant, la tête brisée, le dos rompu, les entrailles répandues hors de la panse. Korghar pas satisfait, et il envoie Aghu'un prévenir, il envoie Aghu'un aider, oui. »
Bien qu'il brûla d'envie d'enfoncer la lame de sa cognée dans le crâne de son interlocuteur, Kurdosh parvint à refouler sa haine pour l'oracle pour se concentrer sur le message de ce dernier. Nul doute qu'Aghu'un avait profité de son absence pour attiser sur lui la colère du Wargor avec sa langue fielleuse. Même si les menaces proférées à mots voilées par le chamane n'étaient qu'à moitié vraies, il ne pouvait à présent plus s'en retourner devant son seigneur sans risquer sa vie, à moins de terrasser la bête de métal, ou bien... de pouvoir placer la responsabilité de son échec sur les épaules de quelqu'un d'autre. Un rictus de mauvais augure vint animer les traits du chasseur, et ce dernier laissa lentement retomber son bras de hache, au grand soulagement d'Aghu'un.
« Bête de métal sera bientôt carcasse pour la meute » fit Kurdosh d'une voix qu'il voulait la plus engageante possible. Si la soudaine bonne volonté du chasseur apparut comme suspecte à son rival, ce dernier n'en laissa rien paraître, et laissa le Sans-Ombre se rapprocher d'un pas.
« Seul, Kurdosh est fort, mais si Aghu'un aide, Kurdosh est invincible! J'ai un plan. Tu écoutes, tu fais, et bête de métal vaincue avant la venue des lunes. Aghu'un et Kurdosh deviennent héros de la harde, et Korghar content, fier de ses guerriers. Tu écoutes et tu fais. »
***
Kurdosh regarda son ennemi s'en aller d'un pas claudicant vers le bosquet où il lui avait assuré qu'il dirigerait la bête de métal pour que le chamane l'achève de ses maléfices, une fois qu'il l'aurait affaibli avec sa lance et ses haches. Le regard que lui avait décoché Aghu'un quand il lui avait fait comprendre qu'il comptait harceler le monstre à la peau d'acier comme s'il s'agissait simplement d'un Razorgor particulièrement massif avait été éloquent. Derrière les encouragements et les éloges faits à sa bravoure dont l'avait abreuvé le chamane, le traqueur avait décelé un mépris mêlé d'amusement devant sa stupidité feinte, ainsi qu'un sentiment de triomphe anticipé. Aghu'un avait la certitude qu'il allait au devant de sa mort, et s'en réjouissait d'avance. Difficile de lui donner tort si Kurdosh se comportait comme il l'avait annoncé, mais le Sans-Ombre avait d'autres projets que de finir broyé sous les sabots de la bête de métal. Il n'avait qu'à demi menti lorsqu'il avait annoncé qu'il avait un plan pour terrasser sa proie: ce n'était pas d'un vieux chamane décati dont il avait besoin pour l'épauler, mais d'un assistant moins retors, plus musculeux, qui suivrait aveuglément ses ordres et accepterait de se sacrifier pour lui si besoin était.
Alors qu'il reprenait sa traque, Kurdosh crut distinguer un concert de grognements bestiaux s'élever depuis le Nord-Est, là où il venait d'envoyer cet imbécile d'Aghu'un. Là où il avait senti l'odeur, si particulière, mélange de chair nécrosée et de pierre humide, des charognards dégénérés qui chassaient dans les environs des armées de morts-vivants. Qui chassaient en bandes. En bandes affamées. Le cri de douleur bêlant que le vent lui apporta juste avant qu'il ne replonge entre les troncs noirs et tordus eut quelque chose d'infiniment jubilatoire.


« Debout, debout, bande de bouffeurs de merde! Ils arrivent!»
La voix rocailleuse du sergent Maler vint tirer Clemenz du demi-sommeil cauchemardesque dans lequel il n'avait pas souvenir d'être tombé. La pierre maudite, déformée par la puissance d'une magie si corruptrice qu'elle pouvait mutiler la chair à dix mètres à la ronde, le sorcier, ce foutu Ström, trop obnubilé par ce pouvoir impie pour protéger son escorte des maléfices des nécromanciens, la langue de flammes bleutée et hurlante que ces derniers avaient déchaîné sur le régiment, et enfin, la terrible bourrasque qui venait de traverser le champ de bataille, si pénétrante et si glacée qu'il avait cru sentir une serre d'acier lui traverser le torse pour se refermer sur son cœur, tout cela ne pouvait être réel.
Avec le détachement propre du rêveur au sortir d'un songe particulièrement prenant, Clemenz se remit debout, ramassant au passage la lance qui avait laissé échapper dans sa chute. Autour de lui, les hommes du 7ème régiment du Nebelheim s'agitaient en tous sens, comme des marionnettes maniées par des enfants aux gestes trop brusques. Une cacophonie de cris, de plaintes, de chocs sourds et de tintements métalliques résonnait dans ses oreilles, sans qu'il puisse en isoler une partie pour tenter de donner sens à ce tumulte. Son pied buta dans quelque chose de mou, et il baissa les yeux pour s'enquérir de la nature de l'obstacle. Bras en croix, les genoux repliés sous lui, Emmerich dit Emmi dit Céleri fixait un point indéfini du ciel gris acier. Le côté gauche de son visage était figé dans un terrible rictus de douleur, quant au droit, il disparaissait presque entièrement sous les reliquats de la pustule éventrée.
« C'est fini pour lui Clemenz. »
La main de Maler vint agripper son épaule et le contraignit à se mettre en marche. Docilement, il détourna la tête de la dépouille de son camarade et emboîta le pas du sergent pour se retrouver au premier rang de l'unité, à la droite immédiate de Deusmeister. Ce dernier, pour autant que Clemenz puisse le dire, était plongé en prière, les deux mains fermement serrées sur la garde de son épée, sa tête rasée à demi tournée vers le sol pendant que ses lèvres prononçaient une ultime supplique que le lancier ne put entendre à cause du vacarme ambiant. Les paupières du vieil homme s'ouvrirent, révélant des yeux d'un bleu limpide qui vinrent balayer les rangs de la horde approchante avec un mépris non dissimulé. Malgré lui, Clemenz suivit le regard du Ministre de Sigmar, et le cauchemar dont il croyait être sorti l'entoura de nouveau avec une telle force qu'il en eut le souffle coupé. À guère plus d'un arpent de la position qu'occupait le 7ème, les morts progressaient de leur démarche mal-assurée, les longs os bruns de leurs jambes squelettiques martelant le sol dans un concert de claquements et de grincements torturés. La lumière grise, crépusculaire, qui baignait la clairière donnait aux fauchons et aux glaives rouillés un aspect inquiétant en soulignant les barbelures qui couraient sur toute la longueur de ces lames délabrées. Les cadavres ne portaient que peu d'armure, seulement quelques épaulières de cuir bouilli trop mal en point pour offrir une quelconque protection, et occasionnellement une demi-cuirasse de modèle archaïque, constituée d'un disque de fer martelé, sanglé par dessus la cage thoracique à l'aide de lanières de cuir nouées derrière le dos. Tous portaient en revanche un petit bouclier rond, guère plus grand qu'une rondache, dont l'ombon de bronze oxydé figurait un crâne grimaçant. Au centre de cette cohorte dépenaillée se trouvait un cavalier dont l'armure de plates baroque et le long heaume coiffé d'un dragon aux ailes éployées tranchaient vivement avec la misérable dotation de sa garde. En plissant les yeux, Clemenz put voir que le visage du chevalier était d'une pâleur morbide, mais ne présentait aucune marque de la décomposition qui avait tôt fait de manger les chairs des cadavres. Comme s'il avait senti le regard du lancier se poser sur lui, le cavalier dragon tourna vivement la tête, et vint planter ses yeux dans ceux de l'impudent mortel qui le dévisageait. Avec horreur, Clemenz remarqua que ce qu'il avait pris pour une extension de la mentonnière du chevalier n'était en fait que des crocs de deux pouces de long, qui semblèrent s'étirer encore lorsque le vampire lança un hurlement de fureur inarticulé en direction du ciel. Le hoquètement de terreur de Clemenz dut attirer l'attention de Deusmeister, car la voix profonde de ce dernier vint soudain frapper les oreilles du soldat tétanisé.
« As tu peur, mon garçon? »
Clemenz se détourna du spectacle effroyable, et tenta de paraître moins impressionné qu'il ne l'était, sans toutefois y parvenir franchement.
« Non seigneur, je... » commença-t-il avant de réaliser combien son mensonge devait paraître grossier aux yeux d'un homme qui avait dévoué sa vie à lire dans le cœur et l'âme des autres.
« Oui, terriblement. » finit-il par reconnaître dans un souffle.
Un sourire de compassion flotta un instant sur les traits marqués du prêtre, qui vint poser sa main sur l'épaule du lancier.
« Voilà qui est bien mon fils » fit Deusmeister en hochant doucement la tête, « car l'homme incapable de ressentir la peur est déjà bien engagé sur le chemin qui le mènera à la déchéance la plus totale. En revanche, l'homme capable de vaincre sa peur pour faire ce qu'il estime être juste, celui-là est un véritable héros, celui-là est le digne héritier de Sigmar. Me comprends-tu, soldat? »
Clemenz acquiesça un rien trop rapidement pour être honnête, provoquant un autre sourire de la part de son interlocuteur, qui le bénit avant de reprendre sa place dans la ligne.
Pendant ce temps, les morts avaient continué leur progression, jusqu'à n'être plus qu'à un jet de pierre du barrage de pointes d'acier effilées que présentait les lanciers. Le nécromancien qui avait déchaîné la tempête de flammes sur le régiment leva alors bien haut le crâne qu'il avait toujours à la main, mais ce dernier ne s'embrasa pas comme précédemment. En revanche, une lumière verdâtre suinta de ses orbites creuses, et vint frapper le squelette le plus proche, s'insinuant entre ses côtes jusqu'à le faire luire de l'intérieur. Le cadavre se raidit soudainement, comme s'il avait été frappé par la foudre, mais au lieu de tomber en poussière, il se jeta en avant avec une vitesse et une agilité qui n'avait plus rien à voir avec les claudications poussives qui les avaient amenés jusque là. Un à un, les guerriers morts-vivants lui emboîtèrent le pas avec la même grâce surprenante, jusqu'à que tout le régiment soit lancé à fond de train sur la phalange. Le chevalier au dragon piqua les flancs de son coursier, qui se cabra de toute sa hauteur avant de se lancer au galop sur la formation des Nebelheimers. Les réflexes de Clemenz, affutés par une décennie de combats, reprirent le dessus et réussirent même à bannir la peur l'espace d'un instant. Raffermissant sa prise sur la hampe de son arme, il abaissa ensuite la tête jusqu'à ce que seuls dépassent ses yeux derrière le rempart de son bouclier. Lorsque les squelettes ne furent plus qu'à dix mètres de la ligne, il entendit distinctement la voix du sergent hurler un ordre entendu sur des dizaines de champ de bataille, et il mit le genou droit à terre, comme tout le reste de la première ligne, à l'exception de l'état-major et de Deusmeister. Suite à ce changement de posture, les lances du premier rang pointaient à présent en direction du torse des assaillants, lesquels ne ralentirent pas l'allure pour autant, et couvrirent les dernières enjambées avec une résolution que l'on aurait pu qualifier de suicidaire, n'eussent-ils tous été déjà morts. Du coin de l'œil, Clemenz vit le premier des cadavres venir s'empaler sur l'arme de Nils avec tant de violence que deux bons pieds de frêne lui poussèrent dans le dos avant qu'il ne perde son élan. Le cri de victoire du lancier se termina cependant dans un gargouillis étranglé lorsque son adversaire, à peine gêné par l'arme d'hast qui le transperçait de part en part, vint lui planter son long coutelas dans la gorge. Le corps de Nils n'avait pas encore atteint le sol que Clemenz dut détourner le regard pour se concentrer sur le guerrier qui lui faisait face, une carcasse de six pieds de haut qui avait du soutenir un Norse il y a quelques décennies de cela. Il se prépara à plonger sa lance dans un des orbites de son ennemi, dans l'espoir de rompre d'un coup le charme qui maintenait le squelette dans son semblant d'existence, mais une seconde avant que le duel ne commence, son adversaire se fit percuter par la monture du chevalier dragon, dont les sabots ferrés firent éclater les ossements du guerrier dans un grand craquement. Le temps sembla ralentir lorsque la longue lance de cavalerie du vampire s'abaissa en direction du coeur de Deusmeister, mais ce dernier réagit avec une célérité surprenante, et parvint à détourner l'attaque du non-mort au dernier moment. Ce dernier laissa alors tomber son arme, devenue encombrante, et dégaina l'épée longue qui pendait à son côté, tout en contraignant sa monture à volter pour poursuivre le combat. Peu enclin à laisser l'initiative à son adversaire, le Ministre de Sigmar se rua sur lui dans un rugissement, disparaissant du champ de vision de Clemenz.
Un battement de cœur plus tard, un glaive ébréché vint lacérer son bouclier, lui ébranlant douloureusement le bras. Sans laisser le temps à son ennemi de frapper de nouveau, il se fendit à fond tout en se relevant, la pointe de sa lance passant sous la mâchoire de son assaillant et remontant jusqu'à l'arrière du crâne, qu'elle perfora avec tant de force que ce dernier s'en trouva arraché de la colonne vertébrale. Le corps décapité chancela brièvement, avant de s'écrouler sur lui même dans une cascade d'os souillés. Clemenz balaya la mêlée du regard à la recherche d'un nouvel adversaire, mais ce furent ses oreilles qui le firent se précipiter vers la droite, d'où provenait un chapelet de jurons si colorés qu'il ne pouvait être l'œuvre que du...
« Sergent Maler, j'espère que je ne vous dérange pas! » fit Clemenz en soulevant l'un des trois adversaires de son interlocuteur d'un coup de lance entre les côtes, avant de le projeter sur un de ses congénères, qui roula au sol sous le choc.
« Je croyais t'avoir dit de rester tranquille! » riposta le vétéran, sa barbe rousse volant au vent alors qu'il faisait exploser le front d'un autre des squelettes d'un coup d'estoc de son épée bâtarde. Le dernier mort-vivant retourna au repos de la tombe une seconde plus tard, un formidable revers de bouclier lui enfonçant la cage thoracique et le faisant tomber à la renverse, avant qu'un bon coup de pied ne projette son crâne à dix mètres de là. Clemenz s'apprêtait à répondre lorsqu'un cri de douleur plaintif s'éleva depuis les rangs des morts. Incrédules, les deux hommes se retournèrent pour contempler le spectacle grotesque qui se présentait à eux. Quelques pas plus loin, en effet, le nécromancien qui venait de déchaîner les enfers sur le 7ème se tenait le genou à deux mains en gémissant de manière assez comique, tout en décochant des regards noirs à l'objet responsable de ses souffrances, qui n'était autre que la boîte crânienne que Maler venait de catapulter au diable vau-vert. La douleur refluant, l'homme reposa sa jambe au sol, et se baissa en pestant pour ramasser les reliques que sa mésaventure lui avait fait soudainement lâcher. Il n'eut que le temps de refermer sa main gauche sur le crâne incandescent qui lui avait servi pour invoquer la boule de feu bleutée avant qu'un « Et voilà pour ta sale gueule, couilles moisies » ne résonne de manière désagréablement proche dans ses oreilles, et seulement le temps de lever les yeux d'un air ahuri avant que le colosse à la barbe rousse qui s'était jeté sur lui en beuglant les pires insanités n'abatte son épée sur la main qu'il venait de refermer sur son talisman, la sectionnant nettement au niveau du poignet.


« Lorcaen, Élu de Mannan ou non, tu n'es qu'une belle andouille! »
Cette remontrance silencieuse ne fit rien pour alléger la lourde responsabilité que le Précepteur sentait peser sur ses épaules, et ce dernier canalisa toute la rancœur qu'il éprouvait au sujet de sa propre personne dans le coup plongeant qu'il adressa au mort-vivant le plus proche. Eischneiden, son imposante hache d'armes, décrivit une parabole fulgurante et vint finir sa course à la jonction du cou et de l'épaule du lancier cadavérique qui essayait de planter son arme dans le flanc de sa monture. Les frêles os du squelette volèrent en éclat comme de la porcelaine, et l'assaillant bascula en arrière, uniquement pour être remplacé par deux autres ennemis. Pire encore, Lorcaen aperçut distinctement les fragments de sa dernière victime s'élever à faible hauteur au dessus des touffes d'herbes grasses qui recouvraient le sol de la clairière, avant de converger vers l'endroit où la plus grande partie du corps reposait. Comme attirés par un aimant, les esquilles d'os allèrent se ressouder à leur place originelle, et le cadavre se releva pour reprendre part à la mêlée.
Pfeil se cabra soudainement lorsqu'une pointe d'acier rouillée lui déchira superficiellement le pectoral, et son maître faillit vider les étriers. D'un coup de rein qui lui arracha un grognement d'effort, il parvint à retrouver son assiette, et abattit sa hache à l'aveuglette sur l'ennemi le plus proche. Un craquement de mauvais augure vint le récompenser, et il pria Mannan que celui-ci reste réellement mort un peu plus longtemps que les autres. Tout autour de lui, les autres chevaliers ferraillaient comme des possédés dans la horde des squelettes, leurs longues épées droites sectionnant les membres dénudés comme du bois mort, sans effet notable sur un adversaire qui semblait invulnérable. Les lances de cavalerie avaient toutes été jeté au sol, intactes, témoins éloquents du traquenard dans lequel il avait mené sa confrérie. Eux, chevaliers d'un ordre plusieurs fois centenaire, vétérans de nombreuses batailles et montés sur des destriers lancés au trot, s'étaient faits chargés par surprise par un ramassis de cadavres ambulants incapables de progresser de plus d'une demi-lieue de l'heure. Un sourire sans joie lui vint à cette pensée, et il revit en un éclair les dernières minutes défiler sous ses yeux pendant qu'il délivrait à l'instinct des horions de droite et de gauche. Tout était bien allé dans un premier temps, leurs chevaux impatients de s'éloigner de la pierre maudite les emportant en toute hâte en direction de l'ennemi. Il avait ordonné un galop lorsque ce dernier n'avait plus été qu'à une centaine de mètres, et s'apprêtait à faire abaisser les lances lorsque quelque chose avait très mal tourné. Une bourrasque soudaine avait balayé le champ de bataille, avec tant de force que les templiers s'étaient retrouvés presque stoppés net dans leur élan, en dépit de tout l'impétus de leur charge. Comme toujours, les chevaux avaient sentis avant les hommes la nature maléfique de ce coup de vent, et la cohésion de l'unité avait volé en éclat lorsque plusieurs destriers s'étaient mis à ruer en tout sens. Lorcaen avait senti une onde glaciale le traverser de part en part comme si son armure de plates avait été en papier, et avait du faire volte-face en s'apercevant que plus de la moitié de ses frères luttaient pour contrôler leurs montures. Le temps qu'un semblant d'ordre revienne dans l'unité et que cette dernière soit à nouveau prête à charger, l'impossible s'était produit. Sans doute revigorés par la bise impie, les morts maladroits et patauds s'étaient mis, non pas à courir, le terme eut été inadéquat, mais plutôt à flotter en direction de la cavalerie lourde impériale désorganisée, chacune de leurs enjambées les rapprochant de plusieurs toises des chevaliers interdits. Avant qu'ils n'aient pu lancer une contre-charge digne de ce nom, les templiers de Mannan s'étaient retrouvés englués dans la masse des piétons, qui eurent tôt fait de les isoler les uns des autres pour les empêcher de leur présenter un front commun. Dès lors, les harnois d'acier et les grands heaumes des chevaliers constituaient plus une gène qu'un atout, le poids et le peu de mobilité permis par une armure complète désavantageant son porteur face à des guerriers plus légèrement équipés, mais plus rapides. Pour autant qu'il puisse en juger à travers les ouvertures ménagées dans son ventail, les morts n'avaient pas réussi à désarçonner un seul des cavaliers, mais ce n'était qu'une question de temps avant que la fatigue ne gagne ces derniers, qu'une question de temps avant qu'une des antiques cuirasses ne soit déjouée par un coup chanceux. En tant que précepteur de cette lance, il était de son devoir de mener ses frères à la victoire, mais sa seule culpabilité dans ce fiasco lui commandait de trouver un moyen de renverser la situation.
Eischneiden traça un arc étincelant dans l'air vicié de la clairière et vint se planter dans le bouclier vermoulu d'un squelette dont le crâne portait encore la trace de la blessure qui avait du envoyer le guerrier dans la tombe. Lorcaen jura lorsqu'il se rendit compte que le bois était encore assez solide pour piéger sa lame, et releva la tête juste à temps pour empêcher l'épieu que son adversaire maniait de venir se glisser dans la fente de vision de son bassinet. La pointe de bronze vint ripper sur le sommet du casque du chevalier avec une force suffisante pour arracher la chaînette qui le maintenait solidaire du plastron, et Lorcaen se retrouva dans les ténèbres. Paniqué, il tenta frénétiquement de remettre son bassinet en place de la main gauche, mais le coup avait cabossé la plate, et il ne parvint pas à le faire pivoter de plus d'un pouce. Quelque chose vint s'écraser sur son flanc droit, et il sentit sa distinctement cuirasse s'enfoncer à l'impact. Pfeil poussa un hennissement suraigu, et Lorcaen se pencha désespérément sur l'encolure de son destrier lorsque ce dernier se cabra de toute sa hauteur, Eischneiden lui échappant presque des mains. Dans un rugissement, Lorcaen abattit son poing gauche sur son heaume, qui grinça de manière désagréable, mais accepta de bouger de quelques centimètres. Une autre frappe permit au templier de recouvrir partiellement la vue, et une dernière dégagea finalement le mécanisme faussé, permettant à l'Élu de Mannan de contempler de nouveau la bataille. La première chose qu'il vit fut le prêtre de Sigmar qui avait chevauché aux côtés des Frères des Brisants. Richter Krivtin brandissait son marteau à deux mains, prêt à l'abattre sur un ennemi que son cheval masquait aux yeux du précepteur. Une pointe de lance rebondit sur sa cubitière, et il dut détourner les yeux le temps de décapiter son assaillant d'un moulinet brutal, le violent écart de Pfeil ayant réussi à dégager sa hache du bouclier du squelette. Lorsqu'il reposa le regard sur Krivitin, il constata avec étonnement que le prêtre n'avait toujours pas délivré son attaque, l'imposante tête de son marteau de guerre toujours levé en direction des cieux. Puis, avec une lenteur irréelle, les bras du dévôt s'abaissèrent, tandis que lui même sembla se recroqueviller sur sa selle. Sa main gauche lâcha le manche de son arme et vint se poser sur son torse, hors de vue d'un Lorcaen qui bataillait ferme pour se rapprocher de son allié, et quand ce dernier l'éleva de nouveau, le chevalier constata avec effroi que le gantelet du prêtre était recouvert de sang.
« Krivtin! » hurla Lorcaen en emportant deux cadavres d'un seul balancement d'Eischneiden et en piétinant un troisième sous les sabots de Pfeil.
Le prêtre-guerrier frissonna à l'évocation de son nom, et tourna lentement la tête en direction de la voix qui l'interpelait. Une horrible blessure lui zébrait le bas du visage depuis le milieu de la joue jusqu'à la naissance de son épaule gauche. L'os de la mâchoire avait été fendu avec une telle violence que la bouche de Krivitin s'en trouvait tordu dans un rictus grotesque, et une fontaine de sang giclait par intermittence de la jugulaire sectionnée. Lorcaen ne put réfréner un cri devant ce spectacle macabre, et manqua de se faire énucléer par l'ennemi qu'il était en train de combattre. Le prêtre tenta de parler, mais ses mots se résumèrent à un grognement inarticulé, presque inaudible au dessus du fracas de la bataille.
« Tenez bon Krivitin! » répondit Lorcaen, presque assez proche des rênes du cheval du moribond pour s'en saisir. Mais avant qu'il ne puisse attraper la bride de la monture, son cavalier se raidit brutalement, et son marteau vint s'écraser au sol. Dans un bruit sourd, la lame barbelée qui venait de s'enfoncer dans le dos de l'ecclésiastique éventra son armure et ressortit de son torse comme une fleur d'acier. Un instant plus tard, la lame avait disparu, et Krivtin s'affaissa en avant sans un cri. Lorcaen voulut agripper les rênes du destrier pour le mener hors du carnage, mais ce dernier était déjà parti au galop vers le Sud, la forme inerte de son cavalier ballottée comme un fétu de paille par sa course effrénée.
« Il faut battre en retraite, Lorcaen! »
Il tourna la tête pour se rendre compte que Reubens avait réussi à se frayer un chemin jusqu'à lui. Le vétéran saignait d'une entaille à la tête, et sa main droite était refermée sur la poignée d'une épée, et non sur la hampe de la bannière de la lance. Lorcaen était trop secoué pour lui en faire le reproche, et il acquiesça faiblement.
« Chevaliers, battez en retraite! » hurla le porte-étendard, sa voix couvrant sans peine le vacarme de la mêlée. Un instant plus tard, Lorcaen entendit la trompette de cavalerie de Derrek relayer son ordre, et les templiers se désengagèrent dans le tonnerre des sabots de leurs montures. Le précepteur s'apprêtait à les suivre quand ses yeux furent attirés par une silhouette au cœur de la masse des squelettes. Contrastant vivement avec les teintes brunâtres des cadavres, l'armure du guerrier était d'un rouge profond, et le subtil travail d'ornementation qui la recouvrait évoqua immédiatement à Lorcaen la chair à vif d'un écorché. L'être qui en était revêtu aurait pu passer pour un humain au crâne rasé et aux traits émaciés, mais sa carnation cadavérique, ses canines démesurées, et surtout, la façon dont son visage se déforma lorsqu'il lécha goulument le sang qui dégoulinait le long de sa lame, les chairs se remodelant en un instant pour ressembler à ceux d'une bête immonde, ne laissèrent aucun doute à l'Élu de Mannan. Le vampire leva les yeux de son festin, et sa main gauche fit signe au chevalier qui le contemplait de décamper. Comme pour accentuer son ordre, le non-mort émit un grognement moqueur et découvrit ses crocs rougis d'une manière explicite.
« Abomination » souffla Lorcaen en tentant de contraindre son destrier à se rapprocher du meurtrier de Krivtin, « profite bien de ton dernier repas et prépare toi à crev... »
Le défi du templier fut recouvert par le hennissement terrorisé de Pfeil, dont l'instinct prit finalement le pas sur son dressage. Le cheval se jeta sur le côté, et partit au triple galop à la poursuite du reste de la lance. Lorcaen eut beau tirer sur les rênes de toutes ses forces, l'étalon continua obstinément sa course folle, poursuivie par le rire inhumain de l'écorché.
À quelques distances en avant, le reste de son escadron avait réduit l'allure à un trot enlevé, voyant que les squelettes ne faisaient pas mine de les poursuivre. Ce ne fut que quand il eut retrouvé la sécurité du groupe que Pfeil accepta de ralentir un peu. Lorcaen l'amena à hauteur du hongre de Reubens, dont les traits d'habitude si joviaux n'affichaient plus qu'une expression de rage impuissante.
« Il faut y retourner, Reubens » lui lança Lorcaen alors que les autres membres de la lance se regroupaient autour de leurs deux meneurs. « J'ai vu ce qui a tué Krivtin, et nous ne pouvons pas le laisser s'en tirer com... »
« Foutredieu garçon, ferme-la veux tu! »
Reubens von Mirkwurzt darda un regard noir comme la nuit à son supérieur estomaqué, avant que son seul oeil valide ne s'abîme dans la contemplation des plaques d'armure qui protégeaient le cou de son hongre.
« Pardonne-moi Lorcaen » reprit-il avant que ce dernier n'ait trouvé que répondre, « mais avec tout le respect du, je n'ai pas souvenir que notre dernière charge ait été un triomphe digne d'être célébrée dans tout les siècles à venir. »
Les joues du jeune chevalier s'empourprèrent violemment, mais il trouva malgré tout la force de riposter.
« Reubens, tu n'imagines pas à quel point je me sens responsable de cette déroute » fit Lorcaen d'une voix faible.
« Ça me fait une belle jambe! Et je suppose que Krivtin est également très satisfait de tes regrets, là où il se trouve! »
Le porte-étendard fulminait, mais malgré toute sa colère, il ne put se résoudre à croiser le regard du précepteur.
« Reubens, je t'en conjure, il faut faire demi-tour. »
Le ton de Lorcaen était si suppliant que le vétéran cessa de grommeler dans sa barbe teinte. Lorsqu'il se tourna pour répondre, l'Élu de Mannan vit une larme rouler le long de sa joue, traçant un sillon blanc dans la couche de crasse glanée au cours des derniers jours.
« Tu ne comprends pas, mon garçon » souffla von Mirkwurzt d'une voix rauque, « il faut continuer. Ne crois-tu pas que je meure moi aussi d'envie d'y retourner? Bordel, ils ont Wächter maintenant! Elle n'est jamais tombée à l'ennemi en six siècles de batailles, jamais tu m'entends! Mais je me bat depuis bientôt quarante ans, et j'ai vu trop de commandants très au fait sur les questions d'honneur jeter leurs hommes dans la gueule du loup sans réfléchir un seul instant. Ce n'est pas en tombant héroïquement au combat que nous nous tirerons de cette chienlit. »
« Je n'aurais jamais cru que Reubens von Mirkwurzt, notre vénérable doyen, ne soit en vérité le dernier des lâches, prêt à s'enfuir du champ de bataille à la première déconvenue » répondit Lorcaen en haussant suffisamment la voix pour être sûr que tous les chevaliers l'aient entendu. Il savait pertinemment que ce qu'il venait d'insinuer était profondément injuste, en plus d'être totalement faux, mais espérait que la remise en question de sa bravoure pousse le vexillaire à une réaction d'orgueil. Il fut déçu.
Le templier borgne eut un petit rire sans joie, et s'essuya la joue d'un brusque mouvement de sa main gantée.
« Bien essayé petit » lança-t-il à son interlocuteur qui, à sa mine, s'attendait plutôt à recevoir un coup de poing en pleine figure, « mais celle-là, je l'ai faite avant toi, et malheureusement pour les Frères, elle a fonctionné. J'en porte encore le souvenir, entre le nez et l'oreille gauche. De plus, jamais je n'ai dit que nous devrions nous enfuir. Nous devons trouver un endroit sauf pour nous regrouper, jauger de la situation, et établir ce qui doit être fait. Cela semble-t-il sensé à Son Excellence l'Élu de Mannan, ou bien trouve-t-Elle mon conseil insuffisamment héroïque à Ses yeux? »
Pour la deuxième fois en moins d'une minute, Lorcaen sentit le rouge lui monter aux joues, et il se contenta de bredouiller un « nous ferons comme tu le suggère, Rubens » honteux.
« Très bien » reprit alors le vétéran, un peu de sa légendaire bonne humeur revenue, « allons donc porter le bonjour de Mannan à ces planqués d'arquebusiers. »
Il infléchit la course de son destrier vers la droite, en direction d'un petit groupe de soldats arborant la livrée azur et or du Nordland, entraînant à sa suite le reste de ses frères d'armes. Les arquebusiers, entendant le grondement caractéristique qui précédait les cavaliers lourds, levèrent vivement les yeux de la ligne de bataille qu'ils fixaient jusque là, et se répandirent en vivats lorsqu'ils identifièrent les arrivants. Le culpabilité qu'éprouvait Lorcaen n'en fut que redoublée, et il eut un haut-le-cœur si violent qu'il crut un instant qu'il allait souiller son armure.
Un calot de cuir brun fut projeté en l'air en signe de bienvenue, le couvre-chef décrivant une ellipse grossière pendant que son propriétaire, les yeux fixés dessus, sautillait sur place en essayant de juger de sa trajectoire. Un premier cri d'alerte fusa depuis les rangs des arbalétriers qui avaient pris position légèrement en retrait du gros des tireurs impériaux, mais l'homme n'y prêta pas attention. D'autres suivirent, provoquant quelques froncements de sourcils parmi les arquebusiers, mais le soldat était bien trop concentré sur la retombée de son calot pour s'en formaliser. Ayant jugé qu'il était bien placé pour réussir son coup, il tendit la main vers le ciel alors que le premier carreau s'envolait dans un claquement sec, immédiatement suivi par quatre autres. Le calot vint se poser sur l'index dressé de son possesseur, tournant un moment autour de cet axe avant de s'immobiliser, pendant que les cris se faisaient de plus en plus stridents autour de l'acrobate. Le sourire triomphal que ce dernier adressa aux chevaliers après avoir réussi son tour de force dura exactement une seconde, avant qu'une paire de mâchoires garnies de crocs jaunâtres mais effilés ne vienne se refermer sur son cou dénudé, arrachant un énorme quartier de chair dans un jaillissement de bave et de sang.


La saveur détestée du sang frais vint le tourmenter bien avant que ses autres sens ne puissent à leur tour le renseigner sur la bataille qui se livrait dans la clairière. Pour l'avoir déjà foulé au cours de sa précédente vie, il savait où se trouvait la trouée, et y conduisit ses hommes avec toute la célérité dont ces derniers étaient capables. Insensibles aux regards exaspérés de leur capitaine, les squelettes progressaient de leur démarche d'automate parmi les troncs recouverts de mousses grises et de langues de bœuf. Mataplana aurait pu insuffler à ces pantins malhabiles une vigueur surnaturelle sans même avoir besoin de prononcer la moindre incantation. Alphonso et Diego, les fils de sang de l'hidalgo, auraient eu à peine plus de mal à réaliser la même tâche. L'opération aurait sans doute requis toute la concentration de ce vieux fossile de Sancho, en plus de drainer une grande partie de l'énergie du nécromancien, mais Krull n'avait aucune raison sérieuse de douter de sa réussite. Lui, en revanche, se savait incapable d'accomplir un tel exploit, pas plus s'il ne savait s'il devait tirer de la fierté d'avoir refusé l'enseignement de son seigneur, ou regretter de ne pouvoir retourner les arts noirs contre ce dernier.
Les premiers fracas de la mêlée vinrent résonner à ses oreilles, et il se raidit sur sa selle. Autour de lui, ses soldats continuèrent leur progression sans trahir nulle trace de la nervosité qui se serait emparé de n'importe quel régiment sur le point de se jeter à la bataille. N'importe quel régiment constitué d'êtres encore dotés d'une âme, s'entend. Non pour la première fois depuis sa renaissance, Johan Krull sentit une solitude écrasante s'abattre sur ses épaules.
Sa main gauche lâcha les rênes et s'éleva en direction des piétons qui avançaient laborieusement de part et d'autres des flancs caparaçonnés de sa monture. Mataplana n'avait eu de cesse de moquer les poses théâtrales adoptées par le vampire nouveau-né lorsqu'il tentait de recourir à la magie, mais Krull n'était pas parvenu à gommer ce travers. Les premières syllabes du sortilège lui revinrent facilement en mémoire, et il sentit le picotement caractéristique se manifester à l'extrémité de ses doigts tendus, puis remonter le long de ses bras jusqu'au torse, et de là, se propager au reste de son corps. Ignorant les assauts de la migraine qui l'assaillait à chaque fois qu'il invoquait, il énonça la suite de l'enchantement, et sa silhouette commença à se dissiper dans le demi-jour crépusculaire du sous-bois. Les derniers phonèmes lui firent l'impression d'un chapelet de clous lui déchirant la gorge, mais il eut la satisfaction de constater que sa forme spectrale s'élevait rapidement à travers les branches dénudées, laissant en contrebas le reste de son régiment poursuivre sa marche sans s'émouvoir un instant de la disparition de leur commandant.
Ce dernier se propulsa en avant par la seule force de sa volonté, et déboucha bientôt au dessus de la clairière où les deux armées étaient aux prises, l'aiguille noire se dressant en son centre comme un gigantesque gnomon. Même pour le médiocre mage qu'il était devenu, il était évident que la pierre des hardes agissait comme un catalyseur pour les courants de magie, et la sombre aura qui nimbait sa surface suffit à le convaincre de rester à une distance respectable. Cinquante pieds plus bas, les combattants des deux osts étaient engagés dans une furieuse mêlée, les uniformes jaune et bleu des troupes impériales se distinguant nettement de la marée crasseuse de leurs adversaires. Même depuis le point de vue privilégié qu'il occupait, Krull aurait été bien en peine de déterminer qui avait la main haute dans les combats. Pour autant qu'il puisse en juger, les hommes de l'Empire parvenaient à maintenir les assauts des hordes de cadavres qui s'abattaient sur leur ligne, mais pour combien de temps encore? Comme pour répondre à ses interrogations, il vit une unité de chevaliers aux harnois d'un bleu profond battre précipitamment en retraite devant l'ennemi, abandonnant le terrain à une bande de squelettes armés de lance. Les morts laissèrent filer leurs adversaires défaits, le dernier d'entre eux semblant vouloir défier le guerrier en armure rouge qui menait les lanciers et que Krull identifia comme Alphonso, avant que son destrier n'en décide autrement et ne l'emporte loin de sa némésis.
Il remonta lentement le champ de bataille, cherchant la figure tant haïe de celui qui l'avait ramené sur cette terre. Comme il l'avait soupçonné, Arnau de Mataplana se trouvait au premier rang de sa garde prétorienne, constituée des dépouilles des guerriers qui avait eu l'honneur malheureux d'impressionner l'hidalgo de leurs talents de combattants, sans que ce dernier ne les juge toutefois dignes de recevoir le baiser de sang. Johan Krull avait suffisamment combattu aux côtés de son sire pour comprendre pourquoi ce dernier n'avait pas encore rejoint la mêlée: comme tous les vieux vampires, Mataplana avait développé une circonspection qui tendait à la paranoïa, particulièrement sur le plan militaire. Si les rumeurs que Krull avait glané avant de pénétrer dans le territoire des Hommes-Bêtes étaient fondées, Deusmeister avait réussi à vaincre le chevalier estalien au cours de leur précédent affrontement, et fait graver le nom du vampire sur une lame enchantée. Il n'avait donc rien d'étonnant à ce que ce dernier envoie vague après vague de ses serviteurs s'écraser sur le mur de bouclier impérial, dans le simple but de fatiguer ses ennemis. Ce ne serait que lorsque les vivants seraient trop las pour lever leurs épées que Mataplana mènerait personnellement la dernière charge, balayant les survivants en quelques instants. Cette stratégie était efficace, et Deusmeister avait donné en plein dedans en choisissant de mener ses hommes par l'exemple, se mettant à la merci d'un coup chanceux tout en laissant la main mise tactique à son adversaire. Confirmant les craintes de l'ancien capitaine impérial, une forte troupe de chevaliers noirs qui jusque là était restée immobile sur le flanc gauche des gardes des cryptes se mit soudainement en branle en direction des cavaliers impériaux qui venaient de se débander. Il ne fallut qu'un instant à l'officier vétéran pour comprendre le but de cette manœuvre: maintenir la pression sur l'aile ébranlée des humains, afin de permettre à ce boucher d'Alphonso de Gormaz de tourner le flanc des lanciers déjà engagés. Le mouvement était aussi simple qu'efficace, et sans une intervention rapide, la bataille tournerait à la boucherie. Réfléchissant à toute vitesse, Krull plongea en direction de la cavalerie mort-vivante qui prenait insensiblement de la vitesse. Il serait peut-être capable, sinon de prendre le contrôle des revenants, au moins de briser l'emprise de Mataplana assez longtemps pour laisser le temps aux impériaux de se ressaisir. Évidemment, cela ne manquerait pas d'attirer l'attention de son seigneur, et Krull ne nourrissait aucune illusion sur l'issue d'un duel de volonté entre lui et l'hidalgo, mais ses options étaient désespérément limitées.
Cependant, avant qu'il ai pu mettre son plan à exécution, une trompe résonna sourdement depuis la forêt que longeait les cavaliers du vampire, et dans l'instant qui suivit, une bande de créatures vaguement humaines se jeta sur les morts-vivants. Les nouveaux-venus maniaient de longues lances à larges fers, ainsi que de grands cimeterres et des couperets grossièrement emmanchés dans des branches à peine équarries, mais ils avaient pour eux l'effet de surprise. Avant que les revenants aient pu esquisser un geste de défense, deux d'entre eux avaient été jeté au sol par les hommes-bêtes, qui les démembrèrent dans une frénésie destructrice. La réaction de Mataplana ne se fit toutefois pas attendre, et sa garde vint percuter la bande de mutants avec une force terrifiante. Le vampire était au cœur de la mêlée, son espadon plongeant impitoyablement dans les chairs exposées de ses adversaires. En quelques instants, plus de la moitié des assaillants gisaient au sol, morts ou mourants, mais les survivants continuèrent résolument le combat, leurs simple présence empêchant l'hidalgo et ses troupes de progresser plus avant vers la pierre des hardes. Pour autant, Krull savait que les hommes-bêtes ne pourraient soutenir très longtemps la fureur de l'estalien, et il se hâta en direction de ses hommes.
Alors que sa forme désincarnée traversait le champ de bataille de toute la vitesse dont il était capable, il survola une petite unité de chevaliers impériaux dont les marteaux de cavalerie s'abattaient sur un ennemi invisible. Krull ralentit légèrement, et les adversaires des cavaliers d'Ulric lui apparurent, à peine décelables dans le jour tombant. L'un d'entre eux était un mutant semblable à ceux qui avaient contrarié les plans de Mataplana, et une bête qui tenait plus du fauve que du chien bondissait à ses côtés en essayant de saisir un destrier à la jugulaire. Les autres, à sa consternation, étaient clairement des soldats de l'Empire, reconnaissables à leurs uniformes et au style de leurs armures. Tous n'étaient plus que des ombres grisâtres, de pâles reflets d'êtres dont les âmes avaient été arrachées à leurs corps, puis asservies par la plus noire magie à l'inflexible volonté de l'hidalgo. Dans une cruelle ironie, ce dernier avait lancé ses nouveaux esclaves sur leurs anciens frères d'armes dans une bataille fratricide dont Krull ne pouvait que trop bien deviner l'issue. Malgré tout leur courage et toute leur foi, malgré les épaisses armures de plates et les pelisses en peau de loup les protégeant, malgré leur science des armes et les terribles moulinets de leurs marteaux de guerre, les templiers du Loup Blanc perdaient petit à petit du terrain devant la foule gémissante des spectres. L'un d'eux, une figure hirsute dont la barbe et les cheveux étaient recouverts de boue séchée, fit décrire à son fléau une trajectoire oblique, et la masse métallique cloutée qui servait de tête à son arme traversa de part en part le torse du chevalier qui lui faisait face, en dépit de la parade du manche du marteau de ce dernier. Bien qu'apparemment indemne, le templier eut un hoquet de douleur et de surprise, et une fontaine de sang jaillit de sa bouche. Un instant plus tard, il fut saisi de spasmes et son visage se mit à noircir comme celui d'un pendu se balançant au bout de sa corde. Son destrier rua violemment sous lui lorsqu'une lance spectrale lui perfora l'encolure, et le chevalier partit à la renverse avant de s'écraser au sol dans un grand fracas métallique. À quelques mètres de là, un autre Loup Blanc vida les étriers dans un grand cri lorsque la longue épée droite de son adversaire, un cavalier recouvert de pied en cap d'un harnois outremer rehaussé d'or, traversa sa garde et vint s'enfoncer dans son plastron juste en dessous des côtes. Krull vit le moribond porter une main à l'endroit où la lame du spectre l'avait empalé, et sur son visage tordu par la douleur, la surprise remplaça la souffrance lorsque ses doigts ne purent déceler aucune entaille dans sa cuirasse. Le temps qu'il baisse la tête pour constater ce prodige, ses yeux étaient devenus vitreux, et il mourut dans son armure de plates intacte.
Comprenant la vanité du combat, un chevalier au crâne rasé ceint d'un fin cercle d'acier frappé de la rune d'Ulric lança une brève série d'ordres, et les survivants se dégagèrent de la mêlée, abandonnant derrière eux les dépouilles de leurs camarades. Dans un concert de plaintes assourdies semblable au gémissement du vent dans une bâtisse abandonnée, les fantômes se jetèrent à leur poursuite, leurs formes intangibles se dissolvant à demi dans l'air alors qu'ils regagnaient sur les fuyards à une vitesse terrible. Dans un effort désespéré qui manqua de briser sa concentration, Krull parvint à affaiblir légèrement l'emprise de Mataplana sur les revenants, et ces derniers se laissèrent à nouveau distancer par les cavaliers. À mesure que le vampire perdait sa mainmise sur l'esprit de ses victimes, les souvenirs de ces dernières commencèrent à affluer, jusqu'à ce que l'une des ombres, un lancier dont le côté droit du visage disparaissait sous un tissu de chairs à vif, énonce la question que tous se posaient.
« Par les couilles de Sigmar, je suis mort c'est ça? »
Incapable de répondre sans laisser la volonté de Mataplana reprendre le dessus, Krull se contenta de hocher imperceptiblement la tête en direction des spectres. S'il parvenait à les libérer totalement du joug de l'hidalgo, ces pauvres âmes seraient libres de quitter ce monde pour de bon, un sort infiniment préférable à la parodie d'existence à laquelle la cruauté de son seigneur les destinait. Pendant un instant, un fugitif instant, il crut pouvoir réussir dans son entreprise, la présence des fantômes se faisant de plus en plus ténue au fur et à mesure qu'ils luttaient à ses côtés pour trouver le repos éternel, mais une lame de pures ténèbres vint soudainement s'abattre sur sa fragile construction arcanique, la réduisant en miettes avant même qu'il ne réalise l'assaut. Les hurlements de désespoir des revenants lui causèrent une douleur si forte que pendant un moment, son vision se brouilla et il se retrouva plongé dans un brouillard sanglant. Les plaintes des spectres stoppèrent brutalement, et lorsqu'il fut de nouveau capable de distinguer leurs formes éthérées, aucun vestige d'individualité ne subsistait plus dans leurs yeux morts. Le lancier défiguré se détacha de la masse de ses semblables pour se diriger vers l'ancien capitaine impérial, et dit d'une voix qui n'était pas la sienne:
« Ce n'est pas parce que tu peux le faire que tu sais le faire. Je t'attendais, Johan. »


























1.Au Nord-Est du champ de bataille, un chamane Homme-Bête à la mauvaise idée de sortir prendre l'air juste sous le nez d'une bande de goules passablement affamées.
2.Les âmes damnées des soldats de l'Empire chargent leurs anciens frères d'armes et abattent deux templiers d'Ulric sans que ces derniers puissent leur faire le moindre mal. Les Loups Blancs fuient la queue entre les jambes (arf arf arf).
3.Le tir de contre-charge des arquebusiers et de leur détachement ne parvient qu'à faire une seule victime dans les rangs des chiens du chaos. Peu impressionnés, ces derniers ne se débandent pas devant "la toute puissance de la science impériale", comme venait de le promettre Eric Schlösser à ses hommes, et les molosses mettent un soldat en pièces. La discipline des survivants est toutefois suffisante pour les empêcher de fuir.
4.Les squelettes chargent les lanciers, et un combat farouche mais équilibré s'engage à l'ombre de la Pierre des Hardes. Deusmeister relève le défi lancé par Don Diego de Quinhones, mais l'excellente armure des deux combattants prévient toute blessure. Le nécromancien n'a pas cette chance, et perd un point de vie.
5.Une danse infernale bien minutée propulse le Tercio Infernal sur les Frères des Brisants. Ces derniers tiennent leur position, mais le combat tourne à la catastrophe lorsque Richter Krivtin se fait occire en combat singulier par Alphonso de Gormaz. Les Frères des Brisants s'enfuient, abandonnant derrière eux leur précieuse bannière.
6.Au moment où il commençait à se convaincre que la survenue des Ungors pouvait être traitée assez rapidement pour sauver ses plans, Mataplana voit surgir une autre bande, de Gors cette fois-ci, qui s'élancent au secours de leurs congénères et percutent à leur tour les chevaliers noirs. À présent tout à fait hors de lui, l'hidalgo emmène sa garde rapprochée à l'assaut des importuns, et le nombre de ces derniers commence à fondre à vue d'oeil.

Peter von Nebelheim, tartineur cyclothymique



Dernière édition par Peter von Nebelheim le Sam 8 Jan 2011 - 4:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Jeu 6 Jan 2011 - 16:51

Salut à tous! Le tour 3 de l'Empire est terminé (enfin!). C'est le plus long à ce stade, même si son équivalent Comtes Vampires devrait être également assez conséquent. On arrive au climax de la partie, il y a beaucoup de choses essentielles à relayer, et encore plus de choses qui peuvent sembler non-indispensables pour le moment, mais que j'ai inclus tout de même, pour des raisons plus ou moins défendables. Je vais également essayer de voir ce que je peux tirer de Battle Chronicler, histoire de compléter les photos et d'améliorer la lisibilité de la chose. Bonne lecture!

Tour 3 de l'Empire

Pendant un moment, l'atroce faim qui la tenaillait depuis maintenant trois jours fit place à une sourde angoisse, celle du prédateur quittant son terrain de chasse habituel pour poursuivre sa traque sur le territoire d'un rival. Une main énorme, terminée par des ongles déchiquetés et recouverts d'immondices vint enserrer le tronc rugueux d'un jeune chêne rouvre, et une tête monstrueuse, dont le front aplati et la mâchoire fuyante auraient pu évoquer chez un observateur attentif une lointaine parenté avec le rat, s'avança furtivement hors du demi-jour qui obscurcissait les sous-bois. La bête inspira longuement, le froncement de son mufle sillonné de cicatrices pâles exposant des gencives noires percées de crocs tordus. Longues comme des dagues, deux incisives rougeâtres étaient plantées à l'extrémité de la mâchoire inférieure, leur taille imposante empêchant le monstre de refermer totalement sa gueule. Un filet de bave vint s'écraser sur le sol boueux lorsque les effluves de la tuerie lui montèrent à la tête, balayant en un instant la prudence maladive héritée d'ancêtres un millier de fois moins lourds, un millier de fois plus faibles. Un grondement sourd de désir lui ébranla tout le corps, et sa respiration s'accéléra alors que son cœur se mettait à tambouriner follement entre ses côtes, autre legs d'aïeux dont la vie n'avait été qu'une longue et éreintante fuite. La patte griffue se referma complétement sur l'arbuste, dont la partie supérieure s'abattit dans un concert de craquements lorsque la bête, se servant du tronc comme appui, se propulsa vers l'avant. Une silhouette musculeuse et difforme fit irruption hors de la forêt, accompagnée d'un rugissement qui ne trahissait qu'une faim dévorante, et, pour la première fois depuis des semaines, Kurdosh put contempler sa proie dans toute sa grotesque splendeur.
Pelée, rapiécée, gangrénée, la chose qui hantait depuis deux lunes les terres de la harde dégageait néanmoins une impression de force et de violence telle que le Gor s'étonna une nouvelle fois que les grossières sutures qui maintenaient ses chairs nécrosées soudées ensemble ne se déchirent pas au premier mouvement un peu brusque de l'abomination. Comment la bête avait réussi à se libérer de ses créateurs, puis à se traîner jusqu'au territoire de Korghar le Coureur étaient des histoires connues d'elle seule, et qui à vrai dire n'intéressaient pas Kurdosh. Le seul savoir qui importait était celui du chasseur envers ses proies, la seule connaissance valable celle des points faibles de chaque gibier, et le Sans-Ombre en avait apprit assez au cours des cinq jours qu'il avait passé à pister le monstre pour comprendre que ce dernier avait plus de valeur vivant que mort. Quand Korghar lui avait ordonné d'abattre Nurghur, nom que les Hommes-Bêtes avaient donné à la bête, il l'avait à la place guidé jusqu'à une anfractuosité assez large pour qu'elle en fasse son repaire. Là, dans ce lieu connu de nul autre que lui, il avait désobéi aux ordres du Wargor en épargnant la vie de cette chose hideuse et malade, et qui pourtant s'obstinait à vivre. Les deux autres chasseurs désignés par le maître de la harde avaient emporté son secret dans la mort quand il les avait précipités dans la fosse du monstre, et depuis maintenant une demi-lune, Kurdosh avait multiplié les offrandes pour que Nurghur reste cachée aux yeux du monde. L'arrivée des envahisseurs l'avait toutefois éloigné de sa protégée pendant trois jours, et avec ce vieux sournois d'Aghu'un espionnant ses moindres faits et gestes, il avait été contraint de la laisser jeûner. Dans un juste retour des choses, le fouineur allait maintenant assouvir la gloutonnerie du monstre.
Ignorante du regard de son protecteur, la bête leva sa truffe vers le ciel et ne fut pas longue à attraper la piste que le chasseur lui destinait. Le parfum métallique du sang d'Aghu'un sembla la mettre dans une rage folle, et elle se jeta à corps perdu dans la direction d'où provenait l'odeur. Kurdosh n'avait aucun moyen de savoir si le monstre avait également détecté la présence des créatures qui avaient surpris le chamane, mais il était confiant dans l'issue de la confrontation entre les deux partis si les goules avaient la mauvaise idée de défendre la carcasse contre Nurghur. Le Sans-Ombre saisit sa hache de chasse et se laissa glisser au sol sans un bruit, la forme baroque de l'imposant hêtre d'où il avait observé la venue de la bête disparaissant rapidement derrière lui alors qu'il réfléchissait à la prochaine étape de sa traque. La mort d'Aghu'un le libérait de cet allié douteux, mais même sans ce dernier pour contrecarrer ses plans, la suite des évènements mettrait sans aucun doute ses talents à rude épreuve. La bête de métal et celle de chair devaient se rencontrer, et se rencontrer vite avant que la première ne se remette de la blessure infligée par les maléfices du chamane, et que la seconde n'ait englouti assez de viande pour retourner digérer dans son antre. Pour l'heure, Nurghur devait être en train de broyer les os d'Aghu'un pour en extraire la moelle, aussi Kurdosh disposait-il de quelques minutes pour entraîner le monstre à peau de fer à sa poursuite, comme il l'avait fait avec l'autre abomination. Accélérant encore l'allure, il s'enfonça dans les profondeurs d'un épais hallier d'aubépine, indifférent aux épines qui lacéraient sa peau nue. Le peu de bruit causé par la course du Sans-Ombre disparut rapidement parmi les mille autres sons de la forêt, où de temps à autre perçait un écho étouffé des combats qui se déroulaient pourtant qu'à quelques mètres de là.
Quelques instants après que Kurdosh eut disparu sur un chemin indécelable pour tous autres yeux, un corbeau s'envola de la branche où il était perché dans un battement d'aile feutré. Le vol sans grâce du charognard se justifiait par la profonde blessure qui lui traversait le thorax de part en part, et une large trainée pourpre maculait sa robe d'un noir bleuté. L'étrange qualité du croassement rauque que lança l'oiseau avant de s'évanouir à son tour dans le dédale des troncs moussus aurait sans doute interloqué le pisteur, mais ce dernier était déjà loin.


***********


Sa jambe lui faisait un mal de chien, et il évita soigneusement de reposer les yeux dessus. La simple vision du membre blessé, qui s'incurvait de façon très peu naturelle vers l'intérieur une paume en dessous du genou, avait suffi à lui faire rendre une grande partie de sa dernière collation. La seule satisfaction qu'il avait pu tirer de ce rapide examen était la quasi-certitude que la fracture n'était pas ouverte, à en juger par l'absence de tâches de sang sur ses chausses. Il aurait également pu, peut-être même du, remercier les Dieux d'être en vie, l'Erlösung s'étant miraculeusement arrêté un mètre avant l'endroit de sa chute, mais pardon, il avait tellement mal que la perspective de se faire rouler dessus par un Tank à Vapeur ne lui semblait plus si terrible à présent.
Une paire de bottes entra soudainement dans son champ de vision, réduit par la force des choses aux quelques mètres de prairie pelée qui l'entourait, et la voix haut-perchée de Dorend vint l'abreuver des platitudes dont seul son élève avait le secret.
« Heu, vous vous sentez bien monsieur? » fit l'intéressé, dont le pantalon grisâtre et constellé de taches luisantes constituait la seule partie visible à son interlocuteur.
« Dois-je vraiment répondre à cette question, Dorend? » répondit von Eyken en tordant la tête pour essayer d'apercevoir l'expression du cadet. Ce dernier, pour autant que l'ingénieur puisse l'affirmer, était totalement étranger au concept même d'ironie, mais sa dernière intervention avait insinué le doute dans l'esprit du pilote.
« Heu, en fait oui monsieur » renchérit Dorend, parfaitement indifférent à la manière assez ridicule dont son supérieur était en train de se tortiller à ses pieds. « Sigmund dit que la pression est en train de baisser et qu'il faudrait repartir assez vite avant d'avoir tout perdu. C'est pour ça qu'il m'a envoyé vous demander si... »
Le regard absolument assassin qu'Erik von Eyken réussit à lancer au garçon rondouillard qui déblatérait tranquillement au dessus de sa forme prostrée suffit à couper ce dernier dans son élan. Il prit enfin le temps de détailler la situation de ses grands yeux d'un bleu humide, et, aidé par le doigt que von Eyken pointait en direction de sa jambe meurtrie, laissa échapper un sifflement d'empathie douloureuse.
« Eeeeeeeh » fit-il avec une moue dégoutée, « c'est moche pour sûr. »
Sa main potelée vint saisir celle de l'ingénieur, et ce dernier commença un éprouvant retour vers la station verticale, peu facilité par la mollesse de son élève. Inspirant profondément pour tenter de dissiper la sensation d'étourdissement qui menaçait de le réexpédier mordre la poussière, von Eyken vint poser les deux mains à plat sur la coque de l'Erlösung, oublieux des questions parfaitement stupides sur son état de santé dont Dorend le bombardait.
« Si tu veux vraiment savoir, oui ça fait mal garçon! » siffla le pilote lorsque sa patience se trouva finalement épuisée. « Très mal même, affreusement mal! Maintenant, si toi et cette feignasse de Sigmund avez une idée pour me permettre de remonter à bord, je suis preneur! »
Comme s'il avait attendu la remarque pour agir, la feignasse en question, dont la face décharnée et recouverte de graisse noire venait d'apparaître en haut de la tourelle de l'Erlösung, balança une échelle de corde le long de la carlingue du tank, manquant de peu la tête de von Eyken.
« Formidable » fit ce dernier dans un souffle, tout en empoignant un échelon d'une main peu assurée. Sa botte droite vint se poser avec circonspection sur le premier barreau, et il s'apprêtait à commencer une ascension qui, il en était sûr, allait s'avérer une véritable partie de plaisir, lorsqu'un doute le saisit.
« Sigmund, mon bon ami » débuta-t-il en tentant de faire abstraction de la fascination morbide et des borborygmes de dégoût de Dorend à chaque fois que ce dernier essayait de jeter un coup d'œil à sa blessure avec une discrétion toute relative, « l'échelle est fixée à quelque chose de solide, n'est-ce pas? »
Le fait que son interlocuteur disparaisse dans les profondeurs de l'Erlösung d'un air confus pendant un long moment avant de confirmer formellement au pilote estropié qu'il ne « risquait absolument rien, parole » ne fit pas grand chose pour mettre en confiance von Eyken, qui se décida pourtant à tenter sa chance. Précautionneusement, il remonta les échelons un à un avec force de ahanements, essayant de ménager le plus possible sa jambe gauche. Après ce qui lui sembla être un très long moment, il arriva sur la plateforme du tank, et s'assit lourdement sur la cloison de madriers. Il n'eut pas plus tôt dégagé l'échelle que Dorend s'élançait à sa suite, son ascension fulgurante ridiculisant le train de grabataire de son aîné. Von Eyken vit la forme replète de l'apprenti disparaître dans les ténèbres de l'habitacle, et il n'eut pas à attendre longtemps avant que les chamailleries entre ses deux élèves ne recommencent.
« Du calme en bas » soupira-t-il en se traînant à la force des bas jusqu'à son poste de commandement, qui, à l'image du reste des aménagements de l'Erlösung, était d'une fonctionnalité éprouvée et d'un confort tout relatif. Une étroite planche de chêne, rendue lisse par les bottes des dizaines de chef de char qui l'avait précédé, et une sorte de barre à roue miniature arrimée à l'intérieur de l'habitacle, constituaient en effet le cœur du dispositif permettant au pilote d'un tank à vapeur de guider sa machine. Une paire d'arceaux métalliques avaient été ultérieurement soudés à la paroi interne de la tourelle, après que les sommités de l'École des Techniques aient réalisé que leurs précieux pensionnaires pouvaient être amenés à combattre sur des terrains plus difficiles à négocier que la cour intérieure de l'école. Commander un char était une activité épuisante dans le meilleur des cas, et la plupart des carrières de pilote-ingénieur se terminait au bout d'une décennie de service. Von Eyken doutait fortement qu'un unijambiste puisse diriger une machine aussi capricieuse qu'un tank à vapeur, mais en l'état, ses options étaient limitées. Les soupapes commencèrent à émettre leur sifflement caractéristique alors que la tuyauterie se remplissait doucement de vapeur, et il donna le signal du départ.
La masse de l'Erlösung se jeta en avant avec trop de brusquerie pour que l'ingénieur puisse empêcher sa mauvaise jambe de venir percuter l'intérieur de la tourelle, et il eut la distincte et très désagréable impression qu'une âme malveillante avait jeté une poignée de gros sel sur sa plaie. La douleur dut le faire sombrer dans l'inconscience durant un bref instant, car il rouvrit brutalement les yeux lorsqu'un autre cahot particulièrement appuyé envoya son membre meurtri percuter une de poignées de l'habitacle. Heureusement pour le peu de dignité dont il espérait encore disposer auprès
de son équipage, le chapelet d'injures qu'il ne put réfréner à cette occasion fut complètement recouvert par le hurlement de la chaudière. Une seconde plus tard, le châssis de l'imposante machine commença à vibrer sous l'effet de la pression accumulée, tandis que la plainte des sifflets de contre-mesure passait du difficilement supportable au franchement douloureux.
« Plus de vapeur vers les roues! » hurla von Eyken dans le vacarme ambiant, et il entraperçut la silhouette voûtée de Sigmund se pencher sur le volant qui régulait l'afflux de puissance depuis la cuve de pression jusqu'à l'essieu arrière du tank. Ce dernier accéléra brutalement, mais le pilote avait anticipé la réaction de la machine, et parvint à s'éviter une nouvelle punition. Ce ne fut que quand le sifflement des machines eut un peu régressé que von Eyken réalisa qu'un de ses élèves essayait de communiquer.
« ...rer le canon monsieur? » fut tout ce qu'il parvint à entendre de la question de Dorend, qui heureusement la répéta comme à son habitude une demi-douzaine de fois. Quand il eut la certitude que l'apprenti lui demandait son autorisation pour charger le canon qui occupait la plus grande place de l'habitacle, le pilote-ingénieur leva les yeux des ténèbres de la cabine pour venir balayer le champ de bataille du regard.
Sa petite mésaventure était arrivée au pire moment, puisqu'elle avait permis aux régiments ennemis de couvrir la distance qui les séparait des troupes de Deusmeister sans avoir à subir la colère de l'Erlösung pendant leur approche. À présent que la mêlée était engagée, chaque boulet pouvait aussi bien faucher des poignées de cadavres que contribuer à en créer de nouveaux, risque que von Eyken n'était pas prêt à courir. Pestant contre cette nouvelle déconvenue, il se mit en quête d'une cible valable sur laquelle déchaîner la puissance de l'ingénierie impériale, autant pour se racheter de l'inaction du tank dont il avait été, malgré lui, la cause, que pour contraindre Dorend au silence. Il était sur le point de balancer sa botte dans le visage rebondi du bavard pour lui apprendre les vertus de l'introspection quand il distingua un éclat métallique déchirer la grise monotonie du ciel. Fronçant les yeux derrières ses bésicles, il constata que le reflet qui avait capté son attention provenait d'un jeu de la lumière du jour tombant sur la lame d'une longue épée maniée à deux mains par un guerrier engoncé dans une armure de plates partielle. Le bras et la jambe droits du spadassin étaient recouverts de crevés extravagants affichant son appartenance à l'armée provinciale, et un imposant collier de barbe brune lui mangeait le visage à mi-joue. Bien campé sur ses deux jambes, l'homme se battait avec une brutale efficacité et une économie de mouvement qui ne firent que confirmer les soupçons de l'ingénieur sur l'identité du matamore. Cercle des Lames, la garde personnelle des comtes von Nebelheim.
Autour de cette figure remarquable, von Eyken distingua une demi douzaine d'autres joueurs d'épée, tous également occupés à tailler dans les rangs d'une forte bande de squelettes. Les terribles moulinets des flamberges des vétérans maintenaient la horde chancelante à bonne distance, mais les cadavres, dénués du moindre instinct de conservation, continuaient néanmoins à se jeter sur les lames de leurs adversaires.
À ses yeux, les joueurs d'épée étaient des figures de légende, des guerriers taciturnes et couturés de cicatrices physiquement incapables de sourire, aussi résistants que leur armure et au moins deux fois plus épais. Aussi complètement insensibles aux coups portés par leurs ennemis qu'aux blagues des soldats du rang, ils étaient la bande de durs à cuire qui finissait toujours par triompher des monstres les plus horribles, la poignée d'enfants de salauds capables d'arracher la victoire des griffes de la débâcle d'un seul coup d'estramaçon. C'est ce qu'il avait cru pendant toute son enfance et une bonne partie de son adolescence. Puis était venue sa première expérience du foutu merdier qu'était un champ de bataille, où les plus grands héros finissaient souvent avec les tripes dans les mains, leurs épées rutilantes et leurs harnois d'or couverts de sang et de merde. Dans l'état actuel des choses, Von Eyken ne donnait pas plus d'une minute aux spadassins avant que le seul poids du nombre n'ait raison d'eux.
« Repose ça garçon, et va aider Sigmund à faire monter la pression! » hurla-t-il à la forme, indistincte à travers les jets de vapeur qui remplissait l'intérieur de l'Erlösung, de Dorend, qui berçait toujours le boulet dans ses mains molles.
Dans un grincement d'effort, le tank s'engagea dans une courbe aussi serrée que possible, ses roues ferrées soulevant la terre de la clairière en grandes gerbes brunes. La manœuvre aurait fait bondir le vénérable Herr Ehrerg, mais Von Eyken, forçant de toutes son poids sur les commandes de l'engin, réussit finalement à stabiliser la trajectoire de l'Erlösung. Comme un gigantesque doigt de bronze, le canon de coque pointait maintenant dans la direction des rangs compacts des lanciers squelettes, et dans un soubresaut brutal, le tank commença à regagner la vitesse perdue au cours de son changement de cap.
« Plus vite, plus vite! » vociféra Von Eyken alors que les joueurs d'épée, alertés par le vacarme causé par l'arrivée de la pesante machine, redoublaient d'ardeur pour repousser leurs adversaires vers la coque blindée du béhémot.
« Monsieur, les indicateurs sont formels: injecter davantage de puissance dans la propulsion mettrait en danger l'intégrité du système. »
Von Eyken baissa vivement les yeux pour se retrouver nez-à-nez avec le visage malingre et maintenant entièrement noir de Sigmund.
« Foutaises garçon! » répondit l'ingénieur en relevant la tête pour jauger de la trajectoire du tank, dont la carlingue avait recommencé à vibrer de manière inquiétante comme pour illustrer les craintes de l'apprenti.
« Cette petite merveille peut aller au moins deux fois plus vite. » L'enthousiasme affiché par son supérieur ne sembla pas convaincre Sigmund, qui renchérit en tentant de se faire entendre au dessus des sifflements de plus en plus aigus des échappements de vapeur.
« Sauf votre respect monsieur, je pense que... »
« C'est bien ça le problème » fit Von Eyken d'un ton si péremptoire que le deuxième-année abandonna la lutte et disparut de nouveau dans les entrailles de l'Erlösung.
« Allez ma beauté, encore un petit effort! » souffla le pilote alors que son véhicule entamait la montée du léger faux plat sur lequel soldats morts et vivants étaient toujours engagés dans une lutte féroce, à défaut d'être sanglante. La vitesse du tank baissa légèrement lorsque ses roues propulsives vinrent s'enfoncer d'un demi pied dans le sol meuble, la force de la vapeur entraînant l'essieu à une telle vitesse que des mottes de terre commencèrent à voler en tout sens. Les vibrations qui agitaient la machine s'accrurent à un tel niveau que Von Eyken dut se saisir des deux poignées à sa disposition pour maintenir son équilibre sur l'étroite plateforme de commandement.
« Allez, ALLEZ! » cria-t-il en encouragement à la bête de métal qui peinait sous lui. Ses mâchoires claquaient tellement fort du fait des soubresauts de l'Erlösung qu'il se mordit profondément la langue, mais l'adrénaline qui courait dans ses veines dissipa la douleur avant même que cette dernière ne soit enregistré par son cerveau, ne laissant filtrer que la saveur salée du sang. Comme aiguillonné par les invectives de l'ingénieur, le tank vainquit enfin les forces de l'inertie qui le clouaient sur place et s'élança en direction des squelettes dans un hurlement suraigu.
« VOLLDAMPF! » rugit Von Eyken de conserve, juste avant que les roues ferrées du léviathan ne happe le premier des cadavres et ne le déchiquète dans une explosion d'esquilles brunes. Un autre connut le même destin moins d'une seconde plus tard, et trois squelettes de plus furent broyés par l'avancée instoppable de l'Erlösung avant que ce dernier n'ait entièrement traversé leur formation.
« Inversion, inversion! » hurla von Eyken à ses apprentis alors que le tank, à peine ralenti par les ravages causés dans le régiment des non-morts, les emportait à présent loin de l'affrontement.
« Monsieur, inverser l'influx à une telle vitesse serait tout bonnement suicid... »
Le triple canon du pistolet à répétition que le pilote-ingénieur braquait en direction de son front fut suffisant pour stopper Sigmund dans sa lancée. Il déglutit péniblement en constatant que l'homme hagard et livide qui le tenait en joue ne souriait absolument pas.
« Entrer à l'École des Techniques était assez suicidaire. Accepter ton rattachement l'Erlösung était complètement suicidaire. Drunnewald était vraiment suicidaire. Suivre l'armée dans des bois infestés d'Hommes-Bêtes était foutument suicidaire. Se battre contre une horde de morts-vivants dans les parages de cette espèce de putain de monument est absolument suicidaire. Inverser l'influx de vapeur à une telle vitesse serait effectivement tout bonnement suicidaire. Mais ne pas obéir à un ordre verbal direct émanant de ton supérieur à ce moment précis est suicidaire, et pas besoin de rajouter des adverbes à côté. »
Von Eyken arma le chien de son arme d'un rapide mouvement du pouce, et Sigmund eut un mouvement de recul involontaire.
« Alors? » fit le pilote d'un ton presque badin, ses yeux effectuant un va et vient constant entre le seconde-année tétanisé et les alentours du tank à vapeur.
« Alors je pense que vous êtes un foutu malade» répondit Dorend d'une voix blanche.
Les deux autres occupants du tank, aussi surpris l'un que l'autre par sa brusque intervention, tournèrent vivement la tête dans sa direction. Le poids de leurs regards provoquèrent une réaction étrange chez Dorend, qui sembla se ratatiner comme une outre percée.
« Je veux dire, je pense que vous êtes un foutu malade, monsieur » marmonna-t-il en insistant particulièrement sur le dernier mot.
Au grand soulagement de Sigmund, Von Eyken fit rebasculer le chien vers l'avant et rangea l'arme dans le holster fixé à droite de la barre, et à la grande surprise de l'apprenti, son meurtrier en puissance éclata d'un grand rire.
« Enfin! Bielle et boulon, je pensais que cette cause était perdue pour de bon! »
La mine déconfite et interloquée de ses deux aides ne fit rien pour l'aider à reprendre son sérieux, mais il parvint néanmoins. Pendant les quelques secondes qu'avaient duré l'altercation, le tank avait toutefois poursuivi sur sa lancée, et le combat entre les Joueurs d'Épée et les squelettes semblaient déjà n'être plus mené que par des figurines miniatures en terre cuite. L'Erlösung disposait à présent du champ nécessaire pour effectuer un demi-tour et se replonger dans la mêlée la coque en avant, mais la manœuvre aurait nécessité de réduire l'allure jusqu'à une vitesse nécessairement faible pour permettre à la lourde machine de tourner sans verser sur le flanc, puis de remettre en branle la chaudière pour arriver à destination avec l'élan suffisant. Pour avoir déjà effectué ce type changement de cap dans le cadre d'exercice, ainsi qu'une ou deux fois au cours de véritables affrontements, Von Eyken savait que le tank ne serait jamais en position avant que les non-morts aient submergé leurs adversaires. Agrippant fermement une des poignées de la main gauche, il plia douloureusement le genou jusqu'à ce qu'il se retrouve assez bas pour que son autre main puisse saisir un levier qui avait du être peint en rouge un siècle auparavant au vu des quelques traces qui subsistait encore sur le manche.
Dorend était encore trop secoué pour se formaliser de ses contorsions, mais Sigmund comprit immédiatement où il voulait en venir et ouvrit la bouche pour protester.
« Trop tard garçon » fit Von Eyken avec un petit sourire, avant de tirer de toutes ses forces sur le levier.
Pendant une fraction de seconde, le temps sembla s'arrêter alors que les conséquences de l'action de l'ingénieur se répercutait dans l'ensemble de la machinerie. Le sifflement de la vapeur décrut brutalement puis cessa tout à fait. Les pistons qui actionnaient les grandes roues ferrées ne furent plus entraînés que par l'inertie, et les vibrations stoppèrent net. Un silence irréel tomba sur la scène, comme si le tank reprenait son souffle avant de déchaîner sa fureur sur les inconscients qui avaient osé le solliciter d'une manière aussi extrême. Von Eyken voulut conseiller aux Dorend et Sigmund de s'accrocher à quelque chose, mais la fraction de seconde passa avant qu'il n'ait eu seulement le temps de prononcer un mot.
Dans un « clong » monumental, suivi immédiatement par le grincement sinistre de dix centimètres d'acier plié comme s'il s'agissait de caramel mou, l'Erlösung se cabra, projetant sur la porte de la chaudière tout ce qui à l'intérieur de l'habitacle n'était pas soudé à sa coque. Le dos d'Erik von Eyken percuta si violemment le volant d'ouverture qu'il en eut le souffle coupé, en même temps que quelques côtes brisées. Le crâne de Dorend vint s'écraser sur le cadran du manomètre dans un craquement funeste, maculant ce dernier d'une traînée écarlate. Sigmund, conscient des retombées de l'acte de l'ingénieur et dans une meilleure position que ce dernier au moment de la révolte du tank, réussit à amener ses bras devant sa tête juste avant qu'elle n'aille se fendre sur le coin de la plateforme de commandement. Si ce réflexe lui sauva probablement la vie, son poignet droit fut impitoyablement broyé par le choc et il tomba face la première sur le dur plancher de l'Erlösung, où il se roula instinctivement en boule.
Les roues avant de la lourde machine retombèrent au sol, et la cacophonie qui s'était si brusquement arrêtée un instant auparavant reprit tout aussi brutalement, comme si la plage de silence n'avait été causée que par une saturation passagère des tympans des passagers du tank. Le vacarme était seulement, si cela était possible, encore plus douloureux aux oreilles humaines, du fait de l'arrivée de nouveaux bruits révélateurs des dommages subis par la mécanique de propulsion. Von Eyken, plus qu'à moitié assommé par le choc, pouvait distinguer une sorte de crissement désagréable revenir toutes les demi-secondes, semblable au crissement d'une pointe d'acier sur un tableau noir, ainsi qu'un sifflement pareil à la respiration d'un vieillard atteint d'une pneumonie particulièrement sévère. Mais surtout, plus important que tout le reste, il pouvait nettement sentir son bien-aimé Erlösung regagner péniblement mais régulièrement de la vitesse. Il étendit ses bras derrière lui à la recherche d'un quelconque appui pour se relever, et les doigts de sa main droite se refermèrent sur le volant qui lui avait presque rompu l'échine.
« Je suppose que c'est de bonne guerre, mon gros » murmura Von Eyken en se hissant difficilement sur sa bonne jambe. À quelques centimètres de sa botte, la tête de Dorend gisait dans une mare de sang qui s'étendait lentement, et l'ingénieur n'aurait pu dire si son élève était vivant ou mort. Replié en position fœtale le long du canon de coque, Sigmund n'avait pas l'air de se porter beaucoup mieux, mais Von Eyken n'avait pas le temps de pousser plus avant ses investigations. Dans un grognement étranglé, il saisit les deux poignées qui encadraient la barre à roue, et se propulsa sur la plateforme. Le souffle glacé du vent le cueillit dès sa sortie de l'habitacle surchauffé, et il eut l'impression d'avoir plongé tête la première dans la Mer des Griffes au plus fort de l'hiver. Malgré tout, les claques répétées des bourrasques lui clarifièrent les pensées en un tour de main, et il se concentra sur l'exercice particulièrement périlleux qui l'attendait.
L'Erlösung se dirigeait vers la mêlée qu'il avait quitté moins d'une minute plus tôt à une vitesse proche de celle de son premier passage. La seule différence notable avec la charge précédente était que le tank avançait à présent en marche arrière, présentant à l'ennemi non plus sa coque blindée et crénelée mais la masse cylindrique de sa chaudière. Même si la différence pour les malheureux qui se retrouveraient sur sa trajectoire ne serait que minime, le béhémoth de métal semblait beaucoup plus fragile aux yeux de son pilote vu sous cet angle, comme un monstrueux insecte recouvert de chitine impénétrable exposant tout d'un coup son corps mou aux coups de ses assaillants.
Au cours de ses années aux commandes de l'Erlösung, Von Eyken avait plus d'une fois eu recours à la vieille technique du Fallhammer, transmise à chaque nouvelle génération de pilotes-ingénieurs par leurs aînés. Le concept de base consistait à déconnecter la chaudière du circuit de propulsion avant d'atteindre l'ennemi, laissant l'engin en roue libre quelques instants avant l'impact. Au moment même de la collision, la propulsion était ré-alimentée, mais les flux étaient inversés, ce qui permettait, en théorie, de repartir en marche arrière une fois le régiment ennemi éventré, l'empêchant de se réorganiser ou d'attaquer l'équipage du tank. Recommencer autant de fois que nécessaire pour réduire les infortunés sur le passage en pulpe.
Cette fois, c'était très différent. L'Erlösung allait diablement vite, et il allait falloir le diriger lancé à pleine vitesse sur la masse des squelettes, en évitant de préférence d'écraser les soldats qui leur faisaient face. Le système de direction n'était simplement pas fait pour cela. Le système de propulsion n'était simplement fait pour ça. Les aménagements sommaires réalisés à l'attention du chef de char n'étaient tout simplement fait pour ça. Même la cheminée qui s'élevait derrière le fût de la chaudière comme un mat de bronze semblait concourir à la difficulté de la manœuvre en empêchant Von Eyken de distinguer clairement ce qui lui faisait face. Seul point de satisfaction pour ce dernier, la brusque inversion des flux n'avait pas fait sortir le tank des profondes traces qu'il avait lui-même creusé dans le sol de la trouée au cours de son avance, et elles agissaient comme une sorte de fragile garde-fou, maintenant l'Erlösung dans la bonne direction sans que l'ingénieur ait besoin d'intervenir autrement que par des légers ajustements sur sa barre. Les aléas de la bataille avaient cependant éloigné les combattants de leur position initiale, et sans une franche inflexion de la trajectoire vers la gauche dans les prochaines secondes, le tank manquerait totalement l'affrontement. Mais si Von Eyken ne réussissait pas à redresser suffisamment la course de son véhicule une fois le premier virage effectué, le Cercle des Lames bénéficierait d'une démonstration ultra-réaliste des dommages que pouvaient causer le fleuron de l'ingénierie impériale sur un rassemblement d'infanterie. Dans cette éventualité, même leurs armures de plates et leurs moustaches extravagantes ne pourraient grand chose contre les quelques trente tonnes en mouvement du mastodonte.
Les yeux toujours rivés sur la trajectoire de l'Erlösung, Von Eyken se saisit de son pistolet à répétition et arma instinctivement le chien. Il tendit le bras en direction des cieux de plus en plus sombres, et appuya deux fois sur la gâchette, espérant que les détonations alertent les fantassins impériaux de son arrivée prochaine, mais si lui put très bien ressentir le recul des tirs lui tordre toutes les articulations depuis le poignet jusqu'à l'épaule, les Joueurs d'Épée en revanche ne semblèrent pas réaliser que ses tirs de semonce leur étaient destinés.
« Allez tous vous faire foutre alors » souffla-t-il en ramenant franchement la barre vers lui.
Dans un concert de grincements déchirants, l'Erlösung sortit de ses traces avec un double soubresaut et entama une large courbe vers la gauche, et Von Eyken dut lâcher précipitamment son arme pour se saisir d'une des poignées avant que la force centrifuge ne l'éjecte de son poste. Le pistolet s'abattit sur le plancher de l'habitacle avec un bruit mat, mais miraculeusement, le choc ne fit pas partir la dernière balle, et l'arme glissa hors de vue de l'ingénieur. Il n'eut pas le temps de se féliciter de la conclusion de cette nouvelle mésaventure, car le cri, mi-soulagé, mi-inquiet, d'un des spadassins, vint l'informer que ces derniers l'avaient enfin vu arriver, et qu'il était grand temps de redresser la course du tank.
« Faîtes place en dessous, je passe la seconde cou... » fit Von Eyken avec humeur en corrigeant brutalement la trajectoire de sa machine, qui vira sans finesse pour venir percuter les rangs des morts-vivants. La répartie du pilote-ingénieur mourut toutefois sur ses lèvres quand il constata que le cri du matamore n'avait pas été une alerte, mais un avertissement. Quelque chose de gros et de rouge venait en effet de s'agripper à la cheminée de l'Erlösung, et tentait à présent de passer sur la chaudière. Le nouveau-venu aurait presque pu passer pour un homme puissamment bâti recouvert d'un harnois écarlate et d'une cape de la même teinte, mais sa tête blême et chauve venait absolument démentir cette première impression. Aux yeux de Von Eyken, qui avait quelque peu étudié les sciences naturelles au cours de ses années de formation, la face de la chose qui lui faisait face, avec son mufle écrasé, ses oreilles pointues et sa gueule béante garnie de crocs luisants, tenait davantage de la chauve-souris de Lustrie qu'il avait distraitement contemplé flotter dans son bocal de formol dans une galerie poussiéreuse du zoo impérial d'Altdorf que de l'être humain. Son intérêt scientifique laissa cependant très rapidement place à une peur panique lorsque le vampire, au prix d'une impulsion qui aurait brisé les reins de n'importe quel homme, se propulsa sur le dessus de la cuve de chauffe, sa longue cape flottant derrière lui comme celle du Capitan dans une pièce de Detlef Sierck.
Totalement oublieux à la sécurité de ses alliés, Von Eyken ramena brutalement la roue à gauche, puis à droite, dans l'espoir de faire chuter le monstre, mais ce dernier avait planté l'épée large qu'il serrait dans sa dextre dans les bois de la cuve, et parvint à garder son équilibre. Comme pour se rire des efforts de sa future victime, il planta ses yeux absolument noirs dans ceux de l'humain qui lui faisait face et fit jouer sa longue langue pourpre sur ses dents. Comme tétanisé par le regard du non-mort Von Eyken laissa échapper la barre et la poignée de l'habitacle, et resta les bras ballants. Dans un rugissement de triomphe, la bête se ramassa sur elle-même et s'élança en direction de sa proie, mais cette dernière fut la plus rapide.
« Avec les compliments du vieux Leonardo! » hurla Von Eyken en faisant pivoter sur-elle même la tourelle de l'Erlösung tout en pressant de toute ses forces le mécanisme d'induction du lance-vapeur. Avec un sifflement suraigu, un panache blanc et fumant jailli du canon de bronze et vint percuter la forme du vampire en plein vol, l'engloutissant totalement en l'espace d'un battement de cœur. La force déployée par le mort-vivant pour se jeter sur ce qu'il avait considéré comme une tête de bétail attendant la lame de l'égorgeur avait été considérable, mais la puissance de la vapeur concentrée était encore supérieure, et il fut violemment projeté en arrière, son cri de surprise et de douleur presque inaudible au dessus du hurlement de l'arme secondaire du tank.
« Au fond de toi, tu dois te dire que tu le mérites, saloperie » vociféra l'ingénieur en continuant d'arroser l'endroit où il pensait que son ennemi se trouvait. « Et même si tu ne le penses pas, moi je te l'affirme: tu le mérites bougrement. Saloperie. »
Le temps que Von Eyken finisse sa sentence, la pression du jet de vapeur avait déjà fortement baissé, tandis que l'allure de l'Erlösung, privé de toute source de propulsion, avait également décru de manière drastique.
« J'espère bien que Morr te trouvera un coin dans ses cavernes pour y passer l'éternité. S'il pouvait s'arranger pour que ça soit au soleil, même pour une heure par jour, je lui en serai infiniment rec... » poursuivit-il pendant que le tank consommait son restant d'inertie pour finalement s'arrêter tout à fait. Pour la deuxième fois en moins d'une minute toutefois, Von Eyken ne finit pas sa phrase.
Les derniers de lambeaux de vapeur blanche venaient en en effet de se dissiper dans l'air ambiant, laissant apparaître aux yeux incrédules de l'ingénieur la forme écarlate d'un homme agenouillé sur la chaudière, les deux mains fermement resserrées sur la garde d'une épée à large lame. Lentement, le vampire leva la tête en direction du mortel qui l'avait presque tué, et ce dernier eut un hoquet de terreur devant le spectacle effroyable offert par le visage de la créature. Ébouillantée par le jet du canon, la peau du non-mort avait cloqué, et même fondu comme de la cire à certains endroits, pendant en lambeaux blanchâtres et encore luisants d'humidité, comme la trame déchirée de la tapisserie d'un manoir abandonné depuis des lustres. Sous cette dentelle macabre et irrégulière, Von Eyken put voir l'éclat blanc des os et des cartilages, nettoyés avec soin par le passage de l'eau bouillante, tandis qu'à d'autres endroits, les tissus musculaires, blêmes et striés comme la surface d'un faisceau, se contractaient anarchiquement, déformant encore davantage les traits de la créature. Seuls vestiges intacts dans cet amoncellement de chairs décomposées, les prunelles noires d'Alphonso de Gormaz, à présent dénuées de la moindre trace d'intelligence, vinrent littéralement crucifier le bourreau de l'ancien gentilhomme estalien.
La crosse du lance-vapeur échappa des mains douloureuses de Von Eyken, et le fût octogonal du canon s'abattit avec rudesse sur les planches de la plateforme extérieure de l'Erlösung. Il savait pertinemment qu'il ne lui restait plus qu'une ou deux secondes avant que la bête grotesque qui se relevait lentement à moins de deux mètres de lui ne recouvre assez de force pour repartir à l'assaut, et très probablement réussir là où lui-même venait d'échouer. Au fond de son cerveau engourdi, une petite voix hurlait sans discontinuer. Elle disait: « Bouge-toi! Mais remue-toi au nom de Sigmar! Secoue-toi, allez! », mais son corps refusait d'obéir, ou alors si lentement, si terriblement lentement... Son adversaire n'était guère mieux loti, mais l'ingénieur pouvait sentir que cette faiblesse n'était que passagère, et que bientôt, très bientôt, le fauve serait de retour, prêt à lui arracher la tête d'un revers de la main. Comme pour confirmer cette prédiction, le vampire s'ébroua violemment, puis s'avança à quatre pattes en direction de la silhouette figée du pilote du tank, ses yeux impitoyables toujours braqués dans ceux de Von Eyken. Un instant plus tard, l'homme et la chose qui en avait été autrefois un étaient presque face à face, si proches que la proie put voir la salive dégouliner sur les crocs du chasseur là où la peau des joues avait disparu.
Avec une nonchalance quasi-théâtrale, le non-mort leva sa main droite vers le ciel, et la course de temps, déjà fortement ralentie, sembla s'arrêter tout à fait. Von Eyken s'attendit à voir passer sa vie entière devant ses yeux, comme dans les histoires des vétérans, mais si puissant était le charme du vampire qu'il ne vit rien de plus que les deux puits d'un noir abyssal qui perçaient sa face ravagée. Une telle malice, une telle haine, et surtout, une telle faim...
Une dernière fois, la voix du fond de son crâne se fit entendre, avec une netteté et une urgence douloureuse au su du peu de temps qui lui restait à vivre. N'avait-elle pas compris que jamais il n'aurait le temps de s' « écartez-vous Monsieur! » avant que les serres de ce...
Dans un éclair blanc accompagné d'un claquement sec, la troisième et dernière balle d'Erik von Eyken, pilote-ingénieur à bord du tank à vapeur Erlösung, fut expulsée du canon de son pistolet à répétition. La bille de plomb d'une once tournoya une dizaine de fois sur elle-même avant de rencontrer la pommette gauche d'Alphonso de Gormaz, qu'elle fracassa dans une projection d'esquilles d'os et de de lambeaux de chair. Légèrement déviée par ce premier impact, la balle poursuivit sa course en explosant l'œil du vampire comme un grain de raisin pressé trop fort, pour finalement venir se loger juste en dessous de la paroi supérieure du crâne de l'estalien, après avoir creusé un tunnel d'un demi-pouce de diamètre dans les tissus mous du cerveau.
Un feulement étranglé s'échappa de la bouche encore béante de la bête, alors même que l'énergie du coup reçu la renvoyait vers l'arrière du tank. Sa main voulut se saisir de la fusée de son épée, toujours plantée dans le bois de la cuve de pression, mais sa force inhumaine s'était soudainement envolée, et après une seconde d'incertitude, le poids de son harnois écarlate l'envoya s'écraser sur le sol jonché des restes épars de ses serviteurs. Sensible à la légère impulsion insufflée par le dernier effort du vampire pour s'emparer de son arme, l'Erlösung, arrêté sur un terrain en légère déclivité, se remit doucement en branle, ses trente tonnes d'acier, de bronze et de bois parcourant laborieusement un demi-mètre avant de s'arrêter de nouveau.
« Monsieur, c'était quoi ce bruit? » grimaça Sigmund en massant tant bien que mal son épaule, endolorie par le recul du pistolet dont l'un des canon exhalait à présent un filet de fumée bleutée. Par ce bruit, il désignait sans nul doute la brève mais sonore série de craquements suivi par un écœurant bruit de succion, comme si une roue de l'Erlösung venait de broyer un tonnelet rempli de porridge.
Von Eyken, encore trop secoué pour avoir retrouvé le plein usage de toutes ses capacités déductives habituelles, prit le temps de se pencher par dessus le rebord de la tourelle avant de se risquer à répondre. L'opération lui permit de se remettre en tête l'état pitoyable dans lequel se trouvait sa jambe gauche quand cette dernière, malencontreusement sollicitée par son propriétaire, le lança de manière si forte qu'il ne put retenir ses larmes. À nouveau conscient de ses limites, Von Eyken ramena son corps en arrière aussi légèrement que possible, et répondit d'une voix blanche:
« Sigmund, mon à présent très cher ami, je ne crois pas que tu veuilles vraiment savoir. »


***********


La lame bosselée du scramasaxe s'abattit sur le couvre-nuque de sa barbute avec assez de force pour faire bouger son cerveau à l'intérieur de sa boîte crânienne. Pour une fraction de seconde, une vague noire lui tomba sur les yeux, et il se sentit tomber en avant sans savoir que faire pour stopper sa chute. Il put toutefois regagner assez de contrôle sur son propre corps à temps pour pouvoir compenser son étourdissement par quelques enjambées pataudes, ce qui lui permit de rester debout, bien que d'une manière assez semblable à la course d'élan d'un albatros, le corps outrageusement penché vers l'avant et les bras largement écartés, battant l'air à la recherche de portance. Ayant finalement retrouvé son équilibre, et malgré que sa tête lui sembla n'être plus rien qu'un bloc de pierre complètement fendu maintenu d'un seul tenant par une simple ficelle, la première pensée de Clemenz fut de souhaiter que personne dans le régiment n'ait été témoin des trois dernières secondes. Si Emmi avait aperçu ses cabrioles désespérées, il aurait vraisemblablement à le tuer de ses propres mains. C'était ça, ou bien subir stoïquement les milliers d'allusions d'un comique douteux que Céleri réservait aux camarades qui avaient eu le malheur de se ridiculiser devant lui. Pour en avoir ri de bon coeur avec lui pendant des années, Clemenz savait qu'Emmi compensait largement l'étroitesse claustrophobique de son esprit par une mémoire surprenante des détails triviaux et des mésaventures embarrassantes. La fois où Gernt n'avait pu se contrôler lorsque le minotaure leur avait foncé dessus, par exemple, et...
Le cerveau de Clemenz récupéra tout à fait de l'horion porté par le squelette au scramasaxe, et la mémoire des dernières minutes lui revint en bloc. Emmerich était mort. Il avait suivi le sergent Maler au cœur de la mêlée. Ils avaient été séparés par les combats. Puis ce coup derrière la tête. Bordel, qu'avait-il bien pu faire de sa lance? Ce coup derrière la...
Son instinct de vétéran balaya le flot des pensées confuses, et il se sentit pivoter sur ses talons tout en relevant son écu à la tour blanche au niveau de sa tête. La lame tordue du long poignard s'abattit de nouveau sur lui, mais, déviée in extremis par la courbure du bouclier, ne vint pas lui sectionner la colonne au niveau de la base du cou. Au lieu de cela, le scramasaxe plongea en direction de son bras droit et traversa sa tunique de maille et sa jaque de cuir durci, lui entaillant le biceps. Sur le coup, Clemenz ne sentit rien d'autre qu'un picotement froid là où la lame avait mordu, puis le contact chaud et poisseux de son propre sang quand son adversaire dégagea son arme. Le tranchant déformé et barbelé de cette dernière resta cependant prisonnière des anneaux de fer de la cotte du lancier, et Clemenz se sentit partir vers l'avant lorsque le squelette, impassible, continua de tirer sur le manche de son poignard pour le libérer.
La main droite de Clemenz vint se refermer sur le poignet osseux de son ennemi, l'empêchant de dégager le scramasaxe. Comme intrigué par cette action, le cadavre leva la tête et Clemenz eut le sentiment que s'il avait eu encore des yeux, ces derniers auraient été ronds de surprise. Au lieu de cela, les deux orbites noires et vides du non-mort semblèrent fixer un objet plus lointain, traversant le lancier comme s'il était invisible.
« Ça t'en bouche un coin, hein? » fit Clemenz en ramenant son bras gauche derrière son dos, avant de l'envoyer en avant à la manière d'un discobole. Toujours fermement sanglé à son poignet et à son coude, son écu accompagna le mouvement, et le coin droit vint cueillir le squelette au niveau de la tempe, fracturant le crâne vidé dans un craquement sinistre. Clemenz réarma son bras, notant mentalement le nouvel orifice qui ornait à présent la tête de son adversaire là où le coup avait porté, et réexpédia le lourd panneau de bois s'écraser au même endroit. Cette fois, les vertèbres du corps se brisèrent sous le choc, et la boîte crânienne du cadavre vint pendre mollement le long de l'épine dorsale, retenu par les derniers ligaments non rompus. Le sortilège qui animait la dépouille se dissipa en un battement de cœur, et le squelette s'écroula sur lui-même comme un château de cartes, à l'exception de sa main droite, toujours bloquée par la prise de Clemenz. Ce dernier tira dessus avec un rictus de dégoût, et la lame rouillée se dégagea enfin. Un instant plus tard, main et scramasaxe rejoignaient le reste des ossements dispersés aux pieds du vainqueur, lorsqu'il les laissa tomber avec empressement. Libéré de tout obstacle, le sang commença à s'écouler en torrents de la plaie laissée par la lame du squelette, sans que Clemenz puisse y faire grand chose. La blessure pouvait tout aussi bien se révéler superficielle que très grave, en fonction de la profondeur de l'estafilade. Si l'artère avait été touchée, il savait qu'il n'en avait plus pour très longtemps, mais ce n'était ni le lieu ni le moment pour pousser plus loin les recherches.
« Ranald t'enfourche, enfoiré » cracha Clemenz en direction de ce qu'il restait de son adversaire, avant de réaliser qu'il venait encore une fois de se conduire stupidement. Pour autant qu'il puisse le dire, il était seul, blessé et désarmé, en plein milieu d'un affrontement des plus brutaux avec une bonne centaine de cadavres ambulants. Ce n'était ni le lieu ni le moment pour déblatérer sur ses propres malheurs. Rester en vie d'une seconde à la suivante était une préoccupation bien plus pressante.
La main gauche toujours fermement pressée sur la plaie, Clemenz balaya rapidement les environs des yeux, anxieux d'apercevoir un nouvel ennemi se ruer sur lui pour terminer le travail entamé par le précédent. Fort heureusement pour lui, sa charge inconsidérée au secours du sergent Maler, puis le dernier combat contre le squelette au scramasaxe l'avait éloigné du gros des combats.
Il se trouvait actuellement derrière une petite lèvre herbeuse derrière le sommet de laquelle il pouvait apercevoir la surface noire de la pierre maudite se découper nettement dans le ciel couvert. Un peu plus loin à sa gauche, un bosquet de sapins et de bouleaux gris bouchaient sa vue de leurs troncs rachitiques et resserrés. Quelques minutes plus tôt, autant dire des siècles auparavant à ce qui lui semblait auparavant, il avait vu les miliciens de Drünnerwald, sensés garder le flanc droit des lanciers, pénétrer dans le bois pour s'assurer qu'aucun Fellmen n'y était embusqué. La précaution de Deusmeister avait-elle payé? Clemenz aurait été bien en peine de le dire. Le bosquet n'était pas très étendu, mais la visibilité au delà des premiers mètres de sous-bois était quasi-nulle, les branches entremêlées faisant obstacle à la maigre lumière du jour et la proximité des troncs désorientant le regard. Et pourtant, quelque part dans ce sombre dédale au sol couvert d'aiguilles brunes et de feuilles en décomposition, une trentaine de soldats impériaux devait être en train de se frayer difficilement un chemin, à moins qu'ils n'aient effectivement débusqué quelque horreur tapie entre les arbres, auquel cas...
La main gauche de Clemenz relâcha momentanément sa prise sur son bras meurtri, le temps de s'abattre avec rudesse sur sa pommette, maculant son visage hagard d'une traînée rouge.
« Concentre-toi, nom de Sigmar! Ne commence pas à divaguer ou c'est la fin! » siffla Clemenz à son adresse tout en se dépêchant de ré-apposer sa paume sur sa blessure. Le coup qu'il s'était assené l'avait ébranlé plus que ce qu'il aurait pensé, mais la situation était à présent très claire dans son esprit. Il devait trouver les gars de Drünnerwald et les informer de la situation précaire du 5ème si, comme il le redoutait, ces maudits arbres avaient empêché le détachement de se rendre compte de la charge des squelettes. Une fois ceci accompli, s'il pouvait mener ces escogriffes sur le flanc des assaillants, peut-être que l'effet de surprise suffirait à... Pour la deuxième fois en dix secondes, la main de Clemenz s'abattit sur sa joue, cette fois avec assez de force pour qu'il sente du sang s'écouler à l'intérieur de sa bouche. Qu'est-ce qu'il avait pensé? Que ces ennemis étaient le moindrement sensible à un quelconque effet de surprise? Qu'ils se débanderaient en hurlant de peur devant cette manœuvre géniale?
« Enfer, ils sont morts Clemenz! MORTS! » s'entendit-il hurler d'une voix cassée par la fatigue, la souffrance et l'épuisement nerveux. « Tu te prends pour un grand stratège avec tes mouvements tournants à la con, mais tu n'es qu'un crétin, et bientôt, tu seras un crétin mort! »
Comme anéanti par cette réalisation, Clemenz se laissa tomber à genoux, et oublieux de tous les risques inhérents à sa situation, laissa sa frustration et sa colère impuissante éclater sous la forme d'un hurlement déchirant.
« Je deviens fou, putain, complètement marteau » murmura-t-il lorsque sa gorge le fit trop souffrir pour qu'il continue à exprimer les sentiments extrêmes qui se bousculaient dans sa tête de cette manière. « Sigmar, je t'en prie Seigneur, aide-moi à faire quelque chose. N'importe quoi. Aide-moi maintenant, je t'en prie Sigmar, je t'en pr... »
Un cri de douleur, au moins aussi désespéré que celui qu'il venait juste de pousser, interrompit ses marmonnements fiévreux. Sans laisser le temps à son esprit délirant de saper sa résolution, Clemenz ramassa le poignard rouillé qui l'avait presque tué et bondit sur ses pieds. Il connaissait cette voix, oh, comme il la connaissait! Oublieux de la douleur et de la lassitude, il se rua dans la direction d'où provenait la plainte, le scramasaxe fermement serré dans la main droite.
« Merci Sigmar! »


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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Jeu 6 Jan 2011 - 16:52

La charge irrésistible n'eut jamais lieu. Toutes les fois qu'il se remémora cette bataille durant les vingt-quatre ans qu'il vécut après cette journée, le premier souvenir de Lorcaen fut immanquablement celui, teinté de honte, de la défense farouche des tireurs impériaux, arquebusiers et arbalétriers mêlés, contre la marée de crocs, de griffes et de poils qui s'abattit sur eux. Armés seulement des crosses de bois de leurs armes et de leurs petits couteaux de chasse, protégés par leurs tuniques molletonnées, les planqués des lignes arrières livrèrent le combat de leur vie contre la meute déchaînée et affamée des bêtes de guerre des Fellmen. Et alors qu'il s'attendait à les voir s'enfuir devant l'assaut féroce des molosses écumants, comme lui-même et ses chevaliers avaient fui les serviteurs morts-vivants de la bête qui avait massacré Krivtin, ce furent eux qui mirent leurs adversaires en déroute.
La mêlée dura moins d'une minute depuis la retombée du calot jusqu'à la débâcle finale des assaillants. L'odeur du sang de l'humain blessé fut une tentation trop forte pour une bonne moitié des chiens, qui se ruèrent sur le moribond et le déchiquetèrent avec frénésie. La masse mouvante de fourrure sale masqua heureusement le spectacle aux yeux de Lorcaen, qui en fut très reconnaissant. L'autre partie de la meute percuta la fine ligne des arquebusiers avec la force d'un ouragan, mettant à profit sa vitesse et sa férocité pour jeter quelques uns des tireurs au sol. Ces derniers ne se laissèrent cependant pas bousculer par cet assaut furieux, et se mirent à bastonner vigoureusement les mâtins à coup de crosse, leur allonge supérieure et leurs actions coordonnées leur permettant de maintenir les bêtes à distance de leurs camarades blessés. À moins de vingt mètres du carnage, totalement ignorés par la horde affamée, les quelques arbalétriers à n'avoir pas encore tiré firent feu. À une si courte distance, et dans une troupe aussi compacte, les résultats furent dévastateurs, les puissants carreaux à tête en V, spécialement conçus pour traverser les cuirasses, projetant leurs cibles plusieurs mètres en arrière dans un geyser de sang. Poussés par leur instinct de prédateurs, une bonne partie des chiens se jeta sur les morts ou mourants, préférant s'attaquer à des proies plus vulnérables que les grands bipèdes armés de bâtons qui leur faisaient face. Petit à petit, ces derniers prirent le dessus sur leurs adversaires, leurs grands moulinets fracassant indistinctement mâchoires et échines jusqu'à ce que l'assaut des molosses faiblisse.
Et puis, soudainement, l'instinct de conservation prit le dessus sur la faim et sur la fureur, et le premier chien détala comme un lièvre en direction des bois. Un deuxième le suivit, puis encore une paire, l'un d'entre eux serrant dans sa gueule rougie une main dont il manquait plusieurs phalanges. Le temps que Lorcaen réalise que le combat était gagné, la meute repartait ventre à terre vers les ténèbres de la forêt, aussi rapidement, si ce n'est plus, qu'elle n'en avait surgi quelques instants plus tôt. Seuls demeurèrent sur place trois énormes fauves, plus courageux que leurs congénères, ou trop affamés pour abandonner la partie. Il sembla à Lorcaen qu'il étaient sur le point de se relancer à l'assaut, malgré la déroute de leurs semblables, quand les arbalétriers, à court de carreaux ou conscients qu'ils n'auraient pas le temps de recharger avant que les bêtes ne passent à l'attaque, se mirent à courir dans leur direction en hurlant, les bras levés au ciel. Une seconde plus tard, les arquebusiers se mettaient à leur tour en marche vers les trois rescapés, braillant aussi fort que possible et agitant leurs redoutables armes improvisées. Lorsque le premier d'entre eux fut à portée de crosse du chien le plus avancé, le trio décida finalement d'abandonner la partie, emboîtant le pas de leurs semblables sous les huées et les quolibets des vainqueurs exultants.
« Un spectacle des plus inspirants, nul doute » fit von Mirkwutz alors que les destriers des chevaliers franchissaient les derniers mètres qui les séparaient de la position, à présent jonché de cadavres, des tireurs de l'armée impériale.
« Est-il vraiment nécessaire d'enduire les plaies de sel, Reubens? » souffla Lorcaen les yeux perdus dans le vague. « Tu peux mettre en question mon discernement, mais de grâce, ne questionne pas mon courage. »
Le vétéran eut un triste sourire.
« Nous sommes des templiers de Mannan, Lorcaen. Attends-toi à trouver du sel où que tes pas te mènent. Quand à ton courage... N'oublie pas que tu parles à celui qui t'as conseillé de tourner bride, et qui es rudement content de t'avoir convaincu de l'écouter. »
« Humour noir, donc? »
« J'en ai bien peur, gamin. J'en ai bien peur. »
Autour des chevaliers, les piétons s'affairaient autour de leurs blessés, étonnamment peu nombreux au su de la fureur de l'assaut. Un arquebusier roux, la tête enserrée dans un capuchon de lin sale, geignait doucement sur sa droite, lourdement soutenu par deux de ses camarades. Un petit homme à la barbe grise taillée au cordeau s'approcha, une trousse de barbier à la main, et défit prestement la veste du blessé. Le torse de l'homme était traversés sur un tiers de sa longueur par trois longues estafilades parallèles, desquelles s'écoulaient des filets de sang, striant son ventre de rayures écarlates. Le malheureux baissa la tête vers ce spectacle peu reluisant, mais détourna presque immédiatement le regard, secoué par un haut le cœur. Un de ses camarades lui enfourna le goulot d'une gourde de peau dans la bouche, et il but goulument. Le barbier se saisit ensuite de la gourde et arrosa les plaies de son contenu. Le blessé tenta bravement de se contenir, mais quand l'aiguille s'enfonça dans sa chair, ses cris forcèrent Lorcaen à se détourner. Un peu plus loin, un autre homme était allongé à même le sol dans une mare de sang qui s'étendait doucement. Son mollet gauche n'était plus qu'une charpie sanglante, et ses bras étaient parsemés de morsures là où les molosses avaient planté leurs crocs. Autour de lui, un groupe d'une demi-douzaine de ses compagnons tentaient tant bien que mal de le garder conscient pendant qu'un dernier arquebusier lui confectionnait un garrot. Les yeux du blessé et ceux du chevalier se croisèrent pendant un instant, et un pâle sourire vint flotter sur les lèvres de l'homme à terre. Lorcaen le lui rendit du mieux qu'il le put avant que le dos d'un des camarades du tireur ne vienne masquer la forme de ce dernier.
« Et maintenant Reubens? » demanda l'Élu de Mannan, alors que les templiers mettaient pied à terre pour s'enquérir de l'état de leurs montures.
« Hé, qu'en sais-je moi? » répondit le vexillaire en flattant l'encolure de son cheval. « Il ne s'agit pas de ma lance, enfin, pas à proprement parler. Je crois que j'ai assez donné mon avis pour aujourd'hui gamin. Le choix t'appartient. »
« Évidemment » souffla Lorcaen entre ses dents. Il ravala cependant la remarque acerbe qu'il réservait à son interlocuteur quand il remarqua l'expression de ce dernier. Pour la première fois depuis qu'il connaissait Reubens von Mirkwutz, le doyen des brisants semblait n'avoir aucune idée de la décision à prendre. Le regard que lui décocha le seul œil valide du vétéran était si plein d'espérance candide que Lorcaen en aurait presque ri, n'eut été leur situation.
« Je suis l'Élu de Mannan après tout, n'est-ce pas? » fit le précepteur d'une voix sardonique en démontant à son tour. Il n'attendit pas la réponse, et partit droit devant lui, à l'écart du brouhahas et des hurlements du torse balafré.
Ses pas l'entraînèrent à l'orée d'un bosquet de jeunes chênes qui s'élargissait progressivement jusqu'à rejoindre les bords de la clairière où morts et non morts étaient en train de guerroyer. Sous ses yeux, des vagues de combattants se déversaient ou refluaient, chacune de ces minuscules figures livrant ses propres combats, innombrables séquelles de l'affrontement fondamental auquel tous participaient. Vivants, morts, morts-vivants: leurs objectifs avaient beau grandement différer, leurs méthodes étaient essentiellement les mêmes. La seule différence notable pour Lorcaen était celui des mises placées dans la balance par les différents camps. Les cadavres de Mataplana n'avaient, eux, absolument plus rien à perdre, contrairement à leurs adversaires. La tête de Mataplana valait-elle le prix exorbitant que Deusmeister s'était montré prêt à payer pour elle? À Drünnerwald déjà, Lorcaen en avait douté. À présent, isolée au milieu d'une terre hostile et entourée de milliers d'ennemis, la croisade du ministre de Sigmar était sur le point de payer un horrible tribut aux dieux du destin avec lesquels le vieux prêtre avait joué la vie et l'âme de chacun des hommes de son armée. Dans cette funeste pièce, s'avançant inexorablement vers le dénouement tragique qu'il avait semble-t-il été le seul à anticiper, son libre-arbitre lui avait rendu en un cruel tour du hasard, et il pouvait à présent décider en son âme et conscience du sort, non seulement des chevaliers placés sous ses ordres, mais peut-être de tout l'ost impérial. Chevalier élu de Mannan, commandant d'une lance de ses frères templiers, la réponse aurait du lui sembler évidente, et l'aurait sans doute été seulement une heure plus tôt. À ce moment précis, elle ne l'était plus du tout, ses responsabilités de soldat, ses élans de guerrier et ses peurs de mortels s'entre-dévorant dans son crâne pour la mainmise sur son esprit.
« Lorsque tête et cœur se querellent, lève les yeux et demande conseil. » La maxime répétée tant de fois par sa mère lui revint soudainement à l'esprit et il ne put s'empêcher de la prononcer à voix haute. Une heure plus tôt, recourir aux dictons des vieilles de son village pour prendre ce qui serait sans doute la décision la plus importante de sa vie l'aurait rendu malade de honte, mais à présent, il lui sembla que c'était la chose la plus sensée au monde. Il leva les yeux.
Les cieux étaient d'un gris violacé, signe de l'imminence du crépuscule, comme ils l'avaient été depuis des jours, dissimulant la face des astres célestes aux créatures incapables de s'élever plus haut que cette couverture morne.
« Mannan, dieu des eaux et des vents » murmura Lorcaen en balayant du regard l'étendue nuageuse, « entend la prière de ton fidèle et guide le dans la poursuite de tes buts, afin qu'il agisse pour ta plus grande gloire. » Cette prière était la première qu'il ait appris après son arrivée sur la Couronne, et elle restait sa favorite, sans doute parce qu'elle était aussi simple et directe que lui-même.
« Mannan, seigneur des mers et des bourrasques, entend la prière de ton fidèle et disperse les brumes du doute, afin qu'il agisse pour ta plus grande gloire. »
Lorcaen ferma les yeux et prit une grande inspiration. L'air frais des bois alentours pénétra ses poumons, et il sentit une légère brise lui caresser le visage. Une brise qui avait indiscutablement une saveur iodée.
« Mannan, maître des abysses et du ressac, entend la prière de ton fidèle et donne lui la puissance des vagues, afin qu'il agisse pour ta plus grande gloire. »
Les yeux toujours clos, Lorcaen sentit le coup de vent forcir, apportant avec lui les cris plaintifs des mouettes et des sternes ainsi que le bruit sourd des vagues de la marée montante lessivant les récifs acérés. Une bourrasque particulièrement forte l'entoura, lui faisant perdre l'équilibre. Il ramena son pied gauche derrière lui pour rétablir son assiette, ouvrant les yeux par réflexe pour ajuster son oreille interne.
« Mannan, commandeur des... »
Un peu au dessus de l'horizon, l'épaisse couche de nuage s'effilochait rapidement comme une couverture trouée, laissant apparaître la forme ronde et nacrée de Mannslieb. Presque pleine, blanche comme un bloc de marbre suspendu dans les airs, la bien-aimée de Mannan flottait au dessus du champ de bataille, sa lumière diffuse projetant des ombres vaporeuses sur la boucherie contrebas. Lorcaen n'avait jamais porté un grand crédit à la sorcellerie et aux oracles, mais il ne pouvait nier la venue de ce présage, et, à vrai dire, n'en avait aucune envie.
Oublieux de sa lassitude, il retira vivement son heaume cabossé et le cala sous son bras pour l'empêcher de balloter, et retourna sur ses pas aussi vite que le lui permettait son armure de plates. Le tintement du métal attira l'attention d'une bonne partie des tireurs et des chevaliers, qui lancèrent des regards surpris devant son empressement soudain, mais Lorcaen les ignora. Reubens était sur le point de poser la question qu'ils avaient tous en tête, mais le précepteur lui fourra son grand heaume dans les mains et se dirigea d'un pas résolu vers sa monture, tenue en bride par l'arquebusier à la barbe grise. Il saisit le pommeau de sa selle et se hissa sur Pfeil malgré les hennissements de protestation de ce dernier, puis dégagea Eischneiden de la courroie de cuir qui la maintenait rivée derrière le troussequin et leva bien haut la relique pour que tous puissent l'apercevoir.
« Serviteurs de Mannan, mes frères! » commença-t-il du plus fort qu'il le put, « nous ne sommes pas venus ici de notre plein gré, mais y avons été contraint par l'emploi de vils procédés, indignes de vrais défenseurs de l'Empire. »
Un murmure d'approbation couru parmi les chevaliers, tandis que les roturiers tentaient de faire sens de la tirade du jeune guerrier monté qui les haranguait. Reubens von Mirkwutz, le heaume de Lorcaen toujours dans les bras, lança à ce dernier un regard indéchiffrable, ouvrit la bouche pour s'exprimer, mais se ravisa et laissa son supérieur poursuivre.
« Nous avons rompu notre serment, celui de ne combattre qu'en Nebelheim et pour le peuple de Nebelheim, et nous avons suivi Deusmeister dans sa folle quête de vengeance. Nous avons traqué des ombres pendant deux jours, jusqu'à ce lieu maudit, tout droit dans un piège! Nous avons combattu de toute notre âme les démons et les maléfices de l'ennemi, pour quelle gloire? Aucune. Notre honneur a été bafoué en ce jour, et l'honneur de tout notre ordre avec lui! Que dîtes vous de cela, mes frères? Avons-nous été récompensé de nos sacrifices et de notre dévouement? Non! Deusmeister avait-il raison d'entraîner autant de bons soldats à leur mort? Non! Lui sommes-nous encore redevables d'une quelconque loyauté? Regardez autour de vous et répondez-moi! Mérite-t-il que nous donnions notre vie pour lui, mérite-t-il que pour lui nous mourrions en parjure? NON! »
Le rugissement d'approbation de son auditoire rassura autant qu'il inquiéta Lorcaen. Il avait réussi à échauffer ses hommes en retournant le couteau dans la plaie, mais à présent venait le moment le plus délicat, celui où cette colère qu'il avait éveillé le servirait ou le détruirait. Du coin de l'œil, il remarqua que von Mirkwutz serrait tellement fort son bassinet que le métal était en train de se déformer. Le regard du vétéran fixait quelque chose près d'un sabot de Pfeil, et il lui sembla que la forme imposante du vexillaire était en train de se ratatiner, comme si le poids de ses années le rattrapait soudainement. Le bras droit toujours brandi, Lorcaen apaisa les imprécations des chevaliers de la main gauche, jusqu'à ce qu'un semblant de calme soit revenu.
« Mes frères, je vous ai entendu » fit-il d'une voix plus posée. « Deusmeister peut bien mourir ici, dans cet endroit oublié de tous, sauf des Dieux Noirs et de leurs infects serviteurs. Il n'aura pas volé un tel sort après tant de félonie. Mais nous, ne sommes nous pas d'une autre trempe? N'avons nous pas juré de défendre les habitants du comté jusqu'à notre dernier souffle? Pouvons-nous nous en retourner dans la honte auprès de nos frères, sous prétexte que notre commandant n'était qu'un dément esclave de ses lubies? NON! Nous devons nous montrer dignes, dignes des attentes placées en nous par nos frères d'armes, car eux n'ont rien fait pour mériter notre courroux. Dignes de la confiance de nos pairs, de la mémoire de ceux qui nous ont quitté et du souvenir de ceux qui nous succéderons. Dignes enfin et surtout du regard de Mannan, qui nous suit où que nous soyons et quoi que nous fassions. Ne croyez pas qu'ils nous a abandonné, et redoutez plutôt sa colère si nous devions souiller son nom. Templiers de Mannan, mes frères, je m'en retourne à mon combat, car tel est le chemin que j'ai choisi, et tel est le serment que j'ai prêté. Templiers de Mannan, que dîtes-vous? »
« NUR EIN KAMPF! »
La clameur résonnait encore dans ses oreilles que déjà les chevaliers avaient enfourché leurs montures, sous les vivats des tireurs. La trompette de Derrek sonna le départ, et les puissants destriers s'ébrouèrent, puis partirent au trot en direction du Nord, Lorcaen à la tête de la lance, Reubens à ses côtés. Le sourire féroce qui illuminait à présent la face parcheminée du vieux guerrier aurait pu à lui seul convaincre le précepteur qu'il avait fait le bon choix.
« Où allons-nous maintenant? » La voix du vexillaire avait retrouvé tout sa bonhommie naturelle, comme si les évènements tragiques des dernières minutes n'avaient jamais eu lieu.
« Reconquérir notre honneur, ou mourir dans l'opération. » répondit Lorcaen en remettant son bassinet en place d'une main experte.
« Vu la situation, je crois qu'il serait plus sage de tabler sur ''reconquérir notre honneur, et mourir dans l'opération'', sans vouloir ébrécher tout ce bel enthousiasme » corrigea le vétéran, sans se départir le moins du monde de son rictus satisfait.
« Ça me convient également, pour ne rien te cacher. » rétorqua Lorcaen en raffermissant sa prise sur le manche d'Eischneiden, alors que la petite troupe approchait de l'endroit où l'Élu de Mannan avait presque croisé le fer avec la bête qui avait tué Richter Krivtin.
Le précepteur fit un signe à Derrek, et ce dernier sonna la mise en formation de charge. Les chevaux caparaçonnés s'alignèrent autour du trio de tête avec une adresse et une discipline fruits d'innombrables manœuvres, et Lorcaen brandit de nouveau sa hache en direction du ciel. Une dizaine d'éclairs blancs lui répondit quand les templiers tirèrent leurs longues épées droites de leurs fourreaux, illuminant la scène pour un quart de seconde.
« Chevaliers, vous savez déjà ce qui nous attend derrière cette crête » hurla Lorcaen alors que Pfeil se lançait dans le léger dévers où les squelettes les avaient surpris la première fois, « et vous savez ce que j'attends de vous! Pour l'ordre et pour Mannan, chargez! »
Les destriers, vigoureusement éperonnés par leurs cavaliers, se lancèrent au galop et avalèrent la distance qui les séparait du sommet en un battement de cœur. Lorcaen sentit son sang bouillonner dans ses veines, et une impérieuse envie de massacre envahit son esprit. Joignant sa voix aux cris de guerre proférés par ses compagnons, il arma son bras, se pencha en avant sur sa selle et bascula de l'autre côté de la butte.


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Entrer dans le bosquet fut plus facile qu'il ne l'aurait cru. Les arbres avaient beau pousser en rangs serrés, les branches les plus basses ne descendaient guère en dessous des épaules, lui permettant de progresser assez rapidement, bien que le dos courbé. Sous les frondaisons d'un vert si profond qu'il tournait au noir dans la faible luminosité, le sentiment d'oppression était toutefois total, le monde semblant se limiter à la prochaine rangée de troncs, les seuls bruits perceptibles étant le crissement de ses pas sur le tapis d'aiguilles et le sifflement rauque de sa respiration. Plus d'une fois, Clemenz eut la certitude que quelque chose était en train d'avancer à ses côtés, masqué seulement par quelques mètres de végétation. Quelque chose de rapide, de nerveux, et d'une taille sensiblement semblable à la sienne. Quelque chose qui lui ressemblait, ou qui lui avait autrefois ressemblé, avant de pénétrer dans ce labyrinthe. Quelque chose de méfiant, de sauvage, et de fondamentalement malveillant. Quelque chose qui aurait bientôt rassemblé assez de courage pour passer à l'attaque, et alors...
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!! »
Heureusement pour lui, les cris l'aidaient à lutter contre la psychose qui menaçait de le submerger dès que son esprit avait assez de liberté pour se mettre spéculer. Dans le silence ouaté du bosquet, il était impossible de les manquer, tout comme il était impossible de ne pas frémir à l'idée des souffrances nécessaires pour qu'un être humain hurle de la sorte. Le seul problème en vérité était celui de l'éloignement. Plus il courait, et moins il avait l'impression de se rapprocher, alors que, très étrangement, il avait en revanche une conscience aiguë de la distance sans cesse croissante qui le séparait de l'orée de bosquet, qui d'ailleurs se révélait beaucoup plus vaste que ce qu'il lui avait paru de prime abord. Peut-être était-ce un sortilège de la chose qui vivait dans cet endroit maudit, visant à attirer les imprudents jusqu'à son repaire pour les dévorer? Pourquoi s'était-il si bêtement jeté dans la gueule du loup, seulement armé d'un coutelas rouillé qui plus est? Peut-être était-il encore temps de rebrousser chemin, de...
« Bo...bordel d... de put... putains vér... vérol... lées. Je v... vais t...t...te fair...re pass...sser le g...goût d...de-aaaaaaaaaaaaaaaaaaah! »
« Tenez bon sergent, j'arrive! »
Même s'il avait appris à ne pas sous-estimer les maléfices employés par l'ennemi, Clemenz était profondément convaincu qu'aucun être au monde ne pouvait se faire passer pour Helmut Maler, surtout quand ce dernier était en colère. Comme pour dissiper ces derniers doutes, il vit soudain une lumière bleutée filer sur sa droite, laissant sur son passage de pâles flammèches lécher un instant les branches avant de s'éteindre dans un grésillement sec. Une forte odeur de bois vert brûlé et de résine lui monta aux narines, et il se hâta dans la direction d'où était venu le feu follet. Cinq secondes plus tard, il s'écrasa tête la première sur la paroi incomparablement dure et froide de la pierre.
Pendant un laps de temps très limité, la surprise fut si grande qu'elle ne laissa aucune place à la douleur dans son cerveau dépassé, la totalité de ses capacités étant employée à la résolution du problème suivant: « comment par tous les démons de l'enfer ai-je bien pu me retrouver là? ». Puis, ne trouvant aucune réponse satisfaisante à ce problème, son cerveau recommença à traiter le flot d'informations en provenance de tout son corps, notifiant en premier lieu que le choc, bien qu'en partie amorti par l'usage réflexe des genoux et des coudes, avait endommagé quelques muscles. Simultanément, les réceptions nerveuses furent submergées par une vague de signaux en provenance des zones lésées, et une onde de souffrance traversa Clemenz des pieds à la tête.
Enfin, les données les plus complexes, relayées par les organes réceptifs tels que les yeux, les oreilles et le nez, furent laborieusement décodées. Une forte odeur de souffre et de décomposition fut d'abord identifiée, provoquant de façon tout à fait instinctive une sensation de nausée.
Dans les millisecondes suivantes, les sons informes, mais violents et contrastés qui avaient fait vibré les tympans furent à leur tour transmis et déchiffrés, le résultat final se rapprochant assez de la phrase: « v...va-y Cl..Cle...m...menz, m...met-la l...lui pr...prof...fond à ce f...f...fils d...de p...pute! ».
Finalement, les signaux lumineux ayant frappé sa rétine furent à leur tour analysés, révélant qu'outre la pierre sur laquelle il était allongé, les éléments les plus notables dans un environnement proche étaient les silhouettes de deux hommes se tenant face à face un peu plus haut sur la dalle de granit. Le premier, petit, malingre, assez vieux et vêtu de frusques noires en lambeaux, le second, plus jeune et plus solidement bâti, arborant une barbe épaisse d'un rouge tirant sur le brun.
Le petit vieillard tenait son bras droit replié contre son torse, comme s'il était blessé, tandis que son autre bras, maintenu à l'horizontale en direction du troisième homme, se terminait par une masse de chair boursoufflée et informe, semblable autant à un tronc d'arbre mort infesté de vermine qu'à la gueule imposante mais édentée d'un dragon lépreux. La comparaison n'était que prolongée par le halo bleuté qui semblait provenir de l'horrible fente rosâtre qui terminait l'appendice, comme si un brasier surnaturel brûlait à l'intérieur du membre.
Le barbu, quelques pas plus loin, était quant à lui agenouillé sur le roc noir, ses deux bras tendus soutenant un écu fendu et noirci en direction du petit homme à la gueule de wyrm. En dépit de la protection offerte par le panneau de bois, une bonne partie de son corps portait des marques de brûlures, souillant sa livrée azur et or aux teintes délavées de tâches brunes là où l'étoffe avait commencé à s'enflammer. Une bonne partie de son visage, de la pointe du menton au contour de l'œil droit, avait visiblement du subir le souffle incandescent du dragon, à en juger par les grosses cloques rouges qui la constellait.
Dans un dernier sursaut, le cerveau de Clemenz mit enfin en relation toutes les informations collectées au cours de la dernière seconde, et de secondaire, la recherche des causes de son arrivée dans ce nouveau décor passa au stade de totalement accessoire. Il bondit en avant alors que le temps reprenait sa marche normale, et tout fut terminé en un battement de paupière.


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Le fracas de dizaines de sabots ferrés lancés au grand galop sur la plaine était tellement semblable au roulement du tonnerre que l'arrivée impromptue des chevaliers surprit le pilote-ingénieur Erik von Eyken alors que ce dernier fixait les cieux maussades à l'affût du moindre signe dont il pourrait déduire la position de l'orage approchant. Les jurons des Joueurs d'Épée et les cris alarmés de Sigmund le convainquirent cependant rapidement que quelque chose de beaucoup plus grave que la perspective de se retrouver trempés était en train de prendre place. Son pistolet à répétition en main, il fit volteface aussi rapidement que sa mauvaise jambe le lui permettait, et se retrouva presque nez à nez avec un homme barbu monté sur un gigantesque cheval, recouvert comme son maître de plates teintées, de bleu pour la monture, de vert marin pour le cavalier, embossées à l'or fin. La barbe du chevalier, majoritairement d'une couleur brun sombre, présentait deux mèches ivoire de part et d'autre du menton, donnant un air extravagant au visage, pourtant sévère, qui la surmontait. L'œil gauche du guerrier était masqué par un cache en cuir noir, maintenu en place par un cordon tressé enserrant son crâne chauve. L'œil droit du nouveau-venu, en revanche, brillait d'une fureur guerrière que von Eyken jugea tout à fait déplacée, et, remarquant la longue épée que le borgne brandissait, sans nul doute à des intentions homicides envers sa précieuse personne, il braqua les trois canons de son arme de poing en direction du visage grimaçant, et appuya sur la détente.
Son assaillant se figea dans son geste, stoppant la lame de trois pieds de long à une paume du cou dénudé de von Eyken, apparemment très surpris que sa cervelle ne soit pas en train de couler par le trou creusé par l'impact de la balle. Les deux adversaires réalisèrent au même moment que le coup n'était pas parti, et ne partirait pas, malgré les tentatives répétées de von Eyken.
« Ahem, je ne suis pas expert dans ce genre de mécanismes, mais je pense que vous avez oublié de recharger votre pétoire » fit le chevalier barbu avec un détachement qui le fit bondir dans l'estime du pilote-ingénieur.
« Ma foi, j'aurais tendance à penser exactement la même chose » répondit ce dernier en inspectant d'un œil expert l'intérieur des canons, effectivement tous vides. « Sigmund, mon cher ami » ajouta-t-il en se tournant vers la tête toujours terrifiée de son assistant, qui dépassait à peine du haut de l'ouverture de tourelle, « j'ai trouvé de quoi t'occuper. » D'un geste nonchalant, il tendit l'arme, crosse en avant, au jeune homme couvert de graisse noire, qui s'en saisit d'une main tremblante avant de disparaître dans les entrailles de l'Erlösung.
« Et si tu as le temps, occupe-toi de Dorend mon garçon! » renchérit-il, avant de se retourner vers le chevalier barbu. À son grand soulagement, ce dernier avait rengainé son épée.
« Reubens von Mirkwutz, vexillaire de la seconde lance des Frères des Brisants, pour vous servir » fit le templier en inclinant légèrement la tête. « Je crois, hmmm, que nous avons commis une légère erreur d'appréciation. »
Autour de la forme imposante du tank à vapeur, les scènes de ce genre se multipliaient, alors qu'un à un, les autres chevaliers se rendaient compte de leur méprise. Miraculeusement, von Eyken ne distingua aucun cadavre impérial étendu dans l'herbe grasse suite à cette bévue, bien que les Joueurs d'Épée ne semblent pas prendre la chose aussi légèrement que lui. De la part d'aussi joyeux lurons, le contraire l'eut étonné.
« Si vous voulez parler des cadavres ambulants qui occupaient cette position il y a seulement deux minutes » répondit l'ingénieur sur le ton de la badinerie, « je crains en effet que vous ne soyez arrivés deux minutes trop tard ». Il désigna le sol autour de l'Erlösung de son index tendu, et von Mirkwutz aperçut pour la première fois les éclats blanchâtres qui parsemaient le sol autour des roues du mastodonte comme une litière de porcelaine brisée. Il siffla entre ces dents en réalisant l'origine des débris.
« C'est vous qui... »
« En partie oui, j'en ai bien peur. Des amis à vous? »
« Pas spécialement non. »
« Vous me soulagez d'un poids. »
Les deux hommes échangèrent un regard, puis commencèrent à rire, doucement d'abord, puis de plus en plus fort, leurs nerfs usés par la tension des dernières heures se relâchant d'un coup sans qu'ils puissent rien y faire. Intrigués, chevaliers et Joueurs d'Épées oublièrent leurs querelles et se retournèrent en direction de l'Erlösung. Un cavalier, jusque là engagé dans une conversation houleuse avec un piéton dont le crâne rasé et l'imposant marteau d'armes qu'il tenait à deux mains désignaient comme un dévot de Sigmar, fit volter sa monture et la mena à hauteur du vexillaire hilare. Le nouveau-venu, beaucoup plus jeune d'après le visage que von Eyken put distinguer en dessous de son heaume monumental, ne semblait pas le moins du monde goûter à la plaisanterie. Son gantelet droit enserrait fermement une cognée aux proportions formidables, et bien que le pilote-ingénieur douta qu'il puisse seulement la lever sans perdre l'équilibre, quelque chose dans le regard du templier lui fit soudainement passer son envie de rire.
« Reubens » fit ce dernier d'une voix sifflante, « pourrais-tu m'expliquer les raisons de cette franche rigolade, je te prie? »
« Lorcaen, je te présente... » commença le chevalier barbu, avant de réaliser que son précédent interlocuteur ne s'était pas introduit.
« Erik von Eyken, pilote-ingénieur rattaché au Tank à Vapeur Erlösung, pour vous servir » compléta von Eyken, en s'inclinant légèrement à son tour. « Et vous êtes? » poursuivit-il avant de réaliser que ce n'était certes pas une manière de s'adresser à un chevalier doté d'attributs aussi colossaux. À son grand soulagement, ce dernier ne sembla pas prendre la chose aussi mal qu'il l'avait craint.
« Lorcaen, précepteur de la seconde lance des Frères des Brisants » répondit le jeune chevalier d'un ton égal, même si toujours un peu courroucé. « Maintenant que les présentations sont faites, peut-être pourriez vous m'expliquer, Herr von Eyken, ce que vous faîtes pile à l'endroit où, selon toute logique, devrait se trouver le régiment ennemi dont ma lance devait s'occuper? »
Les deux index tendus du vexillaire et de l'ingénieur suffirent pour que Lorcaen déduise à son tour la réponse à sa question.
« C'est vous qui... » commença-t-il en fixant von Eyken avec des yeux ronds.
« Oui » répondirent en même temps l'intéressé et von Mirkwutz.
« Mais, la bête rouge, où est-elle passée? » demanda un Lorcaen plongé en plein désarroi, les yeux fouillant le sol à la recherche d'une trace de sa Némésis.
« Si c'est du vampire, dont la toilette était effectivement majoritairement rouge, je dois le reconnaître » répondit von Eyken avec un détachement qu'il était loin de ressentir après sa rencontre presque fatale avec le mort-vivant, « je crois que sa dépouille mortelle doit se trouver en dessous de ma roue arrière droite. »
Les deux chevaliers éperonnèrent leurs montures et firent le tour de l'Erlösung, leurs regards s'attardant longuement sur un endroit que von Eyken ne pouvait pas distinguer depuis son poste de commandement. À en juger par la mine des templiers cependant, il sut que sa déduction s'était révélée exacte.
Lorcaen s'affaissa sur sa selle, l'air déconfit, sa lourde hache lui pendant mollement au flanc. Reubens von Mirkwutz envoya un épais glaviot s'écraser sur la bouillie infâme qui maculait le cerclage de fer de la roue du tank, puis ramena son hongre en face de la tourelle.
« Dîtes moi mon ami » fit-il en se grattant pensivement la joue, « puisque nous en sommes au chapitre des objets perdus, n'avez vous rien aperçu qui ressemble de près ou de loin à une bannière? »


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Le scramasaxe avait autrefois été manié par un guerrier cherosen. Sa lame, d'une longueur à peu près égale à celle de l'avant bras de son commanditaire, avait été forgée et trempée pendant le règne de Sigmar, puis enchâssée dans une garde de bois de hêtre recouverte d'une épaisseur de cuir de vache. Le forgeron, qui connaissait son affaire, avait assuré au guerrier que sa nouvelle acquisition resterait tranchante pendant des siècles. Le guerrier avait haussé les épaules, et répondu que les vingt, peut-être trente prochaines années, étaient tout ce qui comptait pour lui. Trois mois plus tard, lors d'un accrochage avec une bande de Norses en maraude, le guerrier avait reçu un coup de hache dans le flanc, puis un javelot lui avait transpercé la cuisse. Malgré tous les efforts des anciens du village, ses blessures avaient eu raison de lui après une agonie de plusieurs heures. Le guerrier n'ayant pas de fils, le scramasaxe avait été déposé à ses côté dans la tombe, et était resté là pendant plus de deux millénaires, jusqu'à ce que la magie noire relève son porteur. En piteux état après toutes ces années passées à dormir dans la terre froide, la lame d'acier du scramasaxe avait toutefois bénéficié de toute la science du forgeron, et ce dernier n'avait pas menti. Deux mille cinq cent treize ans après sa sortie du fût de trempage, l'arme était toujours plus que capable de se frayer un chemin dans la chair et les os.
Le nécromancien ouvrit la bouche, luttant désespérément pour faire rentrer de l'air dans ses poumons comprimés par le choc, mais ses derniers ne firent que dégorger un filet de sang noir qui vint dégouliner sur son menton en galoche. Au prix d'un considérable, il parvint à remonter sa mâchoire inférieure, et ses lèvres se contractèrent, mais Clemenz ne lui laissa pas le temps de prononcer un seul mot. Le scramasaxe se retourna dans la plaie, deux fois. Une fontaine écarlate jaillit d'une artère percée, et vint frapper le visage du lancier, pendant que le corps du petit homme au bras de wyrm se raidissait de douleur. La tête parcheminée du vieux bascula en arrière comme celle d'un pantin dont on aurait coupé les ficelles, et un infâme gargouillis monta de sa gorge envahie par le sang. Enfin, Clemenz sentit le corps osseux de son ennemi s'affaisser sur lui-même, et il laissa tomber le cadavre sur le côté, la lame rouillée du long poignard toujours plantée jusqu'au deux tiers de sa longueur au milieu du torse du nécromant. Les flammes qui nimbaient le bras gauche déformé de ce dernier sifflèrent comme un feu noyé par un baquet d'eau, et disparurent soudainement, ne laissant derrière qu'une odeur de charnier.
« B...beau tr...travail Clem...m...menz ». La main du sergent Maler s'abattit avec sa délicatesse habituelle sur l'épaule de son sauveur, dont les yeux restaient fixés sur la silhouette ridiculement voûtée et chétive du sorcier. Exception faite du bras muté, l'homme n'avait rien de menaçant, ni même de suspect, et aurait tout à fait pu passer pour le vieil excentrique du bourg, vivant reclus dans sa maison et ne se mêlant jamais à la communauté, tout à fait inoffensif à part ça. Sigmar tout puissant, s'il fallait brûler tous les petits vieux misanthropes du comté pour se débarrasser une fois pour toutes du fléau de la non-vie, on devrait certainement raser toute la forêt d'ici à Marienburg.
Clemenz détourna les yeux de la dépouille en soupirant et observa le sergent Maler ramasser l'épée qu'il avait du laissé tomber à un moment de son combat avec le nécromancien. La lame, depuis la garde jusqu'au tiers faible, était tordue, perforée et en partie fondue, comme si elle avait été intensément mastiquée par par un dragon. Maler ne put réprimer une grimace devant cette déconvenue, grimace qui permit à son subalterne de remarquer à quel point l'officier avait souffert lors de son duel contre le mage. Sur tout le bas du visage, du nez jusqu'au menton, la peau était rouge et suppurante, comme si elle avait été ébouillantée. L'épaisse barbe rousse du sergent n'avait pas été épargnée non plus, et était constellée de tâches blanchâtres évoquant de la moisissure. Les traces de brûlure se prolongeaient jusqu'à la naissance du cou, recouvrant la totalité de la gorge et ne s'arrêtant qu'à la nuque. Déglutissant difficilement, Clemenz se demanda comment diable Maler pouvait seulement inspirer sans se tordre de douleur. Le fait qu'il puisse encore parler, même laborieusement, en disait long sur sa résistance phénoménale à la douleur.
Ayant finalement décidée de conservée l'arme mutilée, Maler la posa à plat sur son épaule, ne pouvant la remettre dans son fourreau, et partit à longues enjambées en direction de l'Ouest. Clemenz se demanda s'il devait récupérer son poignard, mais il abandonna l'idée en réalisant qu'il devrait pour cela toucher au cadavre. Après un dernier regard au scramasaxe et un remerciement silencieux à celui qui l'avait forgé, il emboîta le pas de son supérieur, et tous deux quittèrent la petite clairière dans laquelle s'était jouée la dernière scène de leur drame commun. La dalle de granit disparut aussi rapidement qu'elle s'était matérialisée, s'évanouissant derrière un rideau de troncs d'un brun verdâtre.
« Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait chef ? » s'enquit Clemenz alors que la paire cheminait laborieusement dans le dédale inquiétant du bosquet. Il espérait sincèrement que le sergent savait où il allait, car lui n'en avait pas la moindre idée, et la seule pensée de se retrouver perdu dans ce sinistre dédale lui donnait envie de hurler.
« F...foutred...dieu, Cl...Clemenz » grogna Maler en dégageant un passage à grands coups de son épée ruinée, « qu...qu'est-ce qu...que tu v...veux qu...qu...qu'on f...fasse? On..n y ret...ourne. »
En n'importe quelle autre occasion, Clemenz aurait acquiescé et laissé le dernier mot au sergent, mais maintenant que ce dernier lui devait la vie, et était privé d'une bonne partie de sa gouaille coutumière, le lancier osa émettre un point de vue contradictoire.
« C'est bien dans ce bosquet que Deusmeister a envoyé les gars de Drünnerwald? » demanda-t-il avec une fausse candeur, lui-même connaissant parfaitement la réponse. Maler, apparemment également conscient du caractère rhétorique de la question ne se donna pas le mal d'énoncer une phrase intelligible, et émit un borborygme affirmatif.
« Je pensais qu'on pourrait essayer de les trouver avant de quitter ce... charmant petit coin de forêt » poursuivit Clemenz. « Mieux vaut y aller à trente qu'à deux si on y va, enfin c'est mon avis. Qu'est-ce que vous en pensez? »
Le sergent ne se donna même pas la peine de lui faire face pour répondre.
« On s...sort m...maint...tenant d...d...de ce p...put...tain de b...bois et on ret...tourne s...s...se battre. »
Clemenz faillit objecter qu'il y avait de fortes chances pour que le 5ème ait dérouté depuis le temps qu'ils étaient partis en chasse du nécromancien, mais il réalisa qu'il n'en avait en fait aucune idée. Il était absolument convaincu d'avoir quitté la ligne pour secourir Maler depuis au moins une heure ou seulement quelques secondes, et cela simultanément. Sans doute s'était-il tapé sur le crâne un peu trop fort, à moins que ce ne soit le coup reçu à l'arrière de la tête. Ce dernier détail le fit repenser à sa blessure au bras, qu'il avait complétement oublié dans le chaos des évènements. Comme pour se rappeler à son bon souvenir, cette dernière recommença à le lancer, mais de la manière lancinante et irrégulière des plaies en train de cicatriser. Un bref regard à son biceps droit lui confirma qu'il ne mourrait pas de l'estafilade qu'il avait reçu, en tout cas pas immédiatement: une épaisse croute brune de sang coagulé recouvrait en effet la plaie, empêchant cette dernière de s'épancher davantage. C'était la meilleure nouvelle des deux derniers jours, et son optimisme bondit encore davantage quand il aperçut la clairière apparaître derrière une dernière rangée d'arbres.
« T...tout doux maint...tenant » murmura péniblement Maler en pliant sa grande carcasse en deux. Clemenz le suivit en s'efforçant de marcher le plus silencieusement possible, bien qu'il douta que quiconque à l'orée du bosquet puisse l'entendre, même s'il lui prenait l'envie de sauter à pieds joints. Saleté d'arbres.
Les deux hommes arrivèrent enfin à l'extrême limite de la forêt, et ce qu'ils virent au delà ne les enchanta guère. À une cinquantaine de mètres, légèrement en contrebas, les hommes du 5ème tenaient encore tête à leurs ennemis, mais la situation n'était pas brillante pour le camp impérial. La discipline et l'habileté supérieure des vivants leur permettaient de repousser les assauts gauches et lents des morts, mais ces derniers, insensibles à leurs pertes, continuaient néanmoins à s'agglutiner sur la ligne azur et or. Leurs attaques avaient beau manquer de force et d'adresse, le simple poids du nombre, combiné au désintérêt total des squelettes quant à leur propre sort, était en train, lentement mais sûrement, d'enfoncer le mur de lances. Trônant au dessus de la scène comme un décor de théâtre, la pierre impie des Fellmen était à présent parcourue d'éclairs noirs, ces derniers formant comme un halo de nuit autour de l'obélisque. Les hommes du 5ème étaient bien trop occupés pour s'en soucier, s'ils s'en étaient seulement rendus compte, mais Clemenz distingua clairement une petite silhouette blanche se mouvoir entre les formes torturées des larges rochers qui entouraient la base du monument.
« Ström » murmura-t-il, partagé entre la colère et l'impuissance. « Foutu sorcier, on n'est pas assez bons pour que tu t'en donnes la peine, hein? »
« M...merde! » Maler tendit le bras, son index dressé désignant un point dans le maelström des combats. Le regard de Clemenz suivit la direction indiqué.
« Merde! »
En plein cœur de la mêlée, deux combattants étaient engagés dans un duel à mort. Le premier était un homme puissamment bâti au crâne soigneusement rasé, revêtu d'un harnois de fer rehaussé d'or et de pourpre et armé d'une longue épée à deux mains d'une facture antique mais excellente. Pour toute la superbe de sa livrée, il semblait cependant se déplacer avec difficulté, sans doute handicapé par une blessure que les deux hommes ne pouvaient apercevoir. Son adversaire était le cavalier au dragon, sculptural dans son armure de plates baroque, la tête couronnée du wyrm rouge qui avait frappé Clemenz au premier regard. Juché sur une grande bête bardée d'acier et de mailles noires, il maniait avec un talent consommé une demi-rapière, plus fine et plus légère que l'arme du prêtre, grâce à laquelle il faisait s'abattre sur Deusmeister une pluie de coups. Aussi sûrement et implacablement que ses serviteurs étaient en train de faire plier les lanciers du Nebelheim, le chevalier vampire poussait son adversaire dans ses derniers retranchements.
Comme pour illustrer les craintes de Clemenz, une botte d'estoc plongeante du non-mort perça la garde du Ministre de Sigmar et vint s'insinuer dans la jointure entre le gorgerin et la spallière. À la grande horreur de Clemenz, le guerrier dévot tomba à genoux, les traits ravagés par la souffrance, et son arme lui échappa des mains. Le cri de douleur de Deusmeister fut noyé par le fracas de la bataille bien avant qu'il n'atteigne l'orée du bosquet où les deux soldats contemplaient la scène, mais Clemenz l'entendit tout de même, ou crut qu'il l'entendait. C'était un son déchirant, un aveu d'impuissance, la marque d'une terrible désillusion. C'était le son de leur mort à tous.
Une cinquantaine de mètres plus loin, dans le tumulte, le sang et la boue, le chevalier au dragon abaissa son épée le temps que son adversaire ramasse la sienne et se remette debout. Deusmeister se retomba en garde avec un air résolu, mais Clemenz ne pouvait que trop déceler le désespoir qui transparaissait derrière le masque figé du vieux prêtre.
« Le fils de pute! Il joue avec lui! » tonna le lancier, trop enragé et démoralisé par le cruel spectacle qui se déroulait sous ses yeux pour se soucier d'être discret. « Sergent, il faut qu'on y aille! ». Sans attendre la réponse, Clemenz s'élança en direction de la mêlée, mais ne put avancer d'un mètre avant de se retrouver stoppé net.
« C...Cle...menz, t...t'as d...des c...couilles à l...l...la plac...ce du cerv...veau » éructa péniblement Maler en maintenant son subalterne en place, malgré le regard terrible de ce dernier. « En p...pl...us d..de ça, t...t'es mêm...m...me p...pas ar...rmé. T...tu va all...ler ch...chercher c...ces cr...rétins de D...d...drün...nerwald et l...les env...voyer d...dans le fl...lanc d...de c...ces c...connards. »
« Deusmeister sera depuis longtemps en train de boire des coups avec Sigmar le temps que j'arrive à les faire prendre position, à supposer que je les trouve! » hurla Clemenz en tentant de se dégager de la poigne de fer du sergent, en pure perte.
« T...t...tatata » répondit ce dernier à travers sa bouche brûlée, « f...fais con...confiance au v...vieux p...pour vend...dre chèrem...m....ment s...sa peau. P...plus, j...j'men v...vais lui f...f...filer un c...coup de m...main. »
Avec sa livrée délavée et roussie, son écu noirci, son épée inutilisable et sa gueule ravagée, Maler tenait plus du bouffon tragique que de l'invincible héros, mais quelque chose dans son regard convainquit Clemenz que discuter davantage n'amènerait rien de bon.
« D'accord » souffla-t-il à contrecœur, et l'étreinte du sergent disparut.
Ce dernier ramassa son arme tordue et lui fit décrire quelques moulinets pour réchauffer ses muscles engourdis, puis sortit précautionneusement du bois. Jaugeant que la voie était libre, il se retourna vers la silhouette noire et presque invisible de Clemenz.
« T...tu s...sais ce qu...qu'on d...dit: T...T...Töd w...w... »
« Töd wird warten » compléta Clemenz. « Montrez-lui ce que vaut le 5ème, chef. »
Maler sourit, ou essaya de sourire, puis partit en courant vers le massacre, laissant Clemenz complétement seul dans le bosquet. Pour la première fois depuis son incorporation dans l'armée provinciale, il se prit à espérer que la devise du régiment comporte ne serait-ce qu'un fondement de vérité.


***********


« Vous croyez qu'il va s'en sortir, monsieur? »
Le réel intérêt que von Eyken décela dans la question de Sigmund fit naître un sourire sous sa moustache cirée. Malgré le fait qu'ils ne puissent pas passer plus de dix secondes côte à côte sans se disputer, ses deux apprentis étaient finalement profondément liés, à la manière d'un couple marié depuis cinquante ans.
La bonne nouvelle était que Dorend avait fini par se réveiller. Von Eyken avait vu son visage poupin, quoiqu'à présent très pâle et incrusté de sang séché sur une bonne partie du côté gauche, jaillir soudainement à ses côtés pendant qu'il conversait avec le vexillaire des chevaliers. Dorend, l'air encore plus absent qu'à son habitude, avait dit les mots suivants: « Boulet, canon, chaudière, tête, pression », puis s'était soudainement interrompu, la mine soucieuse, comme s'il avait perdu le fil de sa pensée. Au bout d'un moment, la mémoire lui était revenu, et il avait ajouté, l'air soulagé: « monsieur ». La seconde d'après, il était en train de vomir du sang sur la carlingue, après quoi il s'était de nouveau effondré, inconscient. Von Eyken avait pris congé auprès du templier borgne, et s'était difficilement descendu à la force des bras dans l'habitacle, moins enfumé mais toujours aussi claustrophobique, de l'Erlösung, accompagné par les piaillements sur excités de Sigmund. Depuis maintenant cinq minutes, la paire essayait de ménager un espace assez confortable dans lequel installer le blessé, mais, ô surprise, il s'avérait que l'intérieur d'un Tank à Vapeur ne pouvait que très difficilement être reconverti en infirmerie.
« Je ne suis pas médecin » répondit enfin l'ingénieur, après avoir nettoyé la plaie qui ornait le crâne de Dorend du mieux qu'il le pouvait grâce à l'eau collectée dans la chaudière par ce malin de Sigmund, « mais je ne vois aucune raison pour qu'il ne survive pas jusqu'au prochain hospice de Shallya que nous croiserons ».
La vérité était qu'il ne voyait également aucune raison pour que le garçon survive jusqu'au prochain hospice, qui se trouvait à plus de deux jours de marche d'ici, mais n'avait vraiment pas le cœur d'être aussi brutalement honnête envers Sigmund.
Saisissant une bande de tissu arraché à la manche de Dorend, il entreprit de panser la blessure, après quoi il reposa aussi doucement que possible la tête du blessé sur le coussin de fortune, fait de sa propre veste roulée en boule, qui trônait dans un angle de la coque avant. Il n'y avait pas grand chose de plus qu'il pouvait faire.
« Reste à côté de lui, et préviens-moi s'il y a du nouveau » fit-il en se relevant péniblement. « Empêche-le de se lever surtout, et s'il devait vomir à nouveau, tache de protéger les instruments. »
Ne voyant rien d'autre à ajouter, il se hissa de nouveau sur la plateforme de commandement sous les bougonnements de Sigmund, indifférent au fait que son apprenti ne se considérât pas comme une nourrice pour impotents, mais comme un maître-ingénieur en puissance.
Le monde extérieur n'avait pas beaucoup changé en son absence, mis à part une luminosité toujours plus faible. Dans moins d'une heure, il ferait nuit, et la perspective d'attendre le lever du soleil dans une clairière sacrée des Hommes-Bêtes ne lui plaisait pas particulièrement. Oh, et puis il faudrait partager l'emplacement avec les légions de macchabées d'un suceur de sang et de sa clique. Pi-tto-resque.
« Il est grand temps d'en finir » maugréa-t-il en inspectant le cadran de cuivre du manomètre rattaché à sa console de pilote. Malgré les dégâts subis lors des dernières péripéties de l'Erlösung, von Eyken avait bon espoir de remettre en marche la machine, et si les Dieux le voulaient bien, peut-être même jouer un rôle dans les combats. Mais pour cela, il fallait que la pression augmente. Or, elle s'y refusait.
« Tout à fait d'accord avec vous » fit une voix bourrue, que l'ingénieur reconnut comme appartenant à Reubens von Mirkwutz. Il leva les yeux en direction du vexillaire, qui, conformément à son titre, tenait à présent dans sa main droite la hampe d'une bannière.
« Ah, je vois que vous l'avez retrouvé » constata placidement von Eyken, avant de se replonger dans l'inventaire mental de toutes les avanies possibles pouvant expliquer la fuite de la vapeur hors du circuit d'alimentation.
« Oui » renchérit von Mirkwutz avec enthousiasme, sans réaliser que son interlocuteur ne lui prêtait que l'attention la plus distraite. « Elle est intacte de plus, bien qu'un peu sale, évidemment. Mais toujours aussi superbe » conclut-il avec tant d'affection que von Eyken se sentit obligé de lever les yeux pour contempler l'objet que le farouche vétéran considérait si tendrement. À ses yeux, le carré de tissu vert qui flottait mollement le long de la hampe était très loin d'être superbe, avec ses couleurs éteintes et sa trame déchirée aux extrémités. Il était tout à fait sale en revanche, maculé de tâche d'herbe et de terre, au point qu'identifier les armoiries qui y était dépeintes relevait de l'exploit pour le non-initié. Voyons... il y avait une sorte de trident dans une des diagonales, trident qui rencontrait un autre objet oblong au centre de la bannière. Bielles et boulons, qu'est-ce que ça pouvait bien être? Une pique? Une clef? Une épée? Oui, définitivement une épée, bien que la lame sembla en être bris...
« Ça y est! » rugit soudainement l'ingénieur, coupant brusquement von Mirkwutz dans son panégyrique. « L'épée! »
« Oui, l'épée brisée de Ludwig von Kurzt, le dernier Grand Maître de l'Ordre du Fanal » acquiesça le porte-étendard, favorablement impressionné. « Je ne savais pas que l'histoire était connue jusqu'en Altdorf. »
« Non, cette épée-ci! » le coupa à nouveau von Eyken, pointant du doigt la lame que le vampire avait fiché dans la cuve de pression, et le long de laquelle l'eau s'échappant sous forme de vapeur s'était condensée. « Vous qui êtes un homme fort, pourriez vous me faire une faveur? »
« Mais, très certainement » répondit le templier, apparemment dépassé par les évènements. « Ce serait bien la moindre des choses après le coup de main que vous nous avez donné. Que dois-je faire? »
« Oh, trois fois rien » dit von Eyken. « Grimpez juste sur la cuve et enfoncez l'épée qui s'y trouve aussi loin que vous le pourrez dans le bois. »
Bien que son regard prouvât qu'il ne comprenait absolument pas la finalité de la tâche, von Mirkwutz s'exécuta. Ayant approché sa monture au plus près de l'Erlösung, il fit reposer la bannière sur le flanc de l'immense fût de chêne qui constituait la majeure partie de l'arrière du tank, puis grimpa sur ce dernier et avança précautionneusement jusqu'à l'endroit où l'épée était plantée. Après un regard en direction du pilote-ingénieur, qui l'encouragea à poursuivre d'un hochement de tête, le vieux chevalier haussa les épaules fit peser tout son poids sur la garde, enfonçant la lame d'une paume supplémentaire dans la cuve. Immédiatement, une série de détonations sèches retentit dans l'air du crépuscule.
« Je jure que je n'y suis pour rien! » assura von Mirkwutz avec toute la véhémence du galopin pris la main dans le sac, alors que tous les regards convergeaient vers lui.
« Par la barbe de Mannan, Reubens, qu'as-tu encore fait? » pesta Lorcaen en amenant son destrier à proximité de l'Erlösung.
« Des miracles, monseigneur » répondit von Eyken, qui contemplait d'un œil ravi l'aiguille de son manomètre décrire une glorieuse ellipse en direction du repère indiquant le premier pallier de pression. Pour un début, ce n'était pas mal du tout.
« Ah, vous voyez! » fit le vexillaire à la cantonade, déclenchant l'hilarité chez la majorité de l'assemblée. Lorcaen resta de marbre.
« Et ces détonations alors? » s'enquit-il, tandis que von Mirkwutz retournait vers son hongre d'une démarche tout aussi prudente, en dépit des quolibets que lui adressaient ses camarades.
« Et bien, si vous me demandez mon avis monseigneur » répondit l'ingénieur en faisant mine de réfléchir intensément, « je dirais qu'elle proviennent de pistolets à platine, modèles Steinbarr à tous les coups, très utilisés par les membres du Pistolkorps. Armes relativement légère et pratiques à recharger pour un cavalier, merveilleusement fiables et évidemment capable de percer n'importe quelle cuirasse à moins de vingt mètres. Autrement dit, je crois que les jeunes s'amusent, pas de quoi s'inquiéter. » conclut-il avec emphase.
Son interlocuteur n'ayant pas l'air le moins du monde convaincu par son exposé, il tira d'une de ses poches une courte lunette télescopique qu'il déplia en un tour de main avant de la tendre en direction du précepteur incrédule.
« Évidemment, vous n'êtes pas obligés de me croire » dit-il de sa voix la plus affable, tandis que Lorcaen se saisissait de l'instrument comme s'il s'agissait d'une grenade à la mèche mal éteinte. Le simple fait que ce dernier appose le bon bout de la lorgnette à la partie correcte de son anatomie, et cela à la première tentative, le fit légèrement remonter dans l'estime de l'ingénieur.
Après quelques instants de contemplation, Lorcaen décolla son œil de la lentille et lança la longue-vue à son propriétaire.
« Alors? »
« Alors, vous aviez raison, Herr von Eyken » fit Lorcaen, la mine plus renfrognée que jamais, « excepté sur un point » s'empressa-t-il d'ajouter avant que son interlocuteur n'ait le temps de se gargariser.
« Ah oui, et lequ... » commença l'ingénieur, avant d'être interrompu par une plainte si perçante et si déchirante qu'il crut que son cœur allait exploser dans sa poitrine. À en juger par le chorus de questions paniquées et de jurons qui s'éleva de leur petit groupe immédiatement après que l'horrible son se soit éteint, il n'avait pas été le seul à en être affecté.
« Qu'est-ce... qu'est-ce que c'était que ça? » souffla-t-il en essayant de ne pas laisser paraître la peur dans sa voix.
« Et bien, si vous me demandez mon avis, Herr von Eyken » articula posément Lorcaen en singeant l'attitude paternaliste qui avait été celle du pilote de l'Erlösung quelques secondes auparavant, « je dirais qu'il s'agissait du cri du spectre qui a tué Völker von Zwergen et deux des membres de sa lance lors de la bataille de Drünnerwald. Une banshee, si vous préférez. Et, si vous tendez l'oreille et écoutez attentivement, vous entendrez sans doute le grondement produit par les sabots des montures d'une troupe de cavaliers. Des cavaliers lourds, si je ne m'abuse. Pas des nôtres, à tous les coups. Vous trouverez peut-être que j'ai l'esprit borné, mais je crois que nous avons une rudement bonne raison de nous inquiéter. Évidemment, vous n'êtes pas obligés de me croire. »


***********





























1.Sans doute attirée sur le champ de bataille par l'odeur du sang, une bête grotesque surgit de son antre et se met discrètement en position sur le flanc des goules.
2.La lance de Bergier, seule rescapée du flanc droit après la fuite de la Compagnie d'Acier, avance à fond de train pour menacer l'arrière des chevaliers noirs, toujours engagés par les quelques Ungors survivants. Avec un peu de chance et beaucoup de bravoure, les templiers de Mannan, tout à fait isolés derrière les lignes ennemies, pourront frapper un grand coup en plein cœur de l'armée des vampires.
3.Les Loups Blancs, réalisant la futilité du combat, préfèrent quitter le champ de bataille pour se regrouper "en sécurité", portant à deux le nombre des unités impériales ayant définitivement quitté la table.
4.Le combat fait toujours rage entre les hommes du Vème et leurs adversaires morts-vivants. Le moral des Nebelheimer grimpe en flèche lorsque leur sergent parvient à porter le coup de grâce au nécromancien Alonso, mais retombe immédiatement lorsque Don Diego de Quinhones venge le mage en blessant grièvement Deusmeister.
5.Les Moucheurs chargent le flanc des chiens du chaos, et bien que le combat qui s'en suit ne voit aucun de ses participants trépasser, les impériaux finissent par repousser la meute, qui s'enfuit pour ne plus revenir.
6.L'Erlösung, à peu près toujours en état de marche, mène une vigoureuse contre-charge, appuyé par le Cercle des Lames et le Prêtre-Guerrier Regnard Kraus. Cet effort combiné annihile prestement le Tercio Sépulcral. Les huit siècles de non-vie d'Alphonso de Gormaz trouvent également une conclusion définitive sous les roues ferrées du Tank à Vapeur
7.Le flanc gauche de Deusmeister continue son œuvre de sape, réduisant le nombre des goules à trois. Emportés par leur élan, les Princes de la Poudre se rapprochent toutefois dangereusement des cannibales...
8.Au moment même où Braktor rencontre son destin des mains de Mataplana, le bosquet Nord, apparemment beaucoup plus vaste que ce qui peut paraître à première vue, crache une nouvelle bande d'Hommes-Bêtes, menée par Korghar le Coureur en personne.


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Peter von Nebelheim
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Sam 8 Jan 2011 - 14:23

Désolé de poster ainsi à tour de bras (quadruple-post, wouhou!^^), mais j'aimerai avoir votre avis sur les schéma Battle Chronicler que j'ai ajouté au rapport. J'avoue qu'au début, c'est un peu difficile à prendre en main (enfin, j'ai eu un peu de mal à le prendre en main), et je ne maîtrise certainement pas cet outil sur le bout des doigts, mais ça un apporte de la valeur ajoutée, non?
Merci au passage à Far2Casual pour son magnifique rapport de bataille, qui m'a décidé à lui seul d'utiliser ce logiciel.

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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Sam 8 Jan 2011 - 19:26

Battle Chronicler permet d'apporter de la clareté dans ton rapport.

Je n'ai pas encore eu ou pris le temps de lire ton rapport en entier, mais BC aide à la compréhension, c'est certain.
Le mélange rapport, photos, schémas et récit est très interessant mais allourdi considérablement l'ensemble, rendant difficile la lecture.

Néanmoins, je te tire mon chapeau pour le formidable travail que tu as effectué.

Lucce ++
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Dim 9 Jan 2011 - 17:28

Content de voir que j'ai généré des vocations Wink

Tes rapports sont ouf, faut prendre un jour de congé pour les lire quasi :D
Bravo !
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MessageSujet: Re: Le Massacre des Bois Cornus (Empire vs. CV - 2500 points)   Aujourd'hui à 15:59

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