Le forum des joueurs de l'Empire à Warhammer Battle, 9e Âge et Age of Sigmar !


 
AccueilPortailRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez
 

 L'honorable tournoi de Karak Azgaraz

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Arcanide Valtek
Hallebardier
Hallebardier
Arcanide Valtek

Nombre de messages : 74
Age : 28
Localisation : Montpellier
Date d'inscription : 19/01/2019

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeVen 10 Jan 2020 - 2:54

.
        L’avant-dernier jour du tournoi commença assez mal, car une pluie intense se mit à tomber sur le Grand Vent et ses environs dès cinq heures du matin. Dans le village, chacun resta dans son auberge, sa tente ou sa caravane. Seuls quelques irréductibles sortirent prendre un peu l’air, mais revinrent bien vite, trempés et moroses. La plupart des gens en profitèrent surtout pour décuver sereinement les boissons de la veille.

        Dans la forteresse, on se moquait bien du climat à la surface. Karak Azgaraz était en effervescence, avec l’arène qu’on préparait pour les duels du soir, et surtout avec la préparation de la défense contre les grobis. Les incursions de gobelins dans les tunnels proches s’étaient faites de plus en plus nombreuses, et plusieurs escarmouches avaient éclaté durant la nuit. Quelle que soit la situation cependant, Thuringar tenait fermement à terminer son tournoi, par respect de la parole donnée. Ainsi, comme les deux jours précédents, ce fut dès cinq heures du soir, alors que la pluie tombait encore durement dehors, que reprirent comme prévu les combats.

Premier groupe : Elric von Reitz (Reichen von Tolland/Brokk Gunnarsson) contre Hrafni Hrotgarsson (Gromdal)

        L’introduction à la nouvelle journée de combat ayant été faite en bon ordre, on annonça les noms des deux premiers combattants du jour… Qu’il fallut chercher pour les amener dans l’arène.

        Hrafni somnolait déjà dans son siège à peine était-il arrivé et Elric décuvait d’une soirée un peu arrosée. Néanmoins, les deux énergumènes n’en étaient pas à leurs premiers coups d’essais et ils furent remis sur pied en moins de temps qu’il n’en fallait pour dire « Rancune sur Snorri ».

        Les deux combattants une fois en place et l’humeur de Thuringar s’annonçant déjà comme orageuse, on pressa le pas et signala le début du duel en vitesse. Il n’en fallut pas plus pour que les deux bonhommes peu matinaux ne filèrent quand même l’un vers l’autre.

        La course de Hrafni en surpris plus d’un dans l’assemblée d’ailleurs, l’ancêtre n’était pas réputé pour ses compétences en course de fond, ou course tout court, et quelques nains se mirent à craindre le pire. Et s’il tombait et que son marteau filait dans le public ?

        Mais, heureusement pour la foule, la démarche de golem de Hrafni fit plus de peur que de mal au public puisque ce fut Elric qui vint interrompre le ballet improbable en donnant le premier coup. On entendit son épée ricocher sur la peau presque impénétrable de l’ancêtre (Elric : 3T 1B 1Svg) qui ne se fit pas prier pour répliquer. (Hrafni : 1T 1B 3PV ! Elric passe à 2A)

        Après avoir effectué un salto arrière de toute beauté, Elric vint atterrir face contre terre et quelques phares devant les yeux. Mais le marin avait de la niaque à revendre et il repartit à la charge… avec une démarche chaloupée qui le fit rater son adversaire immobile (Elric : 1T 0B). En effet, face à lui, Hrafni se tenait son dos en grommelant quelque chose contre une histoire de lumbago (Hrafni : 0T). Voyant que le monde tanguait définitivement trop pour une région montagneuse, l’esprit embrumé par le choc d’Elric se demanda si les marées terrestres étaient si violentes (Elric : 1T 0B) tandis que l’ancêtre pestait encore et toujours en s’appuyant sur son marteau. (Hrafni : 0T)

        Le combat tournant à la farce, on put entendre Thuringar se frotter les tempes jusque de l’autre côté des tribunes. Et même les deux combattants se permirent de jeter un œil vers le roi agacé (Hrafni : 0T /Elric : 0T).

        Comprenant que quelque chose n’allait pas, Elric s’approcha du nain (toujours en garde, il n’était pas fou) et lui demanda :

        « Heum, vous avez besoin d’aide pour vous remettre un truc en place grand-père ? » (Elric : 0T)

        Hrafni eu alors un moment d’hésitation avant de prendre son marteau en main, de se tordre un peu et d’envoyer un violent coup du manche en plein dans ce qui devait être son rein droit. Il y eu un craquement sonore.

        « Nan, plus maintenant. On peut r’prendre. »

        Et au maître des runes d’envoyer son marteau en plein dans le bouclier d’Elric, l’envoyant voler à quelques mètres encore une fois (Hrafni : 1T 1B 4PV !). Mais cette fois-ci, le marin avait arrêté de tanguer.


Victoire de Hrafni.


Deuxième groupe : Ember Kildraksniz (vg11k) VS Jandrom Polsson Bilman (Essen)

        Une fois Elric évacué par les prêtresses de Valaya, le deuxième combat fut annoncé par le héraut du roi. Ember, encore frustrée de voir l’humain qui l’avait vaincue la veille se faire battre aussi facilement, étirait machinalement ses articulations. En face, Jandrom Polsson entra calmement dans l’arène, le visage serein. Il avait passé la soirée à travailler avec sa chorale, chose qui calmait toujours ses nerfs. Apprêtant son grand marteau, il se prépara vaillamment au combat.

        « Je vous salue bien, cher Ember. Je vous souhaiterais volontiers bonne chance, mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui je vous souhaite simplement de bien vous en tirer. » Ember ne répondit pas, se contentant de grogner.

        Le départ fut donné, et tous deux foncèrent l’un vers l’autre. Comme toujours, le médaillon d’Ember relâcha une intense gerbe de flammes, mais l’armure de gromril du maestro résista sans problème, et seuls quelques poils de barbe roussirent légèrement (Ember : Souffle : 7T, 2B, 2 Svg !). S’élançant comme un taureau en pleine charge, Ember tenta de renverser son adversaire d’un coup d’épaule, mais Jandrom ne bougea pas d’un poil (Touche d'impact : 0B).

        « Tempérez votre fougue, nous venons à peine de commencer.

        - Alors bats-toi, au lieu de parler ! »

        Ember était toute feu toute flamme. Continuant dans son élan, elle enchaîna les passes d’arme avec rapidité, et ce ne fut que presque par miracle que Jandrom les esquiva toutes (Ember : 1T, 1B, 1 Invu !). En retour, il fit tournoyer son marteau et toucha violemment la naine au flanc droit (Jandrom : 2T, 1B, BM : -2PV !). Ember serra les dents, mais ne s’arrêta pas, et toucha à son tour durement Jandrom à l’épaule (Ember : 1T, 1B, -1PV !) alors que ce dernier était forcé de reculer (Jandrom : 0T).

        « Pas mal, pas mal du tout. » S’exclama-t-il. « Votre technique est ma foi aboutie, même si je gèrerais mieux mes jambes si j’étais vous.

        - Mais tu vas te taire ? »

        Ember et Jandrom continuèrent leur combat avec une énergie qui fit écarquiller les yeux de la foule. Après le combat précédent qui ressemblait à une parodie, on voyait ici un duel dans lequel les deux belligérants donnaient tout ce qu’ils avaient. Quelquefois, on entendait la voix de Jandrom énoncer des « joli » ou des « belle parade » qui manifestement énervaient Ember. Celle-ci finit par trouver une ouverture, et tout en bloquant le marteau de Jandrom avec sa hache, elle lui donna un violent coup de pied dans les jambes. Jandrom partit à la renverse en poussant un cri de surprise (Ember : 2T, 2B, -2PV !! Jandrom perd une attaque).

        « Ta technique est aboutie, petit chanteur, mais à ta place je gèrerais mieux mes jambes » le nargua Ember. Mais alors qu’elle crut qu’il allait se relever, elle vit avec surprise Jandrom tourbillonner au sol et lui faucher ses propres jambes d’un violent coup de marteau dans les bottes (Jandrom : 2T, 2B, -2PV ! Ember perd une attaque). « Bien joué » toussa-t-il en se relevant péniblement, « mais je ne suis pas aussi facile à mettre à terre. »

        Ember aussi se relevait. Après leurs assauts précédents, elle commençait à fatiguer, mais de toutes évidences lui aussi. « C’est ce qu’on verra » souffla-t-elle entre ses dents, et elle repartit à l’attaque avec la fougue qui la caractérisait. Alors que Jandrom commençait à reculer tout en se mettant en garde, elle saisit l’arme du nain et se précipita contre lui.

        « Que penses-tu de cette technique ? » lui demanda-t-elle alors qu’il écarquillait les yeux de surprise, et sans attendre de réponse elle lui asséna un magistral coup de tête qui résonna dans toute l’arène (Ember : 2T, 2B, -2PV !). Jandrom, projeté au sol et sonné, resta cette fois totalement silencieux.


Victoire d’Ember.
Revenir en haut Aller en bas
Arcanide Valtek
Hallebardier
Hallebardier
Arcanide Valtek

Nombre de messages : 74
Age : 28
Localisation : Montpellier
Date d'inscription : 19/01/2019

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeSam 11 Jan 2020 - 17:31

Premier groupe : Richter Ketzerfeuer (Ethgri Wyrda) contre Vorlek Dunbalsson (Kaops)

      On annonça les deux combattants suivants et quelques murmures d’inquiétude se répandirent dans l’assemblée. Il fallait dire qu’entre l’air austère du prêtre de Gazul et le regard furieux du répurgateur impérial, bien peu osèrent ne serait-ce que lever le ton lors de leurs entrées respectives.

      Ce fut donc dans un silence tendu que l’on sonna le début du duel. Et ce duel, d’après Richter, était au nom de Sigmar. Filant à nouveau après avoir englouti une gorgée de son bon vieux liquide béni, ses moustaches sifflèrent dans le vent et ses coups se firent impitoyables (Richter : 5T 3B dont 2 CF, 3PV ! Vorlek passe à 2A). Complètement sonné par cet assaut furieux, Vorlek ne put que reculer en grognant (Vorlek : 0T)

      Le prêtre de Gazul fut fidèle à sa réputation et, quelque peu à la surprise de Richter, le nain resta relativement droit malgré ses blessures, anciennes comme nouvelles. On ne survivait pas dans un métier tel que le sien sans savoir encaisser quelques coups.

      Toisant ainsi son adversaire, Vorlek se remit proprement en garde, gardant bien pour un juron de douleur. Richter, lui, se contenta d’un rire narquoi avant de se fendre d’une botte plus simple, relançant ainsi le duel.

      « Ah ! Je vois que votre foi vous confère une grande résistance, confrère ecclésiaste. Vous auriez fait un bon templier… (Richter : 2T 0B)
— J’ai déjà ma voie », se contenta de répondre Vorlek en parant le coup de sa hache. (Vorlek : 1T 0B)

      Après avoir affiché une légère moue de déception, Richter prépara un nouvel estoc.

      « Si Sigmar ne vous as pas atteint, alors il en revient à ma main d’en faire autant ! » (Richter : 2T 1B, BM : 2PV !)

      Déjà affaibli par sa défaite précédente et ayant encaissé bien plus qu’il n’aurait dû, Vorlek prit ce dernier coup en serrant les dents et mit un genou à terre pour signaler l’arrêt des hostilités.

Victoire de Richter




Deuxième Groupe : Gorim Grandmarteau (Oleg Von Raukov) VS Hrorgosak Gorikson (Doobloom)

      Après la défaite du vénérable prêtre de Gazul face à “l’énergumène umgi”, les nains accueillirent chaleureusement les deux combattants : le vainqueur du combat ne pouvait qu’être nain, et c’était déjà très bien !

      Si Gorim se plaisait à écouter ses congénères scander son nom, et celui de son clan, c’était moins le cas de Hrorgosak. Le vieux longue-barbe était venu précisément au tournoi pour rabattre le caquet aux jeunes (et moins jeunes) nains impertinents, et il tenait devant lui un spécimen de taille. Ses ancêtres lui soient témoins, il allait avoir besoin de toute sa force pour lui donner la leçon qu’il méritait ! D’un grognement, il renvoya à Gorim son salut, et s’élança sans plus attendre dans la mêlée, la hache levée.

      Hrorgosak esquiva sans aucune peine le coup de son plus jeune adversaire, mais à sa grande surprise, sa propre attaque fut parée, et son revers pourtant énergique ne fit que glisser sur le casque de Gorim, en arrachant une énième fois l’aile droite. (Gorim : 1T, annulée ! Hrorgosak : 2T 1B 1Invu) Pire encore, le grand marteau runique finit par cueillir son arme antique, et dans un feu rouge, la consuma tant et si bien qu’il dut la lâcher. (Gorim : 3T, arme magique détruite, 0B)

      “Peuh ! Voilà qui ne m’empêchera pas de d’inculquer la leçon qui te mérite, jeunot !” ne put s’empêcher d’éructer le vieux longue-barbe, avant d’administrer un crochet du gauche.

      Le gantelet de plaques d’acier s’écrasa sur le visage du “jeune” thane, envoyant des étoiles danser devant ses yeux. Il recula en titubant : le vieux avait encore du répondant ! (Hrorgosak : 3T, 1B, 1PV !)

      Le ‘vieux’ justement en profita pour ramasser sa hache, quoique sa poigne meurtrie par les flammes ne put s’en saisir aussi fermement. Cela ne l’empêcha pas de lancer un énième assaut impitoyable qui, non content de faire perdre pied à Gorim, empêcha également ce dernier de riposter pleinement.
(Gorim : 0T, Hrorgosak : 2T, 1B, 1PV !)

      Le thane du clan Grandmarteau para alors une série d’attaques tant bien que mal, ne pouvant que s’étonner (quand il ne devait pas se concentrer à ne pas se faire hacher menu) de la hargne que lui vouait son adversaire. Pendant un long moment, Hrorgosak fit pleuvoir l’acier sur son adversaire, sans que ce dernier ne puisse trouver de répit pour riposter. (Gorim : 1T 0B ; Hrorgosak : 1T 0B ; Gorim : 1T 1B 1Svg ; Hrorgosak : 1T 0B ; Gorim : 2T 1B 1Svg ; Hrorgosak : 2T 0B)

      “Vénérable ancien ! put finalement par s’écrier Gorim. Que me vaut cette haine que vous semblez me porter ? Mon clan n’a pas de rancune chez votre famille, que je me souvienne des annales…”

      Il tenta de pousser ses propos avec une frappe bien placée, sans effet. (Gorim : 1T 0B ; Hrorgosak : 1T 0B)

      “Pas question de rancune. Question d’idiotie. Du respect des ancêtres, de l’honneur des clans ! J’ai entendu ce qu’il était advenu du vôtre pendant ces dernières années…”

      Le thane marqua un temps d’arrêt face au longue-barbe. Que lui avait-on dit du voyage ? Mais il dut se recentrer sur le duel : Hrorgosak n’attendait pas qu’il se remette de sa surprise, et il dut parer à la dernière minute un coup qui aurait pu lui briser sans mal les os de l’épaule. (Gorim : 1T 0B ; Hrorgosak : 2T 0B) Gorim recula, mais le vieux longue-barbe était sur ses talons, ne lui laissant aucun répit.

      “Vous vous êtes fait rouler par les humains, et la première chose que vous faites en revenant dans votre antique forteresse, au lieu de restaurer la tache faite à l’honneur de vos ancêtres, vous vous lancez dans ce pathétique tournois de fiers-à-bras ! Honte, honte !”

      L’assaut d’acier de l’ancien ne permettait à Gorim ni d’attaquer, ni de répliquer. (Gorim : 1T 0B ; Hrorgosak : 2T 0B)

      “Gorim Grundreugi, vous êtes un wazzock ! Un wazzock doublé d’un wattock !

[Nd“T” : Wattok : Un nain qui a échangé de l’or contre quelque chose dont la valeur est inférieure ou sans valeur ; un nain naïf ; insulte. Wazzok : Un prospecteur nain infructueux ; un nain miteux ; insulte.]

      Les moustaches de Gorim ne purent que friser sous les insultes que venaient de lui lancer Hrorgosak. Son souffle se figea. La colère monta alors soudainement en lui. Vénérable ancien ou non, on n’insultait pas ainsi le Thane du Clan Grandmarteau !

      “JE. NE. SUIS. PAS. UN WAZZOK !” cria-t-il, oubliant toute défense et tout raison, il envoya un coup terrible à son adversaire, et tout autre qu’un nain en armure aurait surement volé sous l’impact. Il sentit l’acier du longue barbe le mordre en retour dans une riposte hargneuse, mais il n’avait pas conscience de la douleur dans l’instant. (Gorim : 2T 1B 1PV ! Hrorgosak : 1T 1B 1PV ! Gorim passe à 2A.)

      “Encore moins un wattok !” ajouta-t-il dans un second assaut. (Gorim : 1T 1B 1PV !)

      Il allait faire suivre un troisième coup hargneux, mais Hrorgosak fit un pas de côté et lui envoya son poing gauche dans l’estomac, lui coupant le souffle même à travers sa cotte de maille. (Hrorgosak : 2T 1B 1PV ! Gorim passe à 1A)

      “Ces duels de pacotille n’en sont aucune preuve. Faux combats, faux guerriers, faux honneur.
— Je suis un vrai guerrier ! Je suis un chef des GRANDMARTEAU, pas un vulgaire nain à traiter comme un wanaz !”

[Wanaz : Un nain peu recommandable à la barbe mal entretenue ; insulte.]

      Pour appuyer sa réplique, Gorim tenta de reprendre l’avantage... mais sans effet. Il était encore sous le choc du coup terrible que lui avait infligé le longue-barbe. Au moins, ce dernier ne réussit correctement à riposter avant qu’il ne puisse tenter un second assaut… (Gorim : 1T 0B ; Hrorgosak : 1T 0B)

      … que Hrogosak esquiva de nouveau sans efforts. Du coin de l’oeil, Gorim eut tout juste le temps de voir le pommeau de la hache du longue barbe s’abattre sur lui avant qu’une grande douleur n’éclate à l’arrière de son crâne, le faisait tomber à terre. (Gorim : 1T 0B ; Hrorgosak : 1T 1B 1PV !)

      “Ce sont les ancêtres qui jugent de cela.” retentit la voix de Hrorgosak dans son crâne douloureux. “Et là, maintenant, dans cette arène, l’ancêtre, c’est moi.”

Victoire de Hrorgosak.
Revenir en haut Aller en bas
Arcanide Valtek
Hallebardier
Hallebardier
Arcanide Valtek

Nombre de messages : 74
Age : 28
Localisation : Montpellier
Date d'inscription : 19/01/2019

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeLun 13 Jan 2020 - 0:44

Premier groupe : Jean Coteas des Entommeures (MagnanXXIII) contre Hrafni Hrotgarsson (Gromdal)

   Faire comprendre à l’ancêtre nain qu’il devait retourner dans l’arène alors qu’il avait combattu précédemment fut bien plus difficile que prévu. En effet, le vieux nain argumentait qu’il avait déjà effectué son activité journalière. Il demandait donc avec véhémence à ce qu’on ne l’ennuie plus avec ces idioties umgak.

   Il fallut un ordre direct du roi Thuringar, qui faisait preuve d’une patience exemplaire, pour que le maître des runes daigne se décoller de son siège, mais ce ne fut pas sans moultes grommellements.

   Jean Coteas, lui, attendait droit comme un i dans l’arène depuis quelques minutes déjà. Récitant une courte litanie envers son dieu guerrier, il s’arrêta au moment où Hrafni fut en place face à lui.

   Les cors retentirent et le combat commença comme bien souvent avec ces deux participants. D’un côté, Coteas chargeant avec toute la fougue d’un sigmarite et de l’autre Hrafni qui ne bougeait pas d’un poil. Certains spectateurs le trouvèrent même un peu trop inanimé en fait.

   Mais cela ne gêna pas Coteas qui avait déjà vu le maître des runes à l’œuvre. Le nain avait beau être lent, il pouvait causer des dégâts terribles d’un seul coup ravageur. Alors autant ne pas lui laisser cette opportunité. Arrivant au contact et voyant que son adversaire n’avait pas plus bougé (Hrafni : 0T), Coteas envoya son marteau sur le bras armé du maître des runes avec une subtilité, elle aussi, sigmarite (Jean Coteas : 3T 3B 1Invu, -2PV !). Il y eu comme un grand craquement, le genre que fait la roche quand elle se brise, et Hrafni ouvrit les yeux.

   Maintenant réveillé de sa sieste à moitié improvisé, le maître des runes remarqua que son bras droit le picotait un peu. Et qu’un grand chauve se tenait non loin avec un marteau de guerre et une prière aux lèvres.

   « Ah, flûte, oui, l’duel… » marmonna-t-il alors avant de lever son marteau sans ménagement.

   Néanmoins, les articulations de Hrafni semblaient quelque peu grippées et son coup se fit lent. Trop lent même car Coteas parvint à le bloquer avec la hampe de son marteau (Hrafni : 1T 1B 1Invu) avant de contre-attaquer avec un crochet qui envoya la tête de son arme se fracasser sur l’épaule droite du nain (Jean Coteas : 1T 1B, -1PV ! Hrafni passe à 2A)

   On entendit un « Hey ! Mon outil d’travail ! » virulent provenant de Hrafni qui sembla enfin comprendre qu’il était dans une situation peu enviable. Souhaitant garder son bras en état, l’ancêtre finit par prendre une position de combat acceptable et envoya son marteau sur le flanc du prêtre-guerrier (Hrafni : 1T 1B, BM : -2PV !). N’ayant réussi qu’à partiellement bloquer la simili-détonation de cet impact, Coteas perdit son équilibre et se retrouva à reculer de quelques pas (Jean Coteas : 0T).

   « J’vais t’apprendre les manières moi ! » éructa un Hrafni quelque peu secoué qui chargea en agitant son marteau en tout sens, mais jamais vraiment dans le bon (Hrafni : 0T).

   Le prêtre-guerrier vit cela et, profitant de l’amateurisme guerrier de l’ancêtre, Coteas profita allègrement de l’occasion pour envoyer le bout de la hampe de son propre marteau sur le front du vieux nain (Jean Coteas : 1T 1B, -1PV ! Hrafni passe à 1A). Le poc sonore qui s’ensuivit fit grincer des dents quelques nains dans l’assemblée, mais c’était ainsi qu’un tournoi devait se dérouler. Ce fut donc avec une certaine amertume que nombre d’entres eux lâchèrent leurs haches – qu’ils avaient agrippés par réflexe – avant de croiser les bras.

   Sonné pendant l’espace d’un instant, Hrafni s’ébroua sans bien comprendre ce qui lui était arrivé. Il lui semblait voir les étincelles de sa forge devant lui, mais pourtant il ne s’était pas trompé de couloir aujourd’hui… (Hrafni : 0T) Le prêtre-guerrier voulut profiter de l’instant d’hésitation de Hrafni, mais son coup fut bien faible et ne fit que rebondir sèchement contre la peau du nain hagard (Jean Coteas : 1T 1B 1Invu). Cet impact eu l’effet de ramener Hrafni à la raison et avec un « Wazzock » tellement grave qu’on aurait cru entendre « Wzgrk », il envoya son arme de destruction massive vers son adversaire… Pour être accueilli par une lumière aveuglante et un son strident (Hrafni : 1T 1B 1Invu). Trop surpris lui-même par cette bénédiction divine surprise, Jean Coteas ne parvint pas à répliquer (Jean Coteas : 0T).

   Sentant que cet umgi qui brille lui tapait sur le système, Hrafni retenta son coup (Hrafni : 1T 0B), mais ses pauvres yeux peu habitués à la lumière en avait pris un coup avec cet effet son et lumière. Une nouvelle litanie remerciant Sigmar aux lèvres (la psaume 121 pour être exact), Coteas retenta un assaut plus poussé par la foi que la raison (Jean Coteas : 2T 1B 1 Invu) et n’eut pas beaucoup d’effet.

   Après s’être pris un énième coup plus énervant qu’autre chose, Hrafni était presque hors de lui – on pouvait le remarquer à l’ajout d’une ride supplémentaire sur son front – et il poussa son assaut (Hrafni : 1T 1B 1Invu). Mais cette fois encore, une intervention divine vint ajouter son grain de sel à l’évènement et le marteau runique fut repoussé avec encore plus d’aplomb.

   Galvanisé par tant d’attention de la part de Sigmar, Jean Coteas fut comme transporté de joie et avec le dernier ver de sa litanie, l’homme de foi envoya et toucha (Jean Coteas : 2T 2B 1 Invu, -1PV !)

   Hrafni eu mouvement de recul. Grommela quelque chose d’incompréhensible. Eu l’air un peu surpris. Puis tomba en arrière comme une stèle renversée    .


Victoire de Jean Coteas des Entommeures !




Deuxième groupe : Ember Kikraksniz (vg11k) VS Erhard Mikaelson (Arcanide Valtek)

   Les deux derniers adversaires de la journée ne furent pas aussi récalcitrants à venir que ne l’avait été Hrafni. Ember, forte de sa victoire précédente, avait hâte de revenir dans l’arène, et elle salua son oncle d’un revers de la main en passant devant lui. De son côté, Erhard s’avança vers le milieu sans prononcer le moindre mot, se contentant d’observer l’autre compétiteur. Si sa sœur disait vrai, alors c’était une femme, mais cela lui importait en réalité peu. Nain ou naine, il comptait l’écraser. En hauteur, dans la loge royale, Johannes observait son frère avec intérêt et crainte. Si cet empoté d’Erhard faisait n’importe-quoi, ça pourrait créer un incident diplomatique. Comme si on avait besoin de ça…

   « Alors, umgi, tu crois que tu vas pouvoir me passer dessus comme pour les autres ? Je n’ai pas l’intention de te laisser un undgrin jusqu’à la finale ! » Ember était remontée à bloc, et à cela Erhard n’accorda pas d’autre réponse qu’un regard inexpressif, qui à défaut d’autre chose énerva encore plus son adversaire.

   Le coup d’envoi fut lancé, et Ember activa immédiatement son médaillon. Le jet de flammes qui s’ensuivit fut cependant brillamment esquivé par Erhard (Souffle d'Ember : 6T, 1T annulée, 2B, 2 Svg !), qui pourtant ne vit pas la naine lui foncer dessus à toute vitesse. L’impact de l’épaule d’Ember dans son flanc l’envoya rouler à terre, mais il se releva d’un bond, les sourcils froncés (Touche d'impact : 1B, -1PV !).

   « Tu te décides à te battre ou tu préfères te prendre pour un balais ? » Ember était décidée à montrer à cet arrogant umgi de quel bois elle se chauffait, et brandissant sa hache contre les deux épées de son adversaire, elle parvint à l’atteindre sévèrement à la tête, ne sentant presque pas l’épée d’Erhard pénétrer entre deux plaques d’armure et lui entailler le bras (Erhard : 2T, 1B, -1PV !, Ember : 3T, 2B, -2PV ! Erhard perd une attaque).

   Erhard recula d’un bond. Cette naine (car à sa voix, il était maintenant certain que c’en était une qui se donnait des airs masculins) lui donnait plus de fil à retordre que prévu, surtout à cause de sa hache enflammée. Cette arme à elle seule l’empêchait de profiter pleinement de ses capacités de régénération. Qu’à cela ne tienne, il suffisait de l’empêcher de frapper. Alors qu’Ember le chargeait à nouveau, en criant une énième provocation, il se faufila tel un serpent et la frappa très durement à son bras d’arme (Erhard : 3T, 3B, -3PV ! Ember perd deux attaques), n’empêchant cependant pas le coup d’Ember de l’atteindre au bras gauche (Ember : 1T, 1B, -1PV !), le forçant à lâcher sa deuxième épée (Erhard perd une deuxième attaque).

   « Satané umgi ! » Grogna la naine, « tu crois que tu vas me mettre à terre...juste comme ça ?

   - Je n’en espérais pas tant. Par contre, tu peux me dire comment fermer ton clapet ?

   - Des générations entières de ma famille ont échoué dans cette tâche, umgi !»

   Erhard se rendit compte qu’il était plus endommagé qu’il ne l’avait prévu quand son attaque suivante, qui prit pourtant Ember par surprise, ne firent qu’un ‘ping’ métallique sur son armure (Erhard : 2T, 0B). Cependant, son plan de briser la capacité offensive d’Ember avait manifestement porté ses fruits, car la propre attaque de la naine était maladroite (Ember : 0T). Erhard en profita pour reculer et prendre un peu de répit (Erhard : 0T), poursuivi par une Ember essoufflée qui tenait à peine debout (Ember : 1T, 0B).

   « Reviens…ici…wazzok… » Dit-elle, étouffant un petit rire lorsqu’une autre attaque faiblarde d’Erhard échoua à la mettre à terre (Erhard : 1T, 0B) mais sans pouvoir faire autre-chose que faire quelques moulinets inutiles de son arme. Elle l’avait mise dans la main gauche, son bras droit étant trop endommagé, mais manifestement elle n’était pas vraiment aussi habile de cette main (Ember : 0T).

   Et puis zut, se dit Erhard. Si je ne peux la mettre à terre, autant faire autrement. Cessant de reculer, il se lança dans une passe d’arme compliquée, qui prit Ember par surprise et lui fit lâcher son arme qui atterrit trois mètres plus loin dans un ‘cling’ métallique. Désarmée, Ember leva les mains en signe de défaite (Erhard : 1T, 1B, -1PV !).

   « Je vois » fit Erhard d’un air satisfait. « Pour te faire taire, il suffisait de te battre. Mais c’était peut-être trop difficile à trouver pour les fameuses générations de ta famille. »


Victoire d’Erhard Mikaelson.
Revenir en haut Aller en bas
Gromdal
Epéiste
Epéiste
Gromdal

Nombre de messages : 83
Age : 23
Localisation : La Taverne de la Non-Vie, la plupart du temps.
Date d'inscription : 10/06/2017

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeMar 14 Jan 2020 - 2:08

* * *


        Dans une petite pièce sombre, éclairée par quelques braseros, le Conseil de Karak Azgaraz était en émule, devant le roi Thuringar en armure rutilante, épaulé par Heimar, le chef de sa garde de Marteliers. Seul le cercle restreint des anciens était là, les plus proches conseillers du roi, les maîtres de Guildes, ainsi que grands prêtres - et la grande prêtresse bien évidemment. Cette dernière justement, Brunna Karinkro, “Écu de Corbin”, frappait du poing sur la large table de pierre polie, faisant cliqueter sa cotte maille plates cuivrée.

        “Valaya ne tolérerait pas l’engeance grobi, et moi non plus ! Si le rapport fait au roi dit vrai, alors la guerre appelle !”

        Derrière elle le Maître Mineur Gurniksson acquiesçait d’un air grave.

        “Je ne peux pas parler pour ce que les rangers racontent de la surface, mais pour ce qui est des souterrains… Les patrouilles qui me sont revenues sont formelles : les grottes sous le Valazgrindukal en sont infestées comme jamais depuis cinq décennies, et il ne leur faudra plus longtemps pour espérer prendre d’assaut les girtal et les ekrundal qui mènent jusqu’aux niveaux inférieurs…
        — Pour cette fois comme pour toutes, je suivrai notre roi !” s’écria sans plus attendre Hokar, Grand Prêtre de Grungni de sa voix forte, les bibelots de sa barbe flamboyante oscillants à chaque mouvement de sa mâchoire. “Nous devons couper le mal à sa racine, et les éradiquer avant qu’ils ne se soient organisés : il s’agit de frapper vite, et fort, comme la pioche de Grungni !”

        Des murmures d’approbation se mirent à se répandre dans la salle et monter jusqu’aux oreilles du roi Thuringar, qui se tourna pour faire face au trio qu’il redoutait, ceux qui s’opposaient si régulièrement à ses décisions “trop impétueuses, irréfléchies” quant à l’extension du Karak sur les terres des maudits peaux-vertes. Mais cette fois, les airs graves du vénérable Seigneur des Runes Undgrim Durazdron, du Maître du Savoir Hakinsson et du Maître des Clefs Siggir se passait presque de leurs approbations silencieuses de la tête. Siggir avait déjà ouvert le lourd registre des dépenses du Karak, prêt à y ajouter le nouveau chapitre qui compilerait ce que l’assaut allait coûter.

        “Il faut faire ce que nous avons à faire… Et même nous devons reconnaître qu’il n’y a rarement eu mieux que vous pour bouter les peaux-vertes hors de nos terres ces quelques dernières années.” s’expliqua la voix étonnamment douce du Rhunriki - selon les critères nains. Le roi Thuringar se demanda presque s’il devait faire consigner cette phrase pour la ressortir dès qu’ils le critiqueraient à nouveau, ce qui ne devrait pas attendre plus de quelques minutes après la future défaite des grobi. Mais ce serait sans doute inutile, pensa-t-il, car l’ancêtre grommellerait sans doute quelque explication fumeuse pour se tirer d’affaire, s’il avait appris quelque chose pendant ses cinq décennies de règne, c’était bien ça.

        “Bien !” la voix du Maître Ingénieur Volund, rauque d’avoir inhalé tant de fumées de machines étranges, coupa le roi de ses pensées. “Je vais aller prévenir la Guilde : l’arsenal sera prêt à sortir des hangars dans moins d’une heure, parole d’Endrinkuli !” Et, pour appuyer ses propos, il abattit sa main en bronze - prothèse qu’il portait depuis qu’il avait perdu sa main et une partie de son visage dans une explosion - sur la table, à l’en faire trembler.

        “Le sang des grobi va couler !” s’écriait déjà la Grande Prêtresse de Valaya, avec une véhémence qui ne cesserait jamais d’étonner le roi - comment avait-elle pu finir Grande Prêtresse sans posséder le calme qu’elles incarnaient de façon générale ? Le mystère restait depuis toujours entier.

        Soudain, un mouvement dans le recoin sombre de la salle à côté du roi les fit tous se retourner, et une voix imposa tout de suite le silence.

        “Chers compagnons, il ne s’agit pas d’être trop rapides à prendre les décisions.” La forme ronde de la Grande Matriarche s’avança dans la lumière. Comme à son habitude, ses yeux étaient mi-clos, mais chacun sentait sur lui un regard qui pesait plus lourd que la pierre qui les séparait de la surface.

        “Avec tout le respect que je vous dois, ma dame, s’avança le capitaine des marteliers d’une voix presque timide - offrant la vision plutôt incongrue de son corps pourtant plus qu’imposant tentant de se ratatiner autant que possible -, mais ce ne sera ni la première ni la dernière fois que nous nous occupons des peaux-vertes sur et sous la forter…
        — Notre vénérée matriarche dit vrai, le coupa le Grand Prêtre de Grungni. Nous avons les umgi à la surface.”

        Halkinsson, le Maître du Savoir, secoua la tête d’un air sombre : “Je savais que ce kruti de tournoi était une mauvaise idée…”
        Le roi résista à l’envie de se masser les tempes. Et voilà que les réprimandes recommenç-
        “Mais, continua Halkinsson, il faut reconnaître que depuis l’alliance de Sigmar, nains et humains ont de tous temps alliés dans le combat contre les grobi… souvent avec succès plus que dans l’échec.
        — … Et tous les humains, ou presque, sont venus avec leurs armes et armures dans la perspective de participer au tournoi, surenchérit le Maître Mineur.
        — … oui, j’imagine que ça pourrait marcher…” murmura le Seigneur des Runes.

        Devant la réplique venant de la part du pire adversaire à toutes ses campagnes contre les grobi, et toutes ses décisions en général, Thuringar ne put qu’ouvrir des yeux grands comme des soucoupes.

        “Hum… pas que nous ayons vraiment le choix bien entendu.” s’empressa d’ajouter l’Ancien avant de se détourner en toussotant.

        La grande prêtresse Brunna se leva sans plus attendre, aussitôt imitée par son confrère le prêtre de Grungni.

        “Faites donner l’ordre de rassembler les gardes, mon roi, et j’irai rallier les umgi !
        — Nous allons rappeler aux humains l’alliance qu’ils ont scellée avec notre peuple ! l’appuya son confrère.
        — Hum, tenta de s’interposer le vieux Siggir, je ne sais pas si vous montrer aux humains est une bonne id…
        — Valaya protège ses enfants contre les peaux-vertes et tous ceux qui s’opposent au Karaz Ankor, vénérable ancien. Voulez-vous vous dresser contre sa volonté ?”

        Le regard de la grande prêtresse transperça littéralement le Maître des Clefs, qui se mit subitement à contempler avec une grande concentration les rainures marbrées de la table devant lui : en guise de réponse, il murmura un faible non. Thuringar ne put s’empêcher de sourire face au spectacle. De mémoire de nain, on avait toujours connu ainsi les filles de la lignée du vieux Kildrak et de ses pairs. Il se tourna alors vers le capitaine de sa garde :

        “Heimar, tu accompagneras le Grand Prêtre et la Grande Prêtresse jusqu’en surface. Quand ils en auront fini avec les umgi, tu leur laisseras la moitié de la Garde, et tu viendras me rejoindre ici même. J’ai à deviser avec le Maître Mineur. Quand le Maître Ingénieur Gurniksson sera prêt, nous descendront dans les niveaux inférieurs avec les mineurs ainsi que la Garde des clan Grimnaz, Rhynbryn et Kladtromm. Il va falloir réunir les Brise-Fer.”

        Entendant son nom, le chef de la guilde des Ingénieurs acquiesça de la tête et se leva, avant de quitter la salle d’un pas énergique : il allait avoir à faire. De derrière la porte, tous l’entendirent beugler ses ordres à ses assistants qui l’avaient attendu. Le Seigneur des Runes Undgrim se leva à son tour :

        “Je vais réveiller les anciens artefact de pouvoir.” dit-il simplement, et ce fut Thuringar qui hocha la tête.

        Bientôt, tous les membres du conseil furent sur leurs pieds : tous avaient répétés ces gestes d’innombrables fois, et dans des circonstances bien plus sinistres pour certains. Ils savaient ce qu’ils avaient à faire. Le Capitaine des Marteliers échangea un regard avec son roi avant que son visage se disparaisse sous son heaume élaboré. Thuringar chercha de la main son propre casque, mais fut interrompu par Gurniksson. D’une voix basse, le Maître Mineur s’adressa à lui :

        “Pour ce qui est des grobi dans les souterrains, je crois que j’ai un plan… mais il serait peut-être un peu audacieux, et quelques menus détails ne dépendent pas de moi…”

        Autant de mots qui attiraient l’attention de l’impétueux souverain.

        “Les faits, Gurniksson, venez-en aux faits.
        — Eh bien, le principal réseau de cavernes dans lesquels se terrent les grobi sont situés sous un sur-réseau de grottes encore plus imposantes, inhabité depuis un bon moment déjà…” D’un geste de la main, il indiqua au roi impatient qu’il n’avait pas à l’interrompre : “Ce que ça signifie, c’est qu’on pourrait faire s’écrouler le plafond sur les peaux vertes, si on arrive à les attirer à l’entrée de leurs grottes et de les contenir là, le tout sans risquer de … hem, trop abîmer les structures environnantes de la montagne elle-même, et par extension nos propres mines. Il y aura quelques sacrifices à faire à ce niveau, mais rien de très irréparable avec un peu de temps.
        — Je n’ai que faire de quelques réseaux de mines annexes, Gurniksson, pas si on peut éviter d’envoyer bien des nôtres trop tôt dans les halls de leurs ancêtres. Qu’est-ce que vous voulez, des explosifs ? Que des ingénieurs visent des colonnes de la grotte pendant la bataille ? Dites moi donc !
        — Non, ça serait un peu difficile à mettre en place pendant la bataille, ou du moins peut-être n’en avons nous pas besoin. Si j’ai bien lu l’un des rapports d’une expédition de ces derniers jours dans les souterrains, j’aurais juste besoin du… du vieux et de son marteau.”

        Le roi plissa des yeux. Il y avait de la suite dans les idées du vieux mineur… Il interpella un martelier pour lui transmettre l’ardue mission. Avec un peu de chance, l’intéressé serait réveillé avant que la Guilde des Ingénieurs n’ait fini ses préparations.



* * *



        Les festivités du soir qui commençaient tout juste dans le Grand Vent furent brusquement arrêtées par une grande clameur. Attiré par le bruit, les impériaux finirent tous par se retrouver sur la grande place au centre du val du Grand Vent. Là, entourée d’une garde naine en armure rutilante et arborant d’imposants marteaux, elle-même dans une armure en cotte de maille plates teintée de cuivre, une naine se dressait sur le piédestal central et brandissait bien haut une hache runique dont la lumière se répandait en un halo au-dessus d’elle. À ses côtés se tenait un nain en robes grises arborant le symbole d’une pioche argentée, un air tout aussi féroce sur le visage renforcé par sa barbe d’un roux flamboyant.

        “Humains ! Héritiers de Sigmar ! Les nains sont sur le pied de guerre ! Une horde de peaux-vertes a été débusqués dans un campement récemment installé à une demi-journée de marche de la forteresse, et les Dieux Ancestraux ne peuvent permettre un tel affront ! Le Throng répond à cet appel et est sur le pied de guerre pour purifier ces montagnes qui sont les nôtres de la souillure de ces immondes créatures ! Et vous, hommes et femmes de l’Empire, que faites vous des grobi ? Vous souvenez vous de l’alliance qu’a forgé votre premier Empereur, votre ultime souverain, votre dieu - Sigmar - avec le souverain du Karaz Ankor ? Que dites vous de cette fratrie scellée dans le sang même de nos ancêtres et de ces bêtes qui en ce moment même, foulent à nouveau ce sol, à quelques lieues de là ? Allez vous prendre ces armes que vous avez amenées avec vous pour ce tournoi. Allez vous nous montrer ce que l’Empire vaut lorsqu’au delà des duels, lorsqu’il doit faire couler le sang avec et pour ses alliés les plus anciens ? Le sang appelle le sang, et moi, Brunna, Grande Prêtresse de notre ancestrale déesse Valaya, je vous appelle, et avec moi les ancêtres qui ont vu naître notre lien forgé dans le sang, pour vous veniez verser celui des peaux-vertes, aujourd’hui, ici et maintenant, au le nom de cette alliance que nous célébrons, par et pour cette même célébration ! Hommes de l’Empire ! Valeureux alliés, fidèles aides, compagnons d’armes ! Les nains de Karak Azgaraz peuvent-ils compter sur votre aide ?”

        Il y eut un moment de silence pendant lequel la Grande Prêtresse tourna lentement la tête de droite à gauche, balayant l’assemblée de son regard d’acier, incandescent et inflexible.
        Quelque part à l’arrière de cette dite assemblée, un certain Gunther Hindelschtrossheblunter, à l’origine meneur des envoyés d’Ubersreik et, par extension, celui à qui répondaient presque tous les impériaux venus à Karak Azgaraz, murmura un “elle ne va pas faire ça, quand même ?” absolument incrédule. Si quelqu’un osait réagir, s’en était fini de son contrôle de la situation… Son coeur allait le lâcher, il le sentait…

        Soudain un cri déchira le silence :

        “NON !”




        “NON, PAR SIGMAR, L’EMPIRE N’A PAS OUBLIÉ LA PREMIÈRE ALLIANCE DE SON PEUPLE !”






        Avant même qu’Hindelschtrossheblunter ne puisse se demander si c’était bien la voix de Jean Coteas des Entommeures qui s’était ainsi élevée, toutes ses pensées furent absolument balayée par la clameur qui s’empara de toute l’assemblée dont les poings se levèrent les uns après les autres !

        “POUR L’EMPIRE !
        — POUR L’ALLIANCE !
        — POUR KARAK AZGARAZ !”

        En plus de perdre le contrôle de la situation, le vieux dignitaire impériale perdit également ses moyens, et s’évanouit.



* * *

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 2020_010
Revenir en haut Aller en bas
Gromdal
Epéiste
Epéiste
Gromdal

Nombre de messages : 83
Age : 23
Localisation : La Taverne de la Non-Vie, la plupart du temps.
Date d'inscription : 10/06/2017

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeJeu 16 Jan 2020 - 2:11

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 2020_011

        La petite cité provisoire dans la vallée du Grand Vent au pied de Karak Azgaraz était, le moins qu’on puisse dire, en émules. Nains comme humains couraient çà et là, casques sous les bras et armes à la ceinture, leurs cris se mélangeant aux cliquetis de leurs armures. À la place des étals où les brasseurs faisaient goûter aux impériaux leurs alcools, on avait installé aussi rapidement et efficacement que possible des ateliers de forge de fortune, où une poignée d’armuriers nains s’efforçaient de donner un dernier coup d’huile, de meule ou de marteau à l’équipement de leurs alliés qui en avaient besoin. Autour de l’atelier de leur propre forgeron, les membres du clan de Jandrom s’affairaient, aiguisaient le tranchant de leurs haches et resserraient les lanières de cuir de leurs manches. Le maître chanteur avait été clair : les prochaines voix qu’ils feraient retentir viendraient du chant de leurs armes et des cris des grobi !

        Plus loin, de même que les étals, les grands halls à boire de la place centrale avaient été réquisitionnés pour le recensement des guerriers volontaire, et l’organisation de ces derniers. À ce propos, dans une succursale du premier hall, une réunion entre les différents commandants, dirigeants et autres représentants des impériaux s’était mise en place avec Heimar, capitaine des marteliers, ainsi que les deux grands-prêtres Brunna et Hokar, épaulés par quelques thanes des clans de sortie.

        Parmi eux, les deux plus éminents étaient Jean Coteas et Johannes Mikaelsson. L’archidiacre faisait figure d’éminence : s’il n’était pas explicitement commandant ni général militaire, c’était autour de lui que se rassemblaient toutes les bannières, et ses épaules avaient tout pour en porter la responsabilité. De son côté, le frère d’Erhard avait acquis auprès des nains, au fur et à mesure du tournoi, la reconnaissance suffisante pour que ce soit vers lui que se tournent les dawi pour s’adresser officiellement aux impériaux. En outre, avec son coup d’éclat héroïque du tournoi d’Ubersreik, les détachements venus de la cité impériale l’avaient hissé en tant que commandant plus effectif qu’officiel. Et Johannes n’avait rien fait pour empêcher cela, bien au contraire.

        Au milieu de tous ces ‘grands’ personnages, Ember attendait patiemment sur un côté avec les gardes nains présents, s’étant discrètement immiscée dans l’endroit, et elle rongeait son frein en trépignant, s’efforçant d'être attentive. Le fameux Johannes notamment débattait avec un calme effarant, contrastant avec l'engouement du prêtre chauve participant également à la compétition et ayant répondu à l'appel de la haute prêtresse. Johannes qui, Ember l’apprenait, était de la famille d'Erhard, ce fichu bretteur ayant eut raison d'elle un peu plus tôt. S'il se révélait lui aussi être une fine lame, les peaux-vertes n'auraient qu'à bien se tenir !

        Ce n'est qu'après une attente qui lui sembla durer une éternité que les intéressés approuvèrent mutuellement la démarche à suivre. Ils quittèrent uns à uns la bâtisse, Brunna, Ember et un dernier umgi lui tenant la jaquette s'attardant quelques échanges de plus avant de laisser enfin les deux naines. Lorsque, finalement, Brunna posa le regard sur elle, Ember s'avança en s'éclaircissant la voix.

        “Ahem.  Grande-prêtresse, la salua Ember en inclinant la tête et s'efforçant de ne pas s'emballer. Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontrées. Je suis Ember Kildraksniz  du clan Zharrgrungon.”

        La grande prêtresse ne l’écoutait visiblement que d’une oreille, le regard encore fiché sur la carte des opérations étalée sur la table devant elle.

        “Fais vite, guerrier, le temps est compté ici !"
        — Soit. J'irais droit au but. Comment avez vous fait pour vous imposer jusqu'à la Chambre du Conseil après votre coup d'éclat contre les orques il y a de cela plusieurs années ? Celui impliquant les gyrocoptères j'entends…”

        La grande prêtresse leva un sourcil inquisiteur.

        "C'est pour cela que tu viens me déranger avant un assaut contre les peaux-vertes, courte-barbe ? Là n'est pas le temps pour ce genre de commérages ! Donnes moi la vraie raison de ta venue, ou va-t-en.
        — La vrai raison de ma venue, répéta Ember avec une pointe d'ironie. Courte-barbe…”Elle eut un court rictus en détournant le regard, mais rapidement le plongea dans celui de son ainée, sa détermination naturelle reprenant l'ascendant. “J'admire votre réussite, déclara-t-elle avec simplicité. Votre succès. Comment vous êtes parvenue à vous imposer.”

        Elle eut une seconde d'hésitation. Puis, avec un soupir résigné et avant que Brunna ne reprenne la parole, Ember porta la main à la lanière de cuir maintenant son casque en place.

        “Haute-prêtresse, déclara-t-elle en libérant sa cascade de cheveux roux et révélant son visage imberbe. Vous êtes un modèle pour moi. Et marcher dans vos pas n'est pas une tâche facile.
        — Ember ... ?" Les yeux de la Grande Prêtresse s'écarquillèrent de surprise devant la réalisation... avant qu'elle ne se mette à éclater de rire. "Ha, mais oui ! Par mes tresses, j'aurais du m'en douter ! Personne d'autre chez les compères de ce vieux croûlant de cousin qu'est Kildrak n'aurait pu aller aussi loin ! Hahaha, vraiment tu fais très fort ma petite !"

        Les épaules de Brunna tressautèrent encore pendant un petit moment, avant qu'elle ne toussote pour se ressaisir.

        "Sacrée farce... Cet idiot qui me tient lieu cousin est au courant ?"
        — Il l'est, répondit Ember avec soulagement en constatant que Brunna semblait approuver son comportement. En fait il m'a même aidée à me faire passer pour un poil au menton.” Ember esquissa un sourire malicieux avant de poursuivre : “Enfin il m'a aidée... j'ai dû le secouer un petit peu pour le persuader. Mais il l'a bien pris.”

        S'étirant une épaule, elle ajouta encore :

        “La vie d'homme est amusante mais elle n'est pas de toute repos. Mon dernier duel avec Erhard - le frérot de celui qui était là un peu plus tôt ? - m'en a fait baver…”

        Un grand sourire s'étira toutefois d'une oreille à l'autre sur le visage de la naine :

        “J'ai hâte de continuer !”

        Brunna la regarda avec un drôle d’air, mi amusé mi étonné.

        “Kildrak a toujours été trop faible, dit-elle, il était temps qu'il se rende compte qu'il ne pouvait pas te garder en cage toute ta vie... Telles sont les nains du clan Zharrgrungon !" Son sourire disparut l'espace d'un instant. "Mais méfie toi de ceux qui participent au tournoi, notamment les 'Mikaelsson'. Il y a quelque chose d'étrange autour d'eux, je ne saurais pas mettre le doigt dessus, mais ni moi, ni Valaya, ne les apprécions, ça c'est sûr. Évite les pour l'instant, simplement. Pas que l'on ait envie de rester près des humains, de toute manière, hein ?"

        Son sourire retrouvé avec sa dernière réplique, elle l'accompagna d'une bonne claque dans le dos de sa "nièce".

        "Mais tu n'es pas venu voir ta vieille tante pour parler de tes problèmes de famille, si ?"

        Malgré son harnachement, Ember fit un pas en avant, surprise par cette vigoureuse marque d'affection. Elle secoua la tête quelques instants. Que cela faisait du bien de parler à quelqu'un d'autre que son oncle sans avoir à se cacher !

        “Du tout ! Enfin... en partie si : je voulais que toi au moins tu saches qu'il n'y a pas de barbe sous ce casque, répliqua Ember en posant la main sur la tête de sa hache passée à sa ceinture. Parlant de grobi, c'est ce pour quoi je suis là : j'ai bien l'intention de cramer quelques uns de leurs fichus derrières !” Elle pointa du doigt une marque récente sur la carte de la vallée du fort. “J'avais l'intention de me joindre au groupe qui s'embusquera dans ce bosquet, expliqua-t-elle en faisant référence à l'un des plans de batailles conclu plus tôt.”

        Si l'audace dont faisait preuve sa nièce semblait amuser, voire réjouir la grande prêtresse, le visage de cette dernière s'assombrit en voyant l'endroit qu'avait pointé sa nièce sur le plan de la bataille.

        "Hmmm, pour autant que je puisse accepter que tu participes aux combats sans gêne aucune, je n'ai pas trop envie de te jeter dans la gueule du squig non plus. Et cet endroit là est un peu ... sensible. Trop de possibilités de se faire prendre à revers... et qui dépendent trop des umgi à mon goût, même si on ne peut pas faire mieux avec ce qu'on a sous la main. Je m'en voudrais de jouer un pareil tour à Kildrak, surtout si quelque chose t'arrivait, maintenant que je sais que c'est toi qui te cachais derrière ce masque. Cela dit -ne me coupe pas s'il-te-plaît, je n'en ai pas encore fini !- tu pourrais te joindre à moi, combattre à mes côtés. Et pas avec ton déguisement ridicule, sous ton vrai nom."

        Elle s'arrêta un moment avant de reprendre :

        "Ne me regarde pas comme ça, je suis la grande prêtresse ! Et tu es de ma famille, personne ne pourra rien y dire, ils n'en ont pas le temps de toute manière. Ce n'est pas comme si ma garde allait me laisser me lancer, et toi avec, seules dans le danger, ça fait des lustres qu'ils n'ont pas laissé un seul urki m'approcher avant de le découper en petits morceaux, tu resteras en relative sécurité. C'est l'opportunité de montrer ce que tu vaux avec une hache en dehors d'un simple tournoi, et de faire un pas de plus vers la place qui te revient de droit dans le clan, que Kildrak n'aurait jamais dû t'empêcher d'atteindre si tu veux mon avis."

        Réfléchissant rapidement, Ember considéra la proposition de sa tante. Puis elle baissa la tête et lorgna sur la carte, étudiant celle-ci en silence.

        “C'est un grand honneur que tu me fais, répondit-elle finalement. Cependant... je ne veux plus vivre dans l'ombre de notre forteresse ni dans celles des barbus... ni dans celle de qui que ce soit, fut-ce ma chère tantine.

        Elle esquissa un sourire désolé, levant sa hache dont les runes émirent une très légère lueur.

        “Je veux me forger ma propre liberté. Pas me la voir offerte de quelque façon que ce soit. Quitte à passer par ce subterfuge.”

        Regagnant en assurance, elle poursuivit :
        “Lorsque le moment sera propice je révélerai à tous ces va-en-guerre qui veulent nous garder enfermées qu'une 'sniz a fait aussi bien voire mieux qu'un 'son ! Que je n'ai besoin ni de murs ni de protection de leur part !”

        Elle cligna des yeux rapidement, réalisant qu'elle s'emportait de nouveau. Puis coula un nouveau regard vers la carte.
        “Je vais toutefois suivre ton conseil et me trouver un autre groupe pour rôtir du grobi.”

        C'est avec un sourire rayonnant qu'elle se redressa, faisant fièrement face à la Grande-Prêtresse. Le sourire de cette dernière, justement, disparut ; toutefois, nulle colère ne pointa sur son visage, uniquement un brin de triste résolution. Elle poussa un court soupir.

        "Je sais d'avance qu'il n'y aura pas moyen de t'en convaincre autrement. Va voir Heimar, le capitaine des marteliers, ou Hokar. Ils doivent être en train de transmettre les ordres de bataille à nos dawi en ce moment même, ils te diront quel régiment tu peux rejoindre - je ne crois pas avoir entendu que les Zharrgrungon étaient d'extérieur pour ces batailles."

        Elle donna une dernière tape sur l'épaule d'Ember, avec un petit sourire.

        "Je sais que tu feras honneur à ton nom, quel que tu veuilles qu'il soit. Essaye simplement de ne pas mourir dans le processus, hein ? Va, maintenant, si tu veux bien : je vais moi-même devoir me préparer pour le grand départ."
        — Promis ! lui assura Ember qui hocha de la tête avec assurance. Toi aussi ! Et bonne bataille !

        Sur ce cet au-revoir fraternel, Ember enfila de nouveau son casque avant de se diriger vers la sortie. Masquée, elle fit un dernier salut de la main à Brunna avant de quitter la brasserie du Grand Vent d'un pas déterminé.
Revenir en haut Aller en bas
Gromdal
Epéiste
Epéiste
Gromdal

Nombre de messages : 83
Age : 23
Localisation : La Taverne de la Non-Vie, la plupart du temps.
Date d'inscription : 10/06/2017

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeJeu 16 Jan 2020 - 13:28

* * *



        Plus bas, bien plus bas, là dans les sombres profondeurs de la terre, dans les ultimes antichambres avant de s’avancer dans les immenses réseaux de grottes et de galeries qui s’étendaient sous la montagne d’Azgaraz, l’armée de Thuringar s’assemblait lentement. Le roi lui même, dans une pièce recluse, réglait encore quelques menus détails, épaulé par le Maître Mineur et Volund, le Chef de la Guilde des Ingénieurs, qui devisaient ensemble sur la meilleur manière de déployer l’arsenal nain dans l’immense caverne où ils amèneraient les grobi.

        “Nous pourrions poster des batteries de canon à flamme ici, disait le Grand Ingénieur en pointant du doigt une petite galerie sur la carte, position légèrement surélevée, vision et angle parfaits. Trois canons orgues ici, et les canons à cet endroit.
        — Audacieux, mais pas impossible, acquiesçait le Maître Mineur Gurniksson, mais ils devraient plutôt passer par la galerie supérieure Est pour être déployés à temps. Il faudrait considérer de les faire accompagner par un bon contingent de gardes, pour être sûrs.
        — Le clan de mon frère pourra s’en occuper sans soucis, répondit Volund. Je vais les prévenir pour qu’ils se tiennent prêts.
        — Hmmm… allez également demander au clan Grandmarteau, ils sont peu nombreux mais devraient faire l’affaire. Leur Thane m’a demandé à plusieurs reprises ces derniers jours de donner à ses hommes et lui l’occasion de prouver leur valeur pour le retour, ce sera une bonne opportunité de les tester pour commencer.”

        Le maître ingénieur aquisça en silence, et fit transmettre ses ordres à l’un des messagers qui se tenaient prêts. Le courte-barbe s’inclina en silence, et le Roi le regarda filer dans le couloir d’un air absent. Il se tourna vers le garde à côté de la porte.

        “Des nouvelles de Hrafni ?
        — Aucune, mon seigneur. Mais si tout va bien, il ne devrait plus tarder à arriver, le temps que Godri atteigne ses quartiers, le prévienne et qu’ils descendent ensembles…
        — La peste soit des vieillards, parfois ! soupira Thuringar. Avec tout le respect que je leur dois bien entendu, s’empressa-t-il de rajouter devant le regard que tous dans la pièce lui lançaient. J’aimerais qu’ils puissent comprendre le principe d’urgence pour une fois !”

        Il se tourna vers le Maître Ingénieur :

        “Volund, je veux que vos artilleurs se tiennent prêt à tirer sur le pilier central à mon signal pendant la bataille, quoiqu’il arrive !
        — Mais, mon seigneur, s’écria fébrilement le maître mineur, nous risquons d’avoir cruellement besoin des canons, et si les longues-barbes arrivent à percer leurs lignes suffisamment pour que le maître des runes…
        — Le vieux peut échouer ! Je ne veux pas prendre de risques, pas pour rien au monde ! Et que vos mineurs amènent leurs charges ! Toutes les chances doivent être de notre côté, et il n’y aura pas à discuter là dessus !”

        Le maître ingénieur comme le maître mineur acquiescèrent en silence. Sûrement, la situation ne se montrerait pas aussi critique, après tout, ils auraient l’avantage de la surprise sur les peaux-vertes. Mais il n’y avait aucun mal à s’assurer que tout se passe au mieux…


* * *



        Devant l’entrée béante et sombre de la Grande Galerie que le Throng emprunterait bientôt, des guerriers nains s’équipaient prestement pour partir en avant garde, principalement des brise-fer et des mineurs habitués aux combats dans les souterrains. Et, parmi eux, un vénérable longue-barbe en robes grises huilait consciencieusement les engrenages de son fusil à double canon sciés, autrement appelé ratisse-rancunes. A côté de lui, ce qui s’apparentait à un commandant de régiment de brise-fer essayait de le persuader de rester en arrière avec le Throng. Vorlek ne daignait même pas tourner le regard vers lui. Visiblement, le commandant commençait à arriver à court d’arguments, et le prêtre de Gazul à court de patience.

        “Il nous faut des éclaireurs pour attirer les grobi !
        — Oui.
        — Heum, non prêtre, vous ne m’avez pas compris : il nous faut des gens pour s'assurer qu'ils viennent, pas juste pour les tuer…”

        Finalement, Vorlek posa son arme à feu sur ses genoux et planta son regard d’acier dans les yeux de son interlocuteur.

        “Gamin, je tue des morts."

        Le brise-fer manqua une respiration. Quelques uns des mineurs autour d’eux s’arrêterent pour regarder à nouveau le longue-barbe. Finalement, le commandant baissa les bras en signe de défaite. Dans le fond, les plus vieux brise-fer dans le fond riaient face à sa déconvenue. Il n’était pas venu celui qui allait faire changer d’avis un des membre de l’Ordre des Gardiens !
Revenir en haut Aller en bas
Gromdal
Epéiste
Epéiste
Gromdal

Nombre de messages : 83
Age : 23
Localisation : La Taverne de la Non-Vie, la plupart du temps.
Date d'inscription : 10/06/2017

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeVen 17 Jan 2020 - 1:21

* * *


        Le Val du Grand Vent, pour une fois, se révélait ne pas être à la hauteur de son nom : pas même une simple bise ne soufflait dans la vallée. Par conséquent, cette dernière baignait dans un brouillard épais de poussière dû au mouvement des troupes, naines et impériales, qui prenaient lentement le chemin des cols, régiment après régiment, bannière après bannière, guidés par les rangers nains qui couraient le long du convoi, invectivant ceux qui osaient s’écarter un peu trop du chemin.

        Poussière hérétique, à ne pas en douter, pensait Richter en contemplant les troupes s’engager. Aucun pied de bonne foi n’oserait soulever quoique ce soit qui puisse empêcher à un pieu serviteur de Sigmar de repérer sa proie. Visiblement, il aurait peut-être plus à purger que prévu parmi les combattants. Plissant les yeux, il essaya à nouveau de trouver les Mikaelson dans la cohue. Guerre contre les peaux-vertes ou pas, il n’avait pas posé de jour de repos à sa sainte mission dans les prochains mois. Ni pendant le prochain siècle, d’ailleurs, eut-il besoin d’aller jusque là. Il finirait bien par trouver les troupes parmi lesquelles s’étaient glissés les hérétiques d’Ubsersreik. Ah. Justement. Ils étaient peut-être tout simplement avec les troupes de leur cité ! Ah ! Merci, Sigmar, de m’envoyer cet éclair de génie !

        Le répurgateur se frotta les mains de bonheur et, après une dernière prière à son dieu tutélaire, descendit de son perchoir pour tenter de trouver les combattants venus d’Ubersreilk. Grâce à sa foi sans faille, il ne faillit tomber du toit du Hall à boire du Grand Vent qu’une seule foi, envoyant voler une tuile au passage. Mais, comme lorsqu’il y était monté tout à l’heure, personne ne sembla le remarquer, tout le monde étant trop occupé au départ des armées. Et tant mieux, il n’avait pas le temps de s’amuser à occir d’autres hérétiques un peu trop curieux sur le chemin de Mikaelson.

*

        “Eh, mais c’est qui le fou qui descend du toit du Grand Hall, là-bas ?
        — Qui quoi ? Pardi, Jerek, tu as trop bu avant de partir !
        — Mais si, j’te jure, regarde !
        — Eh, les deux gaillards sur le rang du fond, on se reconcentre ! Je vous rappelle que vous êtes sous mon commandement, ordre des supérieurs ! Allez, on reprend, et sans fausses notes cette fois : d’y penser j’avais le cœur lourd, en doublant les feux de Ma-rien-bourg !

        Dans la cohorte de nains qui précédait l’unité d’Elric, on grinçait des dents à entendre le tout. On demanda au sonneur de cor de souffler plus fort. Oui, il en avait mal à la gorge, mais il fallait bien couvrir ces affreuses chansons, avant qu’ils ne se retournent pour le faire à coup de poings dans les mâchoires.


*  *  *


        Dans les profondeurs, le Throng se préparait également à partir. Après que les quelques unités de l’avant-garde se soient dispersées dans les tunnels, c’était le gros des forces naines qui s’avançaient à l’entrée de la Grande Galerie Est. Les mineurs empochaient quelques charges explosives dans leurs grandes sacoches et allumaient les lanternes sur leurs casques, prêts à accompagner les guerriers dans les profondeurs, une demi-douzaine par unité de combattants réguliers. La poignée d’arbalétriers qui avait été réquisitionnée pour la bataille comptait ses carreaux et huilait ses cordes tandis que les guerriers dawis resserraient leurs ceintures sur leurs cottes de mailles et tiraient sur les lanières de leurs bouclier. Un peu plus en retrait, les régiments de brise-fer, bien rodés aux expéditions dans les cavernes, regardaient les autres se préparer, leurs visages insondables sous leurs casques intégraux. Les courtes-barbes ne savaient plus où donner de la tête entre ces derniers, les longues-barbes, et la garde royale des marteliers qui attendaient à l’arrière que leur roi les rejoignent. Au milieu de tout cela, accompagnés par le grincement des roues sur le sol dallé, les poneys de trait tiraient les machines de guerre sous l’oeil plus qu’attentif des ingénieurs de la Guilde.

        “Les machines de guerre sont presque prêtes à partir, mon roi.”

        Refermant la porte de l’antichambre, le Maître Ingénieur Volund s’avança vers Thuringar, qui tournait en rond autour de la table des opérations.

        “Bien. Les guerriers des différents clans sont eux aussi prêts, les brise-fer n’attendent que l’annonce du départ. Mes marteliers n’attendent plus que le retour imminent de Heimar, qui doit être en route puisqu’on m’a annoncé le départ de l’armée d’en haut. L’avant-garde vient de se disperser dans les tunnels… Il ne faudra plus longtemps avant que l’on puisse s’enfoncer dans les galeries.
        — Et… le vieux Hrotgarsson, seigneur ?”

        Thuringar fronça les sourcils, ce qui n’arrangea pas son visage à l’expression naturellement orageuse.

        “Je ne veux plus entendre parler du vieux fou. C’est peut-être un génie de la forge, mais il est trop vieux pour les choses de la guerre. Trop précieux aussi, sûrement, il doit bien être parmi les trois plus âgés de la forteresse… Je préfère partir plus que de l’att-”

        Il fut coupé par le bruit assourdissant de la pierre grinçant sur la pierre. Lentement, un pan du mur en face d’eux disparut dans le sol pour révéler… Hrafni Hrotgarsson.

        “Qu’est-ce que c’est que ce vacarme ? Y a du bruit jusqu’au onzième sous-niveau, on ne s’entend même plus forger, par Grungni, Thungni et Morgrim réunis !”

        Sous les yeux ébahis du roi et du maître ingénieur, le vieux seigneur des runes s’avança de sa démarche chaloupée, jetant un regard mi-inquisiteur, mi… dédaigneux, à la carte sur la table qu’il contournait.

        “J’ai croisé un martelier sur le chemin. M’cherchait, qu’y disait. La guerre, qu’y disait. Pis j’ai croisé plein de gens sur le chemin. Grmbl. J’aime pas les gens, trop de boucan dans les oreilles. Alors j’suis passé par les chemins dérobés.”

        Thuringar passa du nain à l’ouverture dans le mur, puis de celle-ci au nain. Sans avertissement, le pan du mur se mit à remonter, manquant de le faire sursauter. Bientôt, il n’y eut plus rien qui permettait de voir d’où était venu Hrafni.

        “Comment ça, les chemins dérobés ?”

        Le seigneur des runes poussa un soupir. Roula des yeux. Secoua les épaules. Soupira derechef.

        “Les passages secrets de ton arrière arrière grand-oncle, pardi. Ton père les a rénovés. J’croyais que les ingénieurs devaient te mettre au courant après ton couronnement.”

        Thuringar se tourna précipitamment vers le maître ingénieur. Mais celui-ci était visiblement trop occupé à essayer de faire disparaître sa tête entre ses épaules. Le roi lui jeta un regard assassin : les deux allaient devoir sérieusement discuter une fois l’affaire des grobi réglée.

        “Il faut croire que j’étais un peu trop … occupé par mes campagnes contre les grobi pour qu’on daigne me mettre au courant.
        — Je suis plus trop ces choses là, continuait Hrafni. L’conseil des anciens, c’est comme le soleil, trop de temps là-bas et on se noue le cerveau tant qu’on arrive plus à forger droit.”

        Soudain, le regard du vieux nain se planta droit dans celui du roi.

        “J’espère qu’il y a une bonne raison pour me tirer de ma forge, Zalandrinsson, j’m’apprêtais à donner quelques coups de burin sur mon marteau. L’a besoin d’un peu d’perfectionnement, d’après mon dernier duel.”

        Thuringar soutint le regard de l’ancien. Ils étaient deux à pouvoir jouer à ce jeu là :

        “Oh que oui. Et  justement, j’ai de quoi vous faire tester votre marteau. Quelque chose à grande échelle. Si ce qu’on m’a dit de ce que vous en avez déjà , il n’a pas besoin d’être perfectionné plus que ça pour l’instant.
        — Tu parles de ce dont tu ne sais rien mon garçon, répondit Hrafni sans ciller. Mais j’écoute.”

        Bien, pensa le roi. Il sentait déjà le mal de crâne pointer dans un coin de son cerveau à l’idée de devoir tout réexpliquer au vieil obtu. Mais au moins, les choses avançaient enfin comme il le voulait, c’est à dire vite.

*

        “Qu’est-ce que vous pensez qui nous attendra dans les mines, vénérable ancien ?
        — Des grobi pardi ! Et des trolls à ne pas en douter ! Et des squigs aussi ! Et qui sait, p’t’être bien qu’ils auront un de leurs maudits shamans !”

        Hrorgosak jeta un oeil sévère et implacable au courte-barbe à côté de lui.

        “Mais qu’est-ce que ça peut t’faire ? Si tu n’es pas capable de tenir ton bouclier correctement, les premières flèches vont te transformer en outre percée ! Tiens toi droit ! Voilà, comme ça ! Et redresse cette épaule ! Pis c’est quoi cette hache ? Tu espères trancher quoi avec ça, un meule de fromage ? Va voir Hagrim à l’arrière, qu’il t’aiguise tout ça à la forge avant qu’on parte ! Et ôte cet air ahuri de ton visage, par les saintes bottes de Grungni ! Un dawi a toujours l’air déterminé et sûr de lui, c’est clair ?”

        Le pauvre jeunot arrivait à peine à caser des “oui”, “oui vénérable ancien” et autres répliques entre les tirades du longue-barbe, et se mit aussitôt au garde à vous lorsque Hrorgosak eut fini, d’un air un peu gauche.

        “Mais, triple buse, je t’ai dit de filer ! Allez, plus vite que ça ! Tu ne veux pas que moi où un autre voie que tu manques à ton régiment !”

        Avec un dernier “ou-oui” bégayé, le courte-barbe s’en alla en courant dans un cliquetis de maille. Hrorgosak le regarda partir en soupirant. Si c’était ça la relève… Les ancêtres en soient témoins, il n’était pas prêt de les rejoindre s’il devait entraîner tout ça jusqu’à ce qu’ils soient… aussi prêts que possible. Son regard croisa celui du nain à côté de lui, d’un autre clan que le sien.

        “Qu’est-ce qu’il y a ?” grommela-t-il à l’encontre du guerrier.

        Celui-ci sursauta, et détourna immédiatement le regard, faisant mine de n’avoir rien vu, rien entendu. Il n’était plus un courte-barbe depuis de longues années, mais le longue-barbe était sûrement prêt à lui faire les mêmes remontrances… Il allait vérifier les lanières de son bouclier tiens, juste pour être sûr qu’il n’ait rien à redire sur le chemin…
Revenir en haut Aller en bas
Arcanide Valtek
Hallebardier
Hallebardier
Arcanide Valtek

Nombre de messages : 74
Age : 28
Localisation : Montpellier
Date d'inscription : 19/01/2019

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeMar 21 Jan 2020 - 21:52

.
         Depuis son point de vue légèrement en avant de l’artillerie qui s’installait derrière lui, Gorim Grandmarteau avait de quoi s’émerveiller. La caverne s’étendait dans l’obscurité et paraissait aussi énorme qu’encombrée de stalactites et autres piliers de formes ésotériques. Un vestige d’un ancien lac souterrain lui avait dit un mineur… Peut-être, mais c’était aussi un terrain difficile pour des attaquants à ses yeux.

         Après s’être assuré que les préparatifs suivaient leur bon cours, Gorim prit le temps de regarder du côté des autres escouades naines. De l’autre côté de la caverne, un affleurement similaire au sien débouchait de la paroi pour installer une autre rangée de pièces d’artillerie.

         En contrebas, le gros de l’armée était déjà en place. Les lignes d’infanterie terminaient leurs formations et les lanternes renvoyaient milles chatoiements à chaque manœuvre. La discrétion n’était pas de mise après tout. Ce précepte, Hrogosak semblait l’appliquer d’ailleurs puisque Gorim l’entendait nettement beugler des réprimandes contre un certain Snorri depuis son emplacement surélevé.

         Thuringar, bien visible au milieu de sa garde de marteliers, envoyait ses ordres à tout va. Il fallait que tout soit en ordre le plus vite possible car les peaux-vertes n’allaient pas tarder d’après lui… Même si ça faisait bien une demi-heure qu’il disait cela. Hrafni, qui se tenait à côté, en avait profité pour piquer un somme après avoir expliqué à un jeunot comment il avait autrefois empilé quelques gobelins pour écrire « Wazzok » dans un coin de cette caverne.

         Mais tout le fatras de l’armée naine s’arrêta momentanément quand un son sec, claquant comme un coup de tonnerre, résonna alors dans la caverne pendant de longues secondes. Il ne fallut pas longtemps à Gorim et sa position avantageuse pour repérer les quelques flashs de lumière qui illuminaient à présent les boyaux adjacents à la caverne.

         Les éclaireurs s’étaient mis en action.


***

         Quelque part dans les profondeurs, un petit groupe de gobelins s’ennuyait. On leur avait assigné la garde d’un tunnel annexe sans grande importance à leurs yeux et à part s’endormir à moitié sur leurs lances à la géométrie hasardeuse, ils n’avaient pas trouvé grand-chose à faire.

         Quand soudain, ô joie, du bruit parvint à leurs oreilles verdâtres. Tout excités qu’ils étaient d’enfin pouvoir faire, eh bien, quelque chose, les quatre peaux-vertes sautèrent sur leurs pieds et filèrent vers le son. Ils se moquaient bien de savoir de quoi il s’agissait, si ça faisait du bruit, ça vivait et donc ça pouvait se faire poignarder quelques fois. Et puis, comme ça faisait un moment qu’ils n’avaient pas aperçu de barbus à zigouiller, alors Krizbit, qui dirigeait la charge, demanda très fort à Gork (ou Mork, ça dépendait du moment) d’exaucer son souhait.

         Perdu qu’ils étaient dans leur curiosité expectative, les gobelins ne firent pas vraiment attention à leur environnement, ils n’avaient même pas emmené de torches. L’action, il n’y avait que ça de vrai après tout (surtout quand on s’ennuyait) !

         Ce fut ainsi qu’au détour d’un boyau, Krizbit réalisa qu’il n’aurait peut-être pas dû demander quelque chose à Gork et Mork en même temps. Ça avait tendance à être exaucé en trop grande quantité. En l’occurrence, il fut surtout accueilli par deux cylindres métalliques au bout desquels se trouvait un nain affublé d’une longue capuche grise. Mais ce ne fut pas seulement le regard froid de ce dernier qui inquiéta exponentiellement Krizbit. Non, c’était surtout les autres nains en armure lourde avec des « Kanons ki brûle » qui se tenaient derrière.

         Il y eu un « Kazuk ! » tonitruant, une détonation, des langues de feu, puis, enfin, le cri désespéré d’un gobelin en fuite.


         Vorlek rechargea son ratisse-rancune. Autour de lui, les brise-fers grinçaient des dents. L’un d’entre eux, un des dracs de fer, finit par cracher :
« Une honte qu’on doive en laisser fuir juste pour attirer l’attention. Le bruit suffirait à ameuter ces bêtes de toute manière.
— Rien ne fait plus de bruit qu’un grobi en fuite, répliqua platement Vorlek en refermant son arme dans un claquement sec. Les morts, eux, ne parlent pas.
— Eh bé, avec vous, tout le reste paraît si joyeux en comparaison…
— Ce n’est pas avec de la joie qu’on tue des grobi. Vous le savez mieux que moi zulundraki. »

         Le drac de fer grommela quelque peu dans son casque, mais il n’ajouta rien de plus.

         « Dites-vous que Gazul vous regarde, reprit Vorlek sur un ton qui se voulait un peu plus calme. Il y aura bien assez de place pour la joie une fois cette bataille terminée. »

         Et au prêtre de Gazul de repartir dans les tunnels avant d’être suivit par le petit contingent de brise-fer qui l’accompagnait. De temps à autres, l’écho des actions d’une des autres patrouilles se faisait entendre par intermittence depuis des boyaux adjacents. Une procession de sons fort doux aux oreilles des nains, mais qui n’étaient que le prélude avant la tempête.

***

         Pour Gorim, les craquements sporadiques ne firent qu’annoncer un grondement. Un fond de cris à vrai dire, d’abord de peur, puis de rage, puis vinrent les instruments. Et aucun nain vivant ne pouvait se tromper en tentant de reconnaître ces sons. Les tambours de guerre des grobi venaient de se mettre à vibrer, leur tonnerre se mêlant aux voix pour n’amplifier qu’un seul mot :

         « WAAAAAAAAAAAAAAAAAGH !!!!!!»

         Puis plus rien.

         En contrebas, la ligne naine principale s’agita. Les troupes étaient en place, l’artillerie finissait les dernières préparations et les premiers groupes d’éclaireurs, les plus proches, venaient de rejoindre les lignes en criant que « ils arrivaient ». Et pourtant, personne en vue.

         Parmi les artilleurs de la position de Gorim, on commençait à se poser des questions, les grobi venaient-ils de partir ? Peut-être même étaient-ils en train de changer de cap pour les prendre à revers ? Impossible, c’étaient des peaux-verte, si la stratégie leur atteignait le cerveau, ils en auraient la migraine…

         Un ordre vint d’en bas, transmis par fanion. Les canons à flamme devaient tirer au loin pour éclairer la caverne et débusquer ces fichus peaux-verte. Les artilleurs s’en donnèrent à cœur joie, surtout que ça leur faisait penser à autres choses qu’à leurs questions internes.

         Ainsi, une volée de boules de feu fila dans un crachement poisseux peu de temps après pour éclairer le firmament rocheux de la caverne. Et les nains ne furent pas déçus en voyant la lueur des flammes se réverbérer dans les yeux d’une masse de gobelins à n’en plus finir. Il semblait y en avoir partout, grouillant entre chaque stalagmite, leurs ombres mouvantes s’étant arrêtées pour observer le premier tir de la bataille en devenir.

         Les projectiles tombèrent, l’explosion, bien que lointaine, fut assourdissante car elle venait de briser un silence de plomb. Le reste ne fut plus que chaos, comme toujours.


***


          « Et donc, Johannes, si je comprends bien, tu n’as rien trouvé de mieux que de te désigner toi-même comme…chef de cette armée improvisée ? »

          Sybille lui jetait un regard réprobateur en disant ces paroles. La ‘jeune’ femme chevauchait aux côtés de ses deux frères, au milieu des troupes d’Ubersreik, elles-mêmes en tête de cette cohorte hétéroclite qui progressait vers le repaire des peaux-vertes. Johannes et Erhard avaient bien tenté de la convaincre de ne pas venir, à grand-coup de « cette expédition n’est pas la place d’une femme, ta présence va choquer, n’insiste pas, etc », mais elle leur avait tenu tête. « Passe encore pour ce stupide tournoi de nabots » leur avait-elle répliqué avec véhémence, « mais vous deux ne pouvez pas faire le tour d’une maison sans vous perdre. Je viens, point final. » Quelques hommes lui avaient jeté des regards surpris en la voyant accompagner ainsi l’état-major, mais après un regard bien senti de sa part plus personne n’avait eu l’air d’y trouver à redire.

          Johannes répondit d’une voix irritée.

          « Ne le prend pas sur ce ton, je ne vois pas en quoi ça pourrait nous faire du mal. Après tout, c’est un choix des plus logiques quand on se penche dessus. Notre expérience de batailles dépasse la leur sans aucun doute, tu le sais aussi bien que moi. »

          Sybille soupira.

          « N’empêche, de quoi disposons-nous ? De nos maigres troupes d’Ubersreik, d’un bon paquet de combattants itinérants aussi indisciplinés qu’ils n’ont pas l’habitude de la guerre, de quelques sigmarites esseulés, d’une chorale de nains, et de quelques soldats, nains eux aussi, qui discuteront certainement chacun de tes ordres. Voilà tes cartes, comment gagner la partie maintenant ?

          - Avec stratégie et tromperie, ma sœur, comme on gagne chaque bataille.

          - Oh vraiment ? Mais dans ce cas, je serai ravie de voir ces fameuses stratégies.

          - Pourriez-vous, s’il vous plaît, envisager de baisser d’un ton quand vous vous étripez verbalement tous les deux ? On commence à vous observer avec attention. »

          Erhard disait vrai. Quelques regards furtifs fusaient çà et là depuis les rangs serrés des troupes qui les entouraient. Sybille poussa un long soupir et s’enferma dans un mutisme rageur presque aussi assourdissant que le ton acerbe qu’elle avait pris juste avant.

*

          Depuis l’arrière de la colonne, juste avant le train d’artillerie, Jandrom Polsson Bilman tripotait nerveusement le manche de son marteau tout en avançant. Entouré des membres de sa troupe aptes à se battre, son humeur était loin de sa bonhomie coutumière. Bien au contraire, son regard sévère était encadré par des sourcils froncés, ce qui, associé à la couleur rousse de sa pilosité, lui donnait l’air particulièrement effrayant. Et il avait de quoi, car la perspective d’une rencontre contre les grobis était rarement une bonne nouvelle pour lui et sa troupe, qui avaient dû repousser ces créatures à maintes reprises au cours de leurs voyages. Les « Montagnes itinérantes » tenaient elles aussi un livre des rancunes, dont les peaux-vertes remplissaient au moins la moitié du contenu. Ainsi, c’est une froide résolution qui faisait désormais avancer le jeune maestro, la résolution de fendre le plus de crânes possibles, pour rendre au centuple à ces immondes engeance démoniaques ce que lui et les siens avaient subi de leurs mains.

*

          De son côté, Ember avançait en tête, s’étant mêlée à un groupe de rangers après avoir imposé sa présence à leur thane. Ce dernier, un certain Dimzad, avait d’abord fermement refusé que ce ‘jeune poil-au-menton au masque ridicule’ se joigne à son régiment. Mais une fois qu’Ember lui ait fait remarquer qu’elle était le fameux participant masqué du tournoi, il avait fini par obtempérer en grommelant fortement dans sa barbe brune. Au moins, il a la tête sur les épaules se dit la jeune naine, ça aurait pu plus mal se passer. Elle avait craint de devoir en venir aux mains, étant habituée à l’opiniâtreté parfois stupide des anciens de sa race. Jamais je ne deviendrai aussi butée se dit-elle une énième fois alors qu’une goutte de sueur roulait sur son front. Ce phénomène la fit grimacer d’inconfort. Ici, à l’extérieur, le soleil matinal chauffait son armure et son masque métallique, phénomène hautement déplaisant qui n’en finissait pas de la faire grommeler à son tour.

          Mais elle avait bien d’autres choses à l’esprit, et l’une d’entre elles était la colline désormais distinguable en contrebas. En comparaison des montagnes alentours, celle-ci semblait résolument petite, mais pourtant la naine ressentit un léger frisson à la regarder, car même à cette distance elle pouvait y repérer des formes y bouger. Des formes aussi vertes que les forêts environnantes, et vraiment très nombreuses. Ember ressentit l’excitation la gagner. Enfin, ils allaient tous voir ce dont elle était capable.

*

          Johannes, Jean Coteas, Hokar et Brunna organisèrent rapidement les troupes. La majorité des nains, ainsi que les troupes d’Ubersreik, devaient tenir le centre, avec dans leur dos les pièces d’artillerie lourde naines. Leur objectif était clair : tenir, le plus longtemps possible. Les quatre commandants en question comptaient eux-mêmes se trouver dedans, afin de galvaniser au maximum les troupes. Pendant ce temps, quatre autres groupes allaient être formés afin de prendre les peaux-vertes à revers. Deux d’entre eux seraient composés de combattants du tournoi, et menés par Elric Von Reitz et Erhard Mikaelson. Les deux autres seraient les régiments de rangers nains, dont celui de Dimzad, qui auraient la tâche délicate de passer dans le dos des grobis pour les encercler complètement.

          Sitôt les ordres donnés, l’armée hétéroclite se mit en ordre. Les trois groupes se séparèrent de la cohorte principale, Elric haranguant ses hommes vers la gauche tandis qu’Erhard indiqua sommairement aux siens de le suivre vers la droite. Dimzad donna quelques instructions en Khazalid et ce fut dans un étrange silence que les nains de son régiment, imité par le second, mené par le thane Drurim Poing-de-Pierre, entamèrent le contournement complet de la colline. Celle-ci, désormais de plus en plus visible, grouillait à présent d’activité. On pouvait clairement entendre les hurlements gutturaux qui s’en échappaient et qui résonnaient dans toute la vallée, accompagnés de bruits de ferraille et de centaines de pieds qui couraient dans tous les sens.

          Imperturbable, Jean Coteas des Entommeures se plaça en première ligne, la mine sévère et le marteau bien en main. Il n’avait pas besoin de dire grand-chose, sa simple présence irradiait la confiance et la force. Trouptili, qui ne voulait pas être trop près de son supérieur, avait fini par renoncer à chercher Richter Ketzerfeuer dans toute cette cohue, et il préféra finalement rester en seconde ligne, proposant la bénédiction de Sigmar à qui croisait son chemin.

          Richter, lui, avait fini par trouver sa proie : les Mikaelson, qui n’avaient pas été très difficiles à localiser en fait, étant parmi les seuls à cheval. Pourtant, il avait renoncé à les attaquer sur le chemin, l’opération étant trop…voyante. Et si la justice de Sigmar ne pouvait qu’être juste, il fallait quand-même être pragmatique et penser à une porte de sortie. D’autant que ces hérétiques semblaient bien entourés, et par des troupes fidèles (et donc hérétiques elles aussi, quel métier je vous jure). Le répurgateur restait en arrière, n’ayant d’yeux que pour ses trois proies, et s’il fut un temps déstabilisé par le départ d’Erhard en embuscade, il se dit que de toutes façons il pourrait commencer par occire les deux premiers, et finir avec lui après.

          Brunna Karinkro, la grande prêtresse de Valaya, avait vainement tenté de se frayer un chemin jusqu’à la première ligne. Elle avait toutefois fini par se rendre compte que l’opiniâtreté des marteliers qui l’accompagnaient, elle et Hokar, n’était pas qu’une légende. Les nains en armure lourde prenaient leur mission de gardes du corps très au sérieux, et sitôt qu’elle parvenait à en doubler un, un autre prenait silencieusement les devants. Le prêtre de Grungni prenait visiblement la chose avec plus de philosophie qu’elle, car lui ne semblait pas presser le pas à chaque mètre. Brunna poussa un grognement en tripotant sa hache. Par Valaya, si quelqu’un faisait mine ne serait-ce que d’essayer de l’empêcher de se battre, la personne en question verrait du pays.

          La ligne de bataille approchait désormais de la colline, avant de s’arrêter net. Juste derrière, les nombreux canons, catapultes et autres balistes étaient désormais mis en place, et braqués sur le campement des orques et des gobelins. Un silence pesant régnait désormais dans l’armée humaine et naine.

          Johannes, qui était resté à cheval, s’apprêta à prendre la parole, mais il fut coupé dans son élan par Jan Coteas, qui se retourna pour embrasser l’armée du regard.

          « Messieurs, mesdames, hommes et nains. Il n’en est pas un seul ici dont je doute le courage, et croyez-moi quand je vous dis que j’en suis fier. Levez la tête, et montrez ce courage, cette lumière, qui brille dans nos yeux, à tous. Montrez là à moi, mais surtout à eux ! »

          Une grande clameur lui répondit, surtout de la part des humains, et Johannes sourit faussement en dégainant son épée. Ce prêtre était décidément énervant.

          « Mes amis, à présent nous allons nous battre. Nous battre pour nos frères, pour nos sœurs, pour nos enfants et nos familles ! Le sang va couler, mais ce ne sera pas le nôtre, car quand l’herbe sera rougie, ce sera de leurs entrailles ! »

          Cette fois, ce fut une véritable ovation, venant de toutes parts, humains et nains brandissant leurs armes en hurlant. Même Brunna, la hache bien haute (ce qui n’était pas beaucoup) s’époumonait en un « OUAAAAAAAAIS ! » tonitruant.

          Et un hurlement leur répondit :

          « WAAAAAAAAAAAAAAAAAGH ! »

          Devant eux, alors que Coteas se tournait à nouveau vers le campement des grobis, la ligne humaine et naine fit face au spectacle terrifiant qu’est une horde d’orques et de gobelins en train de charger. Puissamment taillés, les muscles gonflés, plusieurs centaines d’orques visiblement très énervés fonçaient sur eux, armes en mains, accompagné d’au moins autant de gobelins, qui braillaient de façon incontrôlée. À leur tête, un spécimen énorme, armé d’un impressionnant hachoir à deux mains, poussait un beuglement inhumain tout en chargeant à une vitesse à peine concevable pour un individu aussi gros. La horde s’approchait rapidement, soutenue par le vrombissement de tambours de guerres et autres instruments improvisés. L’artillerie naine fit immédiatement feu, et il ne fallut que quelques secondes avant que boulets, traits et tirs de catapultes ne commencent à creuser des trous dans la horde verte. Mais ce ne fut pas suffisant pour la retenir, et l’impact s’annonçait imminent.

          Alors, tentant le tout pour le tout, Johannes lança son cheval vers l’avant, se mordant la lèvre pour ce qu’il s’apprêtait à faire. Il n’y avait qu’un seul moyen de récupérer l’attention des troupes. De ses troupes. Menant sa monture au galop, il prit son souffle et hurla :

          « Pour l’Empire ! Pour l’Alliance ! Pour Sigmaaaaaaaaaaar ! »

          Son cri de guerre fut repris par toute l’armée, qui, empoignant ses armes, se rua à sa suite.

          La collision entre les deux armées fut dantesque. Les premiers coups, portés à pleine vitesse, firent voler leurs victimes en arrière sous la force du choc. Le marteau de Coteas rencontra le menton d’un orque, dont la mâchoire explosa dans un horrible craquement. Le chef de guerre orque fonça dans la ligne d’Ubersreik et coupa en deux le premier soldat qui tenta de lui barrer la route. Johannes, qui avait cherché à l’atteindre sans arriver jusqu’à lui, se rabattit sur une autre cible, qu’il décapita sans ménagements.

          Les marteliers et les deux grands-prêtres nains tinrent bon, et leurs armes de facture supérieure commencèrent à semer la mort chez leurs ennemis. Pour autant, les peaux-vertes semblaient pour l’instant infatigables, et une mêlée brutale et violente s’engagea. Derrière, la chorale des montagnes itinérantes entonna un chant de guerre, qui renforça la détermination des combattants.

          Alors, on entendit un nouveau cri, repris par des dizaines de voix :

« Oh vaillants compagnons, écoutez notre histoire

Dégainons nos épées, sortons la poudre noire

Chargeons nos ennemis, qu’ils perdent tout espoir

Ce soir nous festoierons ici ou chez Sigmar ! »

          Et par les flancs, alors que les orques jetaient des regards surpris sur les côtés, surgirent les deux groupes de renforts. À leurs têtes, Elric et Erhard, qui se jetèrent dans la bataille, afin de prendre les peaux-vertes dans une nasse mortelle.

          La bataille venait de commencer.
Revenir en haut Aller en bas
Gromdal
Epéiste
Epéiste
Gromdal

Nombre de messages : 83
Age : 23
Localisation : La Taverne de la Non-Vie, la plupart du temps.
Date d'inscription : 10/06/2017

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeVen 24 Jan 2020 - 2:47

* * *

        Sous terre, la caverne sombre s’était embrasée des feux de la guerre alors que les canons à flammes illuminaient les parois rocailleuses de leurs projectiles à intervalles réguliers. Le reste de l’artillerie naine n’était pas en reste et semait la mort et la carbonisation tout en révélant les vagues de gobelins qui crapahutaient un peu partout.

        Ce qui laissa le loisir aux troupes sur le front d’observer la masse verte fondre vers eux mais par éclaircies brèves et sur fond de cris de plus en plus perçants. Autant dire qu’en première ligne on serrait les dents et on mettait sa barbe dans sa ceinture.

        Mais alors que le grand choc arrivait en contrebas, Gorim Grandmarteau en observait chaque petit détail depuis son poste d’observation privilégiée. Certes, il était à moitié sourd avec tout le vacarme assourdissant de l’artillerie et sa barbe avait failli prendre feu au moins deux fois, mais il y voyait clair. Peut-être plus même que Thuringar qui venait de hâter sa garde personnelle pour rejoindre le front. Ils avaient un passage à créer pour le vieux après tout.  

        Un message hâtif vint d’en bas entre deux salves : continuez mais concentrez les tirs. Le message fut relayé en vitesse aux maîtres ingénieurs qui grommelèrent contre cet ordre un peu rapide qui dédaignait leurs mises en place experte de leurs canons… Mais ils obéirent et redirigèrent le feu nourri vers le centre de la formation ennemie. Une tâche facile. Il y avait tellement de grobi que la cave avait changée de couleur et même en tirant comme un umgi on pouvait toucher sa cible.

        Voyant bien vite qu’il ne pourrait rien apporter au gros de la bataille, Gorim se recula. Il avait déjà besoin de retrouver un semblant d’audition (mais comment est-ce que ces artilleurs pouvaient tenir le rythme ?) mais aussi ses repères. Il avait une position à défendre après tout.

        Après s’être assuré que son équipement tenait toujours en place et que les membres de son clan étaient à leurs postes, Gorim adressa une prière rapide à Grungni. Il la termina en allant toucher le mur de pierre le plus proche, la paroi de la caverne donc. Ce fut alors qu’il remarqua un détail important : des petits morceaux de cailloux tombaient du plafond et de la paroi caverneuse. Les sourcils froncés, Gorim se dit au début que c’était à cause du feu nourri. Mais après tout ce qui avait déjà été tiré et avec les fortifications des mineurs, une quelconque fragilisation de la structure rocheuse n’était même pas envisageable. Gorim leva les yeux. Une vingtaine de gobelins sur araignée le regardèrent en retour.

        « Périmètre en danger ! Araignées sur les murs !! » beugla-t-il aussitôt en retournant vers ses troupes.

        Mais ses propos se perdirent dans le fracas d’un tir de canon et les nains virent les araignées fondre sur eux depuis les hauteurs au dernier moment.

        Gorim, lui, courait aussi vite que possible pour mener la contre-attaque avec ses troupes, mais un chevaucheur gobelin intercepta sèchement sa route en tombant devant lui. Au vu des décorations de plumes et de bois grotesques dont il s’était orné, il devait être un simili-chef d’escouade.

        « Shleh ! » grinça le gobelin en agitant un choppa trop gros pour lui et en donnant des coups de talons dans sa monture chitineuse.

        Dans un grognement, Gorim accepta cette provocation en filant à la rencontre de son nouvel adversaire. Le plus tôt il s’en débarrassait, le plus tôt ses troupes se carapateraient au loin. Son marteau avait été tiré et avec l’arrêt brutal des tirs, le nain pouvait à nouveau l’entendre siffler dans l’air.

        « Tu vas voir ce qu’il en coûte d’embusquer le clan Grandmarteau ! »

        Le chef gobelin décala sa monture au dernier moment pour tenter de surprendre le nain en charge avec sa vitesse, mais il semblait que Gorim était quand même le plus rapide. Le marteau vint rencontrer le kikoup trop lent et ce dernier perdit la rencontre, se brisant dans un tintement. Surpris par ce résultat, le chef gobelin se contenta d’un « Shleh » supplémentaire avant d’enfoncer ce qui restait de son arme dans l’épaule de Gorim.

        Un désengagement de l’araignée plus tard et Gorim se retrouva à devoir placer une de ses mains sur sa blessure qui saignait un peu trop à son goût. Fichu chanceux de grobi, le moment où il arriverait à lui mettre son marteau dessus… Mais ce dernier gardait ses distances, se contentant de fourrager en toute hâte dans ses affaires pour enfin tirer un coutelas vaguement aiguisé. Montrant son dernier jouet avec une grande fierté sadique, le chef gobelin recadra son regard sur sa victime du jour et sourit abondamment.

        « Eh bah viens saloperie de grobi ! tonna Gorim. Viens que je te montre mon arme de plus près ! »

        Et ce fut avec un nouveau « Shleh » grandiloquent que le chef gobelin envoya sa monture en avant, cette dernière poussant un sifflement glaçant en avançant à toutes jambes en cliquetant sur la roche. Gorim savait que même s’il arrivait à toucher le gobelin, l’araignée le toucherait de plein fouet, et inversement. C’était mal barré. Mais un Grandmarteau ne baissait pas les bras, non, il les levait. Et ce afin que ledit marteau fasse son œuvre.

        Une fois à portée, le chevaucheur gobelin emplumé sauta avec son horrible bestiole, toutes armes et mandibules dehors. Gorim leva son arme et ferma les yeux de rage.

        Mais au lieu de l’impact froid du métal, ce fut un souffle chaud qui accueillit le nain. Le souffle d’un boulet de canon bien placé et le « shl… ? » aussi bref que comique d’un chef gobelin qui venait de se faire faucher au vol.

        Encore un peu abasourdi par ce qui venait de se passer, il fallut quelques secondes à Gorim pour comprendre que la deuxième position d’artillerie avait aperçu ce qui se passait de leur côté et s’était mise à répliquer en conséquence. Leur chef disparu, le reste des araignées partirent en débandade presque aussitôt devant les haches vengeresses des Grandmarteau et des artilleurs qui étaient venus chercher Gorim pour le ramener dans la formation et s’occuper de sa blessure.



* * *


        À la surface, les peaux-vertes, bien qu’en sous-nombre et pris en tenailles entre la ligne de front et les troupes embusquées, se battaient comme des beaux diables envers et contre tout. En un sens, il est difficile de vouloir fuir lorsqu’on ne peut pas fuir, mais il fallait dire que les orques restaient néanmoins… plutôt bien organisés, pour leur standards habituels. Sur l’aile gauche du front, la garde rapprochée du grand chef orque, particulièrement galvanisée par leur général, avaient enfoncé le régiment nain qui leur avait fait face avec une haine toute particulière, et menaçaient d’avancer encore plus, offrant une tête de pont pour ceux qui les suivaient.

        Sur le flanc gauche en revanche, où les gobelins étaient majoritaires, les peaux-vertes perdaient en moral et en cohésion, offrant un travail plus facile aux nains et aux impériaux, sous la direction, et sous les prières de bataille, de l’Archidiacre Jean Coteas. Ce dernier, à la tête d’un régiment impérial bien décidé à montrer aux nains de quel bois ils se chauffaient, était bien occupé à décimer un par un les chevaucheurs de sangliers qui les avaient chargés. L’accueil ayant été réglé par les hallebardiers et les lanciers qui avaient formé les premiers rangs de la troupe, limitant l’impact de l’assaut, Coteas et le reste des guerriers étaient tombés à bras raccourcis sur les orques.

        Le nuage de poussière soulevé par la charge, accompagné de la fumée des tirs des machines naines derrière eux avaient plongé la troupe dans un brouillard plus qu’épais, mais les combattants environnants se ralliaient à la forte voix de l’Archidiacre. Ils n’étaient pas les seuls. Alors même que le marteau de Coteas allait s’abattre sur le dernier chevaucheur, l’orque fut soufflé net sous ses yeux par ce qui se révéla l’énorme massue d’un troll tout aussi gigantesque qui titubait plus qu’il ne marchait, s’étant visiblement déjà taillé un chemin sanglant entre nains, impériaux et peaux-vertes sans aucune discrimination. sur ses talons, deux autres trolls de taille plus… conventionnelle se jetèrent sans plus attendre sur le détachement impérial. Le grand troll, lui, tenta de frapper l’archidiacre, et ce dernier esquiva au dernier moment la massue rudimentaire. Des touffes d’herbes volèrent dans tous les sens lorsque l’arme frappa le sol avec force.

        “Ne faiblissez pas, mes ouailles ! s’écria Coteas d’une voix encore plus forte que le troll devant lui, ce qui prit la bête par surprise. La flamme vengeresse de Sigmar brûlera ses monstres impies comme il l’a toujours fait à travers ma main !”

        Et, pour lier le geste à la parole, le marteau s’abattit sur le genou du troll, broyant les os comme du bois vert et forçant la bête à ployer. Même à genoux, la tête hurlant de douleur de cette dernière n’arrivait pas au niveau de celle de l’Archidiacre, ce qui ne l’empêcha pas de l’atteindre en pleine mâchoire d’un second coup de son marteau, envoyant la tête du troll partir en arrière avec violence.

        Alors qu’il allait se tourner vers les deux autres trolls qui s’en prenaient à ses hommes, le regard de Coteas remarqua au dernier moment que le troll… redressait la tête, ses deux yeux le fixant avec une méchanceté bestiale. Sa mâchoire inférieure, qui pendait mollement, presque entièrement broyée, commença alors soudainement à se reformer avec force craquements étouffés, et le troll se remit sur ses pieds. Ses deux genoux parfaitement intacts, il toisa Coteas de toute sa hauteur.

        “Régénère donc ça, créature infâme !” s’écria ce dernier en retour.

        Et il frappa à nouveau la mâchoire avant qu’elle ne se reforme entièrement. Mais le troll s’apprêtait à frapper lui aussi, et ce fut son épaule qui réceptionna le coup, lui arrachant un grognement. La masse s’abattit sur le flanc de l’archidiacre avec sûrement moins de force que prévu, mais la douleur manqua de le faire ployer.

        “Sigmar, guide mon marteau, par ta juste fureur !”

        Le marteau fila à nouveau, mais le troll encaissa le choc de plein fouet, l’arme s’enfonçant dans son estomac bedonnant…

        “BLAAAAAAAAAAAARGH !!!” fut son unique réponse, et un généreux flot de vomi s’abattit sur l’archidiacre, l’aveuglant sous la matière brûlante et, surtout, extrêmement malodorante. Alors qu’il tentait d’enlever le fluide infâme de son visage, Coteas entendit un nouveau hurlement et sentit quelque chose percuter son côté, faisant décoller ses pieds du sol. Après avoir volé un court instant qui lui sembla durer une éternité, il termina sa course avec un grand choc contre son crâne chauve et perdit connaissance.

        Alors qu’un des deux autres trolls venait de périr sous les coups de ses “ouailles”, la vue de l’archidiacre s’envolant comme une marionnette à qui on aurait coupé les fils fit s’arrêter tous les impériaux. Lorsque le troll gigantesque fit disparaître le torse d’un de leurs camarades avant de briser les jambes d’un second, le tout d’un seul revers de sa massue, le moral des impériaux finit de disparaître, et la troupe abandonna toute forme de cohésion pour fuir les bêtes enragées.

        Ces dernières s’arrêtèrent un moment devant le chemin qui se dégageait devant eux, leurs cerveaux limités réfléchissant aux différentes victimes à choisir. Mais les canons nains tiraient par dessus le gros des combats vers le campement orque qui vomissait encore des troupes par intermittence, et le vacarme les empêchait de se concentrer.

        Beuglant un coup pour la bonne mesure, le troll pointa sa massue contre les machines de guerre concernées avant de se lancer à l’assaut de la pente qui les séparait. La voie ayant été dégagée par la fuite des impériaux qui avaient gardé la ligne, le second troll était derrière lui.

        Ce faisant, ils se séparèrent de la mêlée, qui empêchait jusque là les ingénieurs de prendre les bêtes pour cible, de peur de toucher leurs propres troupes. Un maître ingénieur beugla quelques ordres et, très vite, un premier boulet de canon explosa tout prêt des trolls. Puis un deuxième. Le doute commença à s’immiscer dans le crâne épais des bêtes. Soudainement, le grand troll vit le torse de son compagnon disparaître dans une gerbe de sang, sa tête et son bras gauche s’envolant sous le choc. Il voulut alors faire demi tour, mais un tir de canon-orgue faucha sa jambe gauche sous lui. Le troll lâcha un dernier gémissement plaintif, avant qu’un boulet de canon bien placé ne lui arrache la tête. Un bout d’oreille toucha le sol. Puis son corps décapité s’écrasa dans un choc qui fit trembler le sol.

        La charge quelque peu idiote des trolls sur les machines de guerre avait été tuée dans l’oeuf, mais le mal était fait :  le flanc droit de la ligne de front alliée avait été affaiblie par l’assaut des bêtes et la fuite du régiment de Coteas. Et les peaux-vertes n’avaient pas perdu un instant pour saisir l’avantage et reprendre un tant soit peu de contrôle sur la situation. Qui plus était, la pluie de fer et de feu ayant momentanément cessé sur le campement, de nombreux peaux-vertes en avaient profité pour dévaler la pente et se jeter à leur tour dans la mêlée, rajoutant à la confusion. En quelques instants seulement, la situation des nains et des impériaux venait de passer de bien maîtrisée à dangereusement critique.



* * *



L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 2020_012
Revenir en haut Aller en bas
Gromdal
Epéiste
Epéiste
Gromdal

Nombre de messages : 83
Age : 23
Localisation : La Taverne de la Non-Vie, la plupart du temps.
Date d'inscription : 10/06/2017

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeDim 26 Jan 2020 - 2:50

* * *


        A la surface et depuis les arrières du camp des peaux-vertes, on s’activait en silence.

        Les rangers nains avaient contourné les lignes ennemis pour agir au meilleur moment. Et à force d’entendre les tirs et les divers éclats de la bataille en cours non loin, ils s’étaient convaincus qu’il était grand temps d’agir. Et ce n’était pas trop tôt, devoir attendre ainsi alors que leurs congénères mourraient aussi près les rongeait intérieurement. Mais tel était le devoir d’un ranger. Le bon moment était la clé du succès.

        Se relevant sans prévenir, le thane Dimzad sonna dans un petit cor une plainte aussi sèche que brève. Les éclaireurs n’avaient pas besoin qu’on leur rappelle ce qu’ils devaient faire.

        En face, quelques peaux-vertes encore en faction dans le camp tournèrent la tête vers cette orée de la forêt qui « sonnait bizarre », puis se prirent une volée de carreaux d’arbalètes bien sentie. A ce propos, si l’un d’entre eux était encore en vie, il aurait pu lire sur la hampe du carreau qui ornait sa tempe un simple « Attrape ».

        Tels des ombres profitant du fait que l’attention d’un peau-verte était généralement unidirectionnelle, la troupe de rangers nains fila vers le camp. Encore et toujours en silence, car il fallait que la surprise soit totale. Du point de vue des nains, plus les orques sentiraient que la situation leur échappait, plus ils décamperaient vite. Et quoi de mieux que de voir ses alliés derrière soi mourir alors qu’ils se pensaient en sécurité pour perdre pied. Après tout, le moral des troupes de peaux-vertes n’était pas vraiment réputé, et les tactiques naines savaient en profiter.

        Entrer dans le camp fut une partie de plaisir, le problème était d’y rester assez longtemps. Et cela, même Ember le comprit. Cette dernière suivait le groupe des rangers à bonne distance avec d’autres membres du régiment, plus équipés pour la courte portée. Le thane Dimzad avait été clair à ce sujet : « pas de poils-au-menton en première ligne pour bousiller le début de l’opération ».

        Tout au long de l’attente, Ember avait rongé son frein, retenant sa frustration de devoir regarder d’autres nains agir à sa place. D’ailleurs, voir les rangers nettoyer l’entrée du camp avec l’efficacité qui leur était propre n’avait pas arrangé ce sentiment. Mais maintenant qu’ils entraient, la naine savait qu’elle allait enfin pouvoir agir et elle tenait à peine en place.

        Le thane Dimzad se tenait au centre de la petite place devant l’entrée du camp, à l’écoute. Ses troupes s’étaient perchés un peu partout, sur des toits de « bâtiments » qui parsemaient le camp, sur quelques remparts et d’autres étaient tout simplement invisibles. Le piège était en place. Quand on leur fit signe, le groupe d’Ember sortit diverses haches de lancer et autres équipements de corps-à-corps et s’approcha du thane qui souriait déjà.  

        « Faites un peu de bruit et rameutez-les », indiqua-t-il simplement en retournant à son observation des lieux.

        Si la mission paraissait peu reluisante au premier abord, elle n’était pas donnée à n’importe qui. Il fallait être capable de s’infiltrer dans un camp orque toujours actif, sans véritable connaissance des lieux, survivre à une rencontre avec les habitants des lieux et en ramener assez pour que les collègues arbalétriers leur règle leur compte. Et ce, jusqu’à que les orques finissent par comprendre ce qui se passait et doivent donc envoyer des renforts à l’arrière en pensant qu’il s’agissait d’un problème plus gros qu’il ne l’était. Là encore, il faudrait survivre dans des conditions peu rassurantes avant que des renforts n’arrivent.

        Une opération qui tutoyait le suicidaire si elle était mal exécutée. Mais on parlait de nains, le méthodique, ça les connaissait.

        Le groupe d’Ember se dispersa par paires ou trios entre les bâtiments et bien vite on entendit les exclamations d’un bon nombre d’orques énervés. Quelques instants plus tard et leurs cris devinrent des gargouillis étranglés par deux ou trois carreaux dans la trachée.

        Ember, elle, était partie plus loin dans le camp avec deux autres nains qui la suivaient un peu malgré eux. On lui avait demandé de faire du bruit et elle allait faire exactement ça. Au détour de ce qui ressemblait vaguement à une tente d’armurier, les deux rangers qui accompagnait la naine lui firent signe qu’ils allaient attirer les orques en charge du ravitaillement dans ladite tente. Ember acquiesça, mais au moment de les suivre, un son attira son attention : un grognement sourd. Pas celui d’un peau-verte ou d’un sanglier, non quelque chose de plus gros. Et des chaînes.

        Un sourire aux lèvres, Ember faussa compagnie à ses camarades et s’en alla vers un cercle massif de palissades à moitié enterré dans le sol non loin. Il ne fallut pas longtemps à la naine pour se trouver un point d’observation sur la structure improbable. En contrebas se trouvaient deux orques tout de cuir vêtus, et une wyverne peu amène encore enchaînée. Cette dernière mâchonnait un lien métallique avec insistance, le poison qui coulait de sa gueule en abondance sifflant sur l’acier.

        « Eul’ chef veut sa monture ! » lança le premier alors qu’il arrivait en courant dans l’enceinte.

        Le deuxième, un garde à n’en pas douter, réalisa qu’il avait intérêt à se dépêcher sous peine de finir sur la route du kikoup du boss. Et il fila vers la bête ailée qui s’agitait déjà en tirant sur ses chaînes d’impatience. Il fallait croire que le vacarme de la bataille avait attisé la lueur malsaine qui brillait dans ses yeux.

        Depuis son perchoir, Ember, elle, eut une idée.

        « Dépêch’toi ‘spèce de zog ! cracha à nouveau le premier alors que le second orque évitait de peu un coup de mâchoire.
        — J’aim’rais t’y voir ! L’a envie de mordr’ aujour… »

        Le deuxième orque ne put finir sa phrase, la ponctuation finale ayant été amenée sous la forme d’une hache de lancer naine. La wyverne, dont la moitié des chaines avait été enlevée, et ainsi alléché par l’odeur du sang, se jeta sur le cadavre du pauvre orque sans ménagement. Dans sa furie, les pauvres liens qui restaient rompirent les uns après les autres, envoyant des anneaux grossiers et des échardes de bois en tout sens. Avec un rugissement qui envoya quelques viscères se perdre dans les environs, la wyverne indiqua sa joie avant de fondre sur le premier orque alors en fuite. Il n’alla pas bien loin.

        Ember, de son côté, se réjouissait un tant soit peu de sa petite blague. Elle rigola moins en revanche quand elle remarqua que la wyverne la regardait elle. Apparemment, sa cachette n’était pas si bonne que ça en fin de compte.

        Dans un saut beaucoup trop rapide pour que la naine l’esquive, le monstre enfonça tout son poids sur la palissade en dessous de la naine qui perdit l’équilibre et tomba dans la « cage » en se réceptionnant avec une roulade à peu près maîtrisée. La bête, un brin sonnée par le choc, n’arriva pas à l’attraper au vol et s’effondra de manière grotesque non loin.

        Ne voulant pas perdre de temps, Ember se mit en garde, arme devant et tenta de trouver une solution à son problème plutôt pressant. Pour le moment, la wyverne s’ébrouait pour retrouver ses esprits et passait sa langue noirâtre sur ses babines, cassant un morceau d’os récemment coincé là dans un craquement sinistre.

        « Bon, comment est-ce que je te gère toi… » marmonna une Ember progressivement de plus en plus inquiète.

        La wyverne répondit avec un hurlement tonitruant qui envoya un bon nombre de gouttelettes d’acide en tout sens. La naine eu alors l’idée de commencer le combat à cet instant. Et ce, avec sa méthode habituelle. La vouivre eu alors le plaisir de voir son cri être noyé dans un torrent de flammes qu’elle n’attendait certainement pas.

        Aveuglée, et la gueule gravement brûlée, le monstre siffla de douleur et fracassa son visage sur les palissades environnantes. Terrifiée par ce feu qui lui causait tant de mal, la bête fila même en dehors de son enclos avec sa démarche de serpent épileptique, renversant plusieurs orques venus voir ce qui passait dans le même temps. La vue d’une wyverne au visage à moitié carbonisé, hurlant à la mort et broyant tout sur son chemin, suffit à renvoyer les quelques badauds orques là d’où ils venaient en toute urgence.

        Mais bien vite, Ember réalisa que sa solution temporaire, bien qu’efficace, était justement temporaire.

        En effet, une fois que la bête eut fini de se frotter violemment la tête sur le sol, elle réalisa aussi que ses crochets à poison avaient été douloureusement brûlés dans le même temps. Ce fut alors une wyverne très en colère qui regarda Ember de ses yeux meurtris. Et il ne fallut pas longtemps avant que la bête ne fonde sur la naine qui tentait de retourner vers les rangers.

        Voyant que sa course était bien trop lente, Ember fit volte-face et tenta de réceptionner le lézard surdimensionné au visage avec sa hache. Son coup fit bien mouche, mais si la douleur dévia bel et bien l’assaut du monstre ailé, cela ne l’empêcha pas de balayer la combattante d’un coup de queue revanchard. Ayant perdu ses appuis, Ember mangea quelques poignées de terre avant de tenter de se remettre debout. Pas assez vite malheureusement, car la wyverne, qui s’était remise de ses émotions, coupa court au duel d’un coup d’aile qui fit reculer Ember sur plusieurs mètres.

        Ayant définitivement entendu quelque chose se briser sous son armure, la naine, sonnée par la violence du coup, eu bien du mal à se relever. Mais elle se releva quand même, car il aurait été idiot d’être allé jusqu’ici pour abandonner au dernier moment. La wyverne vit cela, ou presque ses yeux n’étaient plus ce qu’ils étaient, et chargea dans un sifflement qui tenait presque de la plainte alors que ses écailles boursouflées crachaient du sang et de la terre.

        Puis un carreau lui perça le flanc, un autre le cou et un dernier son aile droite, stoppant sa charge dans un nouveau hurlement. Frustrée par cette souffrance insupportable, la bête prit la seule solution valide et s’enfuit en s’envolant. Quelques carreaux supplémentaires vinrent s’assurer qu’elle ne redescendrait pas de sitôt.

        Surprise par cette intervention, Ember, dont la vision se troublait déjà, aperçu brièvement quelques rangers nains qui couraient vers elle avant de sombrer.



* * *



        “Marteliers, avec moi !”

        Même dans le chaos de la mêlée, l’ordre de Heimar, capitaine de la garde royale, retentit comme un coup de fouet. Immédiatement, un court son de cor vint confirmer ledit ordre. Lentement mais sûrement, comme un glacier descendant inévitablement le long de la montagne, le régiment d’élite nain se détacha de la ligne naine. En leur centre, sous bonne garde, Harfni Hrotgarsson grommellait régulièrement comme quoi on ne le laissait pas tester son marteau contre les peaux-vertes. Mais il était hors de question qu’on laisse s’approcher de lui le moindre grobi avant qu’ils n’atteignent le grand pilier, ordre du roi. Et Thuringar avait été clair sur le fait qu’on ne discuterait pas cet ordre. Sous aucun prétexte.

        Pour faciliter l’avancée de la tête de pont, les machines de guerre naines concentrèrent leurs tirs sur la marée de gobelins qui faisait directement face aux marteliers. Dans le régiment, ceux des rangs de l’arrière regardèrent passer non sans une certaine inquiétude les longues langues de poix incandescente des canons à flammes. La manoeuvre était risquée : une mauvaise calibration de la part des artilleurs et ce serait leurs propres troupes qui s’embraseraient. Mais le Chef de la Guilde Volund et ses meilleurs ingénieurs étaient parfaitement conscients de la situation : ils ne failliraient pas. Et maintenant que les araignées avaient été mises en fuite, plus rien n’empêchait les artilleurs de se concentrer pleinement sur leur tâche.

        Les défenses naines ne restaient pas en reste, même sans le support des machines de guerre. Sur les flancs, les brise-fer s’étaient déployés en première ligne, et faisaient montre de leur routine ô combien efficace. En un sens, ce genre de combats, ils les vivaient presque tous les mois. Les gobelins s’écrasaient en masse contre le mur inflexible des boucliers de gromril, pressés par leurs pairs à l’arrière qui eux aussi voulaient leur part du combat.

        Les haches des brise-fer tombaient sans répit. Des coups rapides, précis. Économiques. Dépenser le moins d’énergie tout en étant le plus mortel possible. Le tout dans un silence qui en devenait presque effrayant. Il n’y avait pas de place pour les insultes et les cris quand on économisait son souffle. De temps un autre, un ordre aboyé par un capitaine de régiment venait briser ce mutisme, et soudainement, les gobelins étaient violemment repoussés par de grands coups de boucliers, et le mur de gromril s’ouvrait enfin.

        Pour laisser opérer les dracs de fer.

        Les langues de feu jaillissant des drakkthrundi, comme on les appelait dans la langue naine, illuminaient alors la scène des peaux-vertes qui piétinaient leurs camarades, alors renversés par les boucliers, brûlés vifs en pleine charge. Leurs cris se mêlaient au bruit des flammes tout comme leurs chairs fondues se mêlaient avec leur vêtement en se consumant. Puis la salve s’arrêtait, et les dracs de fer se retiraient entre les brise-fer, qui refermaient le mur de bouclier. Sous les yeux des gobelins survivants, la fumée à l’odeur infâme de chair carbonisée se dissipait et révélait le mur de boucliers à nouveau en place, les guerriers nains toisant les peaux-vertes en silence sous leurs masques impassibles.

        Cela n’empêchait pas aux gobelins fraîchement débarqués sur le devant des lignes de se lancer sur eux sans hésiter. Après tout, se disaient à eux-même les gobelins, ils pourraient bien être ceux à faire tomber le mur et à ramasser toute la gloire, sur les corps brûlés de leurs camarades. Cela prendrait le temps qu’il faudrait. Il y avait une poignée de nains, quelques réservoirs de poix pour les dracs de fer. Les gobelins, eux, étaient des milliers.

        Quelqu’un au milieu des lignes gobelines devait s’être fait la réflexion que la force brute (restant, il fallait l’admettre, très limitée) des guerriers gobelins ne serait pas suffisante pour briser la défense naine. Car très bientôt, depuis le fond de la caverne, une étrange lueur se mit à luire. Couvrant le bruit de la masse grouillante, le son d’une incantation suivant une mélodie tribale se fit entendre.

        Dans un craquement sonore, un éclair jaillit de la masse gobeline, fusa en craquant au dessus du gros de leurs lignes pour foncer vers les brise-fer et… au dernier moment, alors que la foudre magique allait survoler les premiers nains, le trait enchanté vira de bord pour se diriger vers les marteliers. Plus principalement Hrafni Hrotgarsson, qui regarda l’éclair foncer vers lui sans sourciller. La foudre sembla alors perdre soudainement en intensité en approchant le nain, jusqu’à ce qu’elle ne disparaisse dans un “pouf” ridicule à quelques pas de lui.

        Hrafni afficha un rictus dédaigneux en grommelant une insulte au shaman dans sa barbe. Foi de seigneur des runes, il n’allait pas laisser un seul sort passer.

        Justement, sa moustache se frisa alors qu’il sentait l’énergie magique qui l’entourait se réveiller, alors que les incantations reprenaient de plus belle à l’arrière. Visiblement, le sorcier gobelin venait de recentrer son attention sur lui. Roulant des épaules, Hrafni barda son esprit d’acier.

        L’attaque du shaman fut bien plus violente que ce à quoi il ne s’attendait, alors que son chant s’arrêtait sur une note stridente, une dizaine de coutelas éthérés se matérialisèrent autour du seigneur des runes, fondant sur lui sans attendre. Si quelques uns se dissolvèrent en approchant le nain, d’autres purent s’enfoncer dans sa peau à diverses profondeurs avant de disparaître.

        Les marteliers à côté de lui poussèrent des cris en voyant l’ancêtre vivant tituber sous des couteaux apparus de nulle part. Mais le vieux nain se redressa, une expression de haine sur le visage.

        “Le fils de kruti… je vais lui briser son esprit, il va voir…” Et il repoussa violemment les deux guerriers qui s’étaient avancés pour le soutenir. “Écartez-vous, c’est entre ce sorcier et moi.”

        Une fumée verte s’échappa soudain du sol sous leurs pieds, mais le seigneur des runes frappa la pierre de son marteau et l’une des amulettes qui y pendait s’embrasa. Le chant du shaman s’arrêta un instant, et la brume comme fut soufflée par un vent inexistant.

        “J’ai plus d’un tour dans mon sac, Varrkhulg” siffla Hrafni entre ses dents serrées.

        Les énergies magiques se rassemblèrent encore une fois, et les marteliers accompagnant l’ancêtre sentirent leurs poils de barbe se dresser. Des grésillements se firent entendre tout autour d’eux, et l’air se mit soudain à onduler comme sous une grande chaleur, dessinant une sphère presque parfaite entourant Hrafni. Le shaman, visiblement, allait tenter de passer en force. Les éclairs fusèrent alors, claquant comme des fouets au dessus des têtes. Un, puis deux, puis trois, puis dix… les marteliers qui regardaient l’étonnant spectacle perdirent le compte. Tous étaient dirigés contre le vieux nain, qui faisait de son mieux pour les contenir. Ils disparaissaient avant même de le toucher, rebondissaient sur sa peau avant de s’enfoncer dans le sol, où était absorbés par les innombrables colliers, fermoirs de barbes et autres bibelots que portait le vénérable ancien, qui lui était tout absorbé par sa méditation.

        De l’autre côté de la grotte, le shaman se délectait de sa future victoire, faisant pleuvoir les énergies aethyriques sur le nain, caquetant de rire et dansant sur place sous le plaisir que cela lui procurait : ce n’était plus qu’une question temps avant que le vioque ne craq… Soudain, ses yeux s’exorbitèrent. Quelque chose approchait. Quelque chose de gros. De dangereux. Qui siphonnait les vents de magie comme l’eau entrainée dans un tourbillon, impitoyable. Omniprésent. Et avide de l’aspirer également.

        Le sorcier émit un glapissement de peur alors qu’il sentit son âme basculer au bord du gouffre qui s’avançait dans l’éther, et il incanta avec précipitation. Dans un nuage vert et nauséabond qui fit tourner de l’oeil ses gardes, il disparut instantanément, réapparaissant plus loin dans la caverne, bien à l’écart de … la chose qui avait failli l’avaler.

        Complètement paniqué, il balbutia un sort ayant pour but de divertir l’attention de son ennemi : un champignon verdâtre se matérialisa au-dessus des marteliers, qui avaient momentanément arrêté leur avancée dans les lignes gobelines. L’image éthérée perdit bientôt forme, et descendit en un brouillard épais et nauséabond sur les nains, les faisant tousser et brûlant leurs yeux. Mais, comme si une main gigantesque venait de les balayer, les volutes de fumées se dissipèrent. Le shaman gobelin vit distinctement les vents de magie se faire aspirer par le vieux nain, et y disparaître, comme s’ils n’avaient jamais existé. Seule une partie orbitait encore autour du seigneur des runes, mais elle était martelée, captive, hors la portée du shaman, entourant les armes des guerriers nains d’un feu ardent qui les chauffait au rouge et que seul lui, sorcier, pouvait voir.

        Il incanta d’autres sorts, mais il balbutiait en panique, et ses doigts crépitèrent au lieu de lancer des éclairs, de la fumée sortit de ses oreilles au lieu de plonger l’esprit du nain dans le chaos, et il faillit s’étaler de tout son long pendant sa danse rituelle.

        Soudain, ses yeux se rivèrent sur le vieux nain. Et il savait que ce dernier le fixait lui aussi. Il essaya de lui soustraire son regard, mais il n’y parvint pas. C’était comme s’il était attiré par ce dernier, tiré vers lui. Lorsqu’il se rendit compte de ce qu’il lui arrivait, il était trop tard. Lié aux vents de magie qu’il manipulait, il sentit son esprit s’évader de son corps. Paniquant intérieurement, il tenta de résister à l’attraction de toute ses forces, mais en vain. Son corps immobile était le témoin impuissant de cette lutte intérieure.

        L’un des gobelins à côté de lui s’inquiéta d’ailleurs du manque de mouvements du shaman. Au bout d’un moment, il finit par se décider à lui tapoter doucement le dos, n’osant trop déranger le sorcier de peur de subir les affres d’une quelconque malédiction. Mais il n’en fut pas ainsi, car le shaman bascula en avant, et quand il roula sur le côté, le guerrier gobelin put voir l’expression figée de terreur du sorcier, ses yeux révulsés aux veines éclatées, et de la mousse de bave dégoulinant le long de sa langue exsangue et pendante. Il respirait toujours, mais seulement par automatisme. À l’intérieur, il n’était plus qu’une coquille vide.

        La phalange des marteliers reprit son avancée, lente mais meurtrière, dans les rangs gobelins. Au milieu d’eux, le vieux seigneur des runes marchait lentement. Tous ses muscles étaient luisants de sueur, et sa barbe fumait aux extrémités. Mais il souriait. Il n’avait pas combattu un sorcier depuis près d’un siècle, mais il n’avait visiblement pas perdu. Oh non. L’inverse même.

        Un bruit étrange fit se retourner un des marteliers. Un bruit sourd, comme une espèce de hoquet, mais guttural, rocheux même. Il comprit alors que Hrafni riait, en voyant sa tête tressauter. Et c’était presque terrifiant. Le guerrier vétéran en frissona, et préféra retourner se concentrer à taper sur du grobi. C’était bien plus rassurant que ce qu’il venait de voir.



* * *



        La charge inattendue des orques dans la brèche créée par les trolls prit les nains et les humains de court. Mais pendant un temps seulement. Beuglant un chant guerrier, la chorale des montagnes itinérantes se regroupa autour de Jandrom, qui chargea le régiment d’élite avec à sa suite sa famille, ses amis, et tous ses proches. Galvanisés par la musique, qui couvrait à présent celle des tambours de guerre, les guerriers firent front avec une hargne renouvelée. « À moiiiiiii ! » Hurla le maestro en écrasant son marteau sur la tempe d’un premier orque, lui brisant la nuque du même coup. Les peaux-vertes, surpris par la vigueur renouvelée de la résistance autour d’eux, ne perdirent pas leur férocité pour autant, et les coups pleuvaient des deux côtés. Apparut le grand chef orque dont la garde rapprochée continuait de mener un rude combat dans l’aile gauche de la formation alliée. L’espace d’un instant, Jandrom se demanda si ce n’était pas lui qui avait lâché les trolls sur l’aile droite pour y renverser le cours de la situation, tout en laissant sa garde continuer le travail de l’autre côté.

        Mais il n’eut pas le temps de se questionner plus longtemps sur les stratégies étrangement peu douteuses du chef de guerre : d’un revers de son énorme hache, ce dernier venait de faire s’envoler le nain qui l’affrontait, le contre-ténor de la chorale, en lui ouvrant le torse de bas en haut. À cette vue, Jandrom avait blêmit, et maintenant serrait les dents.

        On ne tuait pas sa famille impunément. Ça non !

        « Uzkuuuul ! » cria-t-il en chargeant à nouveau, ayant la ferme intention de pourfendre cette immonde créature. Quelques orques tentèrent de s’interposer, mais il les écarta de grands moulinets de son arme, et finit par atteindre leur chef, le visage déformé par la rage, alors que ce dernier poussait lui aussi des beuglements parfaitement inhumains.

        « Prend ça, espèce d’abomination ! »

        L’attaque de Jandrom atteignit l’orque en plein visage, lui enfonçant la mâchoire, qui émit un craquement horrible. Hurlant de douleur, l’orque recula, tout en faisant de grands gestes avec sa hache pour empêcher Jandrom d’approcher. Le maestro raffermit la poigne sur son marteau et se prépara à nouveau à frapper, mais quand l’orque se tourna à nouveau vers lui, plusieurs dents manquant dans sa bouche, le nain eut presque un mouvement de recul.

        La haine qui brillait dans les yeux du peau-verte criait au meurtre.

        « WAAAAAAAAAAAAAAGH !!!!! »

        L’orque partit à l’assaut, la hache levée, et se jeta sur Jandrom. Ce dernier l’accueillit avec un moulinet de son marteau, mais le chef bloqua l’arme au dernier moment avec le manche de la sienne, et asséna un coup de pied d’une violence phénoménale au maestro, qui sentit ses pieds décoller du sol. Une seconde plus tard, il s’écrasait au sol, sa barbe rousse désormais couverte de terre. Mais la haine de l’orque était telle qu’il ne s’arrêta pas là. Alors qu’il tentait de se relever, Jandrom vit son adversaire le charger, les yeux exorbités de rage. Un ou deux combattants humains tentèrent de lui barrer la route, mais il les repoussa comme s’ils étaient autant de fétus de paille. L’orque souhaitait le trancher en deux, c’était l’évidence même.

        Lâchant son marteau, Jandrom laissa parler son expérience de combat des rues, et alors que l’orque parvenait à sa hauteur, il se décala au dernier moment et roula sous ses jambes. La créature se retourna, essayant de lui mettre un coup de coude, mais le nain, grognant de rage, s’accrocha au bras et bloqua le coup. Cependant, ce qu’il n’avait pas prévu, c’était que l’orque parviendrait à le soulever. D’un grand mouvement circulaire, le chef orque projeta à nouveau Jandrom dans les airs. Cette fois-ci, le nain atterrit une dizaine de mètres plus loin, prêt des positions d’artillerie, et la violence du choc le fit sombrer dans l’inconscience.


* * *



L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 2020_013
Revenir en haut Aller en bas
Gromdal
Epéiste
Epéiste
Gromdal

Nombre de messages : 83
Age : 23
Localisation : La Taverne de la Non-Vie, la plupart du temps.
Date d'inscription : 10/06/2017

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeMar 28 Jan 2020 - 2:21

* * *


        Alors que la poussée des marteliers dans les lignes gobelines approchaient Hrafni de sa cible, un vent de panique commença à souffler sur le moral des troupes peaux-vertes. Déjà que leur sorcier venait de griller sur place sans raison apparente et que leur assaut sur l’artillerie n’avait eu qu’un effet limité, les gobelins commençaient un peu à douter de leurs chances. Et ce, malgré leur surnombre toujours évident.

        Il n’en fallait pas plus pour Ghac, Eul’ Grand Patron du Cout’las comme ses troupes l’appelaient, pour arriver à la rescousse de ses troupes inquiètes. Tout armuré de pied en cap avec des bouts de métal de tailles et origines diverses, il était aussi sympathique qu’un squig qui croustillait sous la dent. Ainsi, il passa plusieurs minutes à déambuler derrière les lignes, égorgeant plusieurs de ses congénères qui avaient eu le malheur de regarder ailleurs que vers la ligne naine. Le tout fut agrémenté de quelques :

        « Allé ! On charge tou’ droit ! Tu r’cules ? C’est ma lame qui t’en… » Vous avez compris l’idée.

        Fort de cette motivation imposée, les troupes gobelines tentèrent de reprendre du courage en se disant qu’avec les nains en face au moins, ça pouvait être plus rapide. Les charges reprirent alors, mais surtout au centre de la formation naine, Ghac avait en effet grandement appuyé (du bout de sa lame crantée) sur le fait que « koi ki fasse les barbus, faut pas k’sa s’fasse ! ».

        Légèrement en surplomb par rapport à la bataille, Ghac lui-même visualisait l’impact de ses discours de motivations sur l’avancée de ses troupes. Certes, la percée des barbus à marteaux continuait son avancée, mais malgré les éventuelles semi-explosions de marteaux runiques, ils commençaient à ralentir. Encore un peu plus de troupes et ils arriveraient à les arrêter. Mieux encore, à les encercler. Plus les barbus avançaient, plus ils se séparaient de leurs lignes et plus ils étaient vulnérables.

        Souriant ainsi de toutes ses dents inutilement aiguisées, Ghac indiqua d’un geste négligent de sa lame qu’il était temps pour les zigouillards d’entrer en jeu. Les nains épuisés allaient tomber comme des mouches face aux multiples poignards des… des… des gobelins d’élites qui n’étaient plus là ?

        Se retournant en tout sens, Ghac se demanda sérieusement ce qu’il pouvait bien se passer. A part une dizaine de gobs qui venaient de partir tout penaud, le gros de sa surprise « diskrèt » l’était tellement qu’il ne les voyait pas. Étrange, pensa-t-il alors, il les avait envoyés nettoyer quelques tunnels non loin il y a peu pour s’assurer qu’on ne les prendrait pas à revers. Justement, le déluge de flamme qui sortit du « tunnel non loin » indiqua à Ghac à quel point il s’était planté sur cette question.

        Se déversant tel une lame de fond, les brisefers envoyés pour rameuter les troupes gobelines sortirent en un groupe compact en plein dans les lignes arrière desdits gobelins. De temps à autre, un sac rempli d’explosifs sautait de la formation pour rappeler dans un flash dévastateur à leurs ennemis que la seule émotion qu’ils avaient le droit de ressentir était la peur.

        Forcément, Ghac hurla quelques ordres pour arrêter cette escouade surprise. Après avoir réalisé que hurler ne marchait pas et que poignarder quelqu’un ferait quand même un gob de moins à mettre sur la route d’une hache lui étant destinée, Ghac changea de plan. Surtout que les barbus récemment arrivé commençaient à ressembler à une escouade de la mort avançant méthodiquement dans sa direction.

        Un *paf* sourd se fit entendre à sa gauche alors qu’il tournait les talons. Ghac vit qu’il s’agissait d’un sac carré, il vit la mèche surtout. Son plongeon instinctif l’amena plus près des nains qu’il voulait fuir, mais sur le coup, éviter un souffle ravageur de flammes et de haine était plus important.

        Quand le chef gobelin se releva en clinquant en tout sens, il était face à face avec un nain. Un encapuchonné au regard froid qui n’avait pas l’air de vouloir rester prendre une soupe de champignons et tailler le bout de gras. Ah, quoi que, ce dernier détail, si, mais en plus littéral.

        « Au bout du chemin montré par Gazul, il y a la gloire de nos ancêtres, lança le nain austère en levant sa hache. Au bout du tien, il y a son épée de feu. »

        Voyant que le nain déblatérait une menace peu amène, Ghac trébucha presque en panique en tentant de récupérer le charme que le chaman lui avait refilé la dernière fois. Et ce fut au dernier moment que le chef gobelin parvint à opposer le grigri ésotérique à la hache impitoyable du nain.

        Il y eu comme un souffle qui envoya voler les deux adversaires et une lumière d’un vert que même Gork aurait trouvé un peu trop pétant. Ghac partit en roulé-boulé sur deux bons mètres. Sa main qui tenait l’artefact le lançait horriblement mais il pouvait encore la bouger. En face de lui, le prêtre nain avait à peine reculé, se protégeant derrière ses gantelets métalliques ouvragés, mais il serrait les dents. Autour d’eux les autres nains avaient formé une formation défensive, mais aucun n’agissait contre Ghac, trop occupé qu’ils étaient à garder les autres gobelins à distance.

        Se sentant en confiance, Ghac dégagea définitivement son coutelas favori et chargea sur son ennemi du jour en rigolant. Enfin, il avait quelque chose à ouvrir en deux d’un peu plus consistant. Le nain encapuchonné tenta bien de parer le coup, mais la lame glissa sur un des gantelets pour aller trouver un flanc moins bien protégé. Dans un grognement, le barbu envoya un revers de sa hache pour tenter de couper court au duel, sans succès alors que Ghac esquivait le tout sans difficulté. Le chef gobelin se permit même de reproduire son attaque précédente de l’autre côté. C’était son pêché mignon ça, voir ses cibles se vider de leur sang. Et il semblait que cela marchait, car le nain encapuchonné mit un genou à terre, lâchant son arme pour tenir son flanc nouvellement atteint.

        « Ah ah ! Fallait pas jouer avec Ghac, Grand Patron du Cout’las ! se gaussa le gobelin en s’approchant de sa victime en agitant son arme.
        — Il est plus que temps d’en finir, grogna le nain.
        — J’auré pas dit mieux ! ricana Ghac. Maint’nant bouge pas tro, fo ke jgrkfrfjff… ! »

        Ce dernier son était en fait celui d’un chef gobelin avec un canon de ratisse-rancune dans les gencives. Vorlek releva les yeux.

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 2020_015

        « Ghac », fit Ghac.

        Il y eu une détonation sèche et c’en fut fait d’une bonne partie de l’état-major gobelin.


* * *


        Thrag Eul’troueur d’nabots tourna la tête dans toutes les directions, cherchant des yeux et du nez sa prochaine cible. Il avait été très énervé par ce nabot roux qui lui avait cassé plusieurs dents, et il entendait bien passer ses nerfs sur le premier truc venu qui choperait son attention. Autour de lui, ses kostos faisaient du bon boulot, tapant sur tout ce qui bougeait, et même ce qui ne bougeait pas. Mais c’était chaud quand-même, il fallait le reconnaître. Les nabots et les zoms se battaient bien. Sa bouche de trente centimètres grimaça en ce qui se voulait être un sourire carnassier. Il allait bien passer ses nerfs, et ensuite il pourrait s’amuser. Ouais.

        Ce fut un autre chant qui attira son attention. Les nabots ici avaient arrêté de chanter. En même temps, les chanteurs étaient soit morts soit pas loin de la mort, alors bon. Mais là, c’était un zom qui chantait. Un zom un peu plus loin, avec un casque à pompon, et qui taillait dans les ‘boyz’ en beuglant un truc qui ressemblait à :

Dans les prisons d’Helmgaaaart
Landidididoudandidididandidan
Dans les prisons d’Helmgaaaart
Y’avait un prisonnier
Y’avait un prisonnier-er

        Thrag n’avait aucune idée de ce que ce zom voulait dire, et au fond il s’en fichait bien. Le ‘bonom’ était fort, et c’était ça l’important. Attrapant sa hache à deux mains, Eul’troueur d’nabots planta son pied gauche dans le sol derrière lui tout en fléchissant les jambes, puis les détendit et fonça tel un grotesque boulet de canon vert. Un boulet de canon qui criait « WAAAAAAAAGH ! »

        En entendant ce cri, parfaitement audible malgré la cohue ambiante, Elric releva la tête après avoir tranché celle d’un orque particulièrement malpoli (il l’avait traité de ‘sale zom’, alors qu’il était très attentif à son hygiène), et s’aperçut de deux choses. La première, c’est que le chef de guerre orque était en train de foncer dans sa direction à la vitesse d’un cheval au galop - à priori, il n’était pas expert. La deuxième, c’était qu’il était semblait-il seul sur son flanc, ou presque, et qu’il ne devait pas particulièrement espérer de renfort, le reste de l’armée étant bien occupé ailleurs. Son groupe se battait bien, mais il était composé d’amateurs sans les réflexes de cohésion régimentaire, et face à cette chose ils se feraient charcuter. Se préparant à la collision, il se campa sur ses jambes, brandit son bouclier et entonna bien fort la suite de sa chanson :

Personne ne le vint l’vouère
Landidididoudandidididandidan
Personne ne le vint l’vouère
Que la fille du geôlier
La fille du geôlier-er

        Et pourtant, même en étant ainsi paré, Elric ne put rester sur ses jambes quand Thrag heurta son bouclier. Le choc qui se répercuta dans son corps lui évoqua brièvement la chute d’une lame de fond, et il rêva plus qu’il ne sentit ses pieds quitter le sol alors qu’il s’envolait sous l’impact. Un nouveau choc, amorti cette fois par les quelques touffes d’herbes encore non piétinées, et un goût de terre emplit sa bouche. Il avait atterri, et plutôt violemment. Les petits morceaux de cohérence de son esprit se réassemblèrent, et il n’eut que le temps de rouler au sol pour éviter l’attaque suivante, qui fendit le sol là où il s’était trouvé l’instant d’avant. Sa contre-attaque, qu’il porta hâtivement depuis le sol, rebondit pitoyablement sur le cuir de l’orque. En retour, celui-ci changea de tactique, et balança un magistral coup de pied au marin qui l’envoya une nouvelle fois plusieurs mètres en arrière.


L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 2020_014


        Elric finit par se relever, profitant du fait d’avoir, cette fois, gardé ses esprits. Mais une seconde plus tard l’orque était sur lui, hurlant un « eu’jv’ai t’défoncer ! » aussi compréhensible qu’un Nordlander éméché. Mais malgré ses évidentes lacunes en matières linguistiques, le peau-verte était un adversaire redoutable, dont la taille immense et la grande portée de son arme firent reculer Elric, qui en retour ne parvenait tout simplement pas à attaquer. Le bouclier de l’humain encaissait des chocs brutaux, et s’il parvenait à en esquiver d’autres, il se sentait clairement fatiguer. Puis un son affreux retentit, un son guttural, rocailleux et saccadé, semblait-il émis par l’orque lui-même. Elric comprit alors avec horreur : la créature riait.

        Thrag riait en effet. Il riait parce qu’il s’amusait bien en fait. Clairement, ce zom était encore en vie, ouais, mais il avait pu le faire voler comme un ballon de…de quoi au juste ? Il avait une nuit rêvé avoir affronté des nabots sur un terrain vert comme lui, mais avec plein de zoms, de nabots, et d’orques comme lui, avec une balle qui volait dans tous les sens. Ç’avait été un rêve rigolo, mais pas moyen de se souvenir du nom du jeu. Bah, il s’en fichait. Faire s’envoler ce zom était tout aussi marrant, mais il fallait en finir. Il avait demandé sa vouiv’, et elle devrait arriver d’un instant à l’autre.

        Elric eut alors la désagréable vision du chef orque, toujours riant, qui franchit d’un seul pas plus rapide que les autres la distance entre eux. Thrag eut alors recours à une de ses ‘tactikes’ préférées : le ‘coud’boul’, et il écrasa sa tête sur celle du marin, faisant au passage s’envoler le casque d’Elric, qui tituba en arrière. Sa tête tournait dans tous les sens, et sa vue était brouillée, mais son cerveau réfléchissait à toute vitesse, et une seule conclusion en sortait :

        Sa dernière heure était arrivée.
Revenir en haut Aller en bas
Gromdal
Epéiste
Epéiste
Gromdal

Nombre de messages : 83
Age : 23
Localisation : La Taverne de la Non-Vie, la plupart du temps.
Date d'inscription : 10/06/2017

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitimeJeu 30 Jan 2020 - 1:27

* * *

        Johannes Mikaelson décapita un énième orque de la garde du chef de guerre. Il ne comptait plus les peaux-vertes qui avaient péri sous sa lame depuis le début de la bataille. Vingt ? Trente ? Il s’en fichait royalement. Tous n’étaient de toutes façons que des êtres inférieurs, répugnants et abjects, et seulement dignes de lui servir de faire-valoir auprès de tous ces nains et de ces humains. Il était en réalité trop concentré sur ses mouvements pour faire attention à grand-chose. Il ne devait pas faire preuve de trop de rapidité, trop de force ou trop d’endurance pour ne pas passer pour ce qu’il était. Le fait d’avoir réussi à se relever après que son cheval ait été fauché avait été salué par ‘ses’ hommes, mais rien n’était jamais joué avec les humains.

        Il souhaitait affronter le chef de cette bande immonde, l’immense créature verte qui avait projeté le musicien nain roux dans les airs. Mais manque de chance, le spécimen en question avait foncé tout droit à un autre endroit, et à moins de vouloir anéantir sa couverture, il ne pourrait le retrouver avant un moment. D’autant que sa chance de tuer le chef orque semblait de plus en plus maigre, car le régiment de marteliers mené par les deux grands-prêtres nains, Brunna et Hokar, avait bifurqué pour se diriger vers lui. Quelle déveine ! De rage, il trancha le bras d’un autre orque en criant sa frustration, sans se rendre compte qu’il s’était en réalité éloigné de ses troupes, et qu’on l’observait intensément depuis ses arrières.

        Richter Ketzerfeuer était à l'affût. Sa cible était là, bien en évidence, et qui plus est seule. L’hérétique en chef, frère de l’autre (et de l’autre autre, mais celle-là, on lui règlerait son compte en temps et en heure, après les deux premiers), se trouvait devant lui. Un sourire sadique s’étendit d’une oreille à l’autre, donnant à son visage disgracieux une apparence maléfique, renforcée par son extravagante moustache. Il allait sévir, et par Sigmar, la justice allait être appliquée !

        L’épée à la main, un pistolet dans l’autre, le répurgateur se faufila entre les coups, déviant et parant ceux qui lui étaient destinés. Une grosse brute verte lui fonça dessus en beuglant, un énorme coutelas à la main. Richter lui fit sauter la tête d’un coup de feu par réflexe, avant de se maudire pour cet acte stupide. Johannes s’était retourné, et le fixait d’un regard soudain méfiant. Richter n’attendit pas, et fonça sur lui, l’épée levée, en hurlant « MEEEEEEUUUUUUUUURS ! »

        Leurs épées se croisèrent, et Johannes, totalement surpris par cette attaque, ne parvint pas à bloquer tous les coups portés par cet hurluberlu au chapeau ridicule. L’épée de Richter entailla sa joue, mais en un tour du poignet il fit de même au répurgateur, qui fronça les sourcils de fureur.

        « Mais tu vas mourir ? » cria le sigmarite. Johannes, qui ne comprenait pas ce que lui voulait cet importun, ne souhaitait pas se laisser emporter devant tant de témoins potentiels, et recula sous l’effet des coups de son adversaire inopiné. Ce dernier pressait son avantage, à tel point que, d’une habile torsion de la lame, il fasse lâcher la sienne au chef de la maison Mikaelson, qui se planta dans le sol quelques mètres plus loin.

        « Tu es à moi, hérétique en puissance, suppôt du mal, infidèle et incroyant, qui se considère au-dessus de la toute puissante justice de Sigmar, qui dans sa miséricorde… »

        Johanne cessa d’écouter le répurgateur, qui lui pointait à cet instant son épée sur le poitrail. Son sang, pourtant inerte dans son corps, bouillonnait de rage, et son visage était un masque de fureur contenue. Erhard lui avait bien parlé de cet imbécile, mais s’il avait ri sur le coup, là il en était bien loin. Cet abruti, ce trublion aux allures grotesques et au chapeau absurde, était en train de dire qu’il allait réduire à néant tous ses efforts, et ce sans aucune raison ? Mais il allait voir ce qu’il allait voir. On ne se moquait pas impunément de la famille Mikaelson, et il était temps de le montrer.

        « …et c’est en Son nom que moi, humble serviteur du Tout Puissant Sigmar, je vais exécuter la sentence… »

        Richter s’apprêta à perforer le cœur de cet hérétique en puissance, mais au moment où il bougea, ce dernier bougea aussi. Et très vite. Sa rapière, loin de percer ledit cœur, fut déviée par le gantelet de l’hérétique, et ne fit que s’enfoncer dans son flanc. Et elle le fit beaucoup moins qu’il ne l’aurait voulu, car au même instant, Johannes arma son autre bras et lui asséna une claque magistrale.

L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 2020_016

        SBAAAAAF

        Le répurgateur tomba à la renverse, proférant un mélange de jurons, d’insultes et d’imprécations, et son chapeau s’envola. Roulant sur le dos, Richter vit que son arme était encore dans le corps de l’hérétique. Johannes le regarda au sol avec tout le mépris dont il était capable, puis sortit l’arme de son torse en grognant de douleur, et la jeta au sol, avant d’asséner bien fort :

        « Vous avez fait une terrible erreur, mein Herr. Sachez que Sigmar a toute ma ferveur, et qu’à la place d’attaquer ses fidèles sans raison, vous feriez mieux de traquer les vrais hérétiques. »

        Il avait fait exprès pour que ses hommes puissent l’entendre, ainsi que quelques nains, tout en haletant suffisamment – il l’espérait – pour paraître crédible au vu de la blessure qu’il venait de subir. Richter n’avait jamais vraiment été en odeur de sainteté parmi ses semblables – ce qui, se dit-il en savourant l’ironie, était un comble pour un serviteur de l’Eglise – et sa disgrâce ne surprendrait personne. Johannes vit avec satisfaction que des regards durs se fixèrent sur l’homme au sol, puis se détourna de lui et alla ramasser sa lame. Il avait dû utiliser sa vitesse surnaturelle pendant une demi-seconde, mais il était certain que personne ne l’avait vu. Et puis, dans tout ce chaos, qui pouvait dire ce qui s’était réellement passé ?

        Pourtant, sur la petite colline où étaient massées les pièces d’artillerie, Sybille passa sa main sur son visage en signe d’exaspération. Si Johannes survivait à cette bataille, elle le tuerait certainement elle-même…



* * *


        “Flèches ! Boucliers !”

        L’ordre claqua sèchement depuis la tête du régiment, et Hrorgosak, suivi des autres, leva immédiatement son bouclier rond. Aussitôt, le bruit sourd des flèches pleuvant sur le sien et celui de ses compagnons d’armes se fit entendre. Il y eut également un bruit plus mat, suivi d’un grognement de douleur. Ou d’un râle, rien ne pouvait être sûr dans le vacarme d’une bataille. Entendant le son, Hrorgosak serra les dents, et se jura de faire payer les grobi au centuple. Il était là avec le régiment de son clan, jeunes et moins jeunes guerrier. Et il n’était pas de ceux qui attendaient que les rancunes soient écrites dans le livre de son clan pour les venger.

        Une fois la pluie flèches passée, les gobelins lancèrent une nouvelle charge, et tous plantèrent leurs pieds en arquèrent leur dos pour les recevoir proprement : un bouclier dans les dents, suivi d’une hache dans les côtes. Une méthode largement éprouvée, et approuvée.

        Hrorgosak comptait très précisément le nombre d’ennemis qu’il avait abattu, et leur nature : lancier, lanceur de filets, champion, chef… Tout était très important, pour ratifier proprement les bonnes rancunes contre les atrocités commises par des ennemis bien précis. D’un revers de hache méprisant, il rajouta un dix-septième lancier à sa liste mentale.

        Cela dit, un cri plus strident que les autres attira son attention, et le temps qu’il tourne son immuable regard sévère dans la direction, il se retrouva à loucher sur un boulet rouillé, relié par une chaîne à un gobelin qui riait de façon incontrôlée, les lèvres dégoulinantes de bave. Le boulet passa littéralement sous le nez du longue-barbe, manquant de l’emporter. Le lancier gobelin à côté de lui n’eut pas cette chance :  dans un bruit mou, l’arme improbable s’enfonça dans son abdomen, avant de l’envoyer voler à travers la caverne. Le gobelin n’avait même pas eu le temps de comprendre ce qui lui était arrivé, encore moins de crier.

        “Fanatiiiiiques !!!” hurla-t-il à la ronde pour alerter ses compagnons d’armes qui n’aurait pas été au courant. Cela dit, à entendre les bruits du combat, il n’était pas exclu que son régiment dusse faire fasse à plusieurs de ces satanés grobi drogués. Ils allaient devoir se débrouiller sans lui : le fanatique devant lui l’attendait déjà.
        Enfin, l’attendre était un bien grand mot, puisqu’il était beaucoup trop occupé à tournoyer comme un … eh bien, comme un drogué décérébré, en l’occurrence dopé aux champignons hallucinogènes, pour se concentrer sur une cible précise. Hrorgosak s’était simplement trouvé sur son chemin par les voies du hasard.

        (NDA : Plutôt par les voies de Gork et Mork. Quoiqu’il n’est pas improbable que Ranald puisse trouver fort amusant d’envoyer des fanatiques gobelins de la nuit çà et là dans le Vieux Monde. Mais, pour des raisons de sécurité impliquant de ne pas devenir la cible d’un tel caprice du dieu des bonnes… et moins bonnes… farces, les auteurs n’en diront pas plus.)

        Le problème était que pour tuer un fanatique, il fallait l’approcher. C’est-à-dire se mettre à portée du boulet tourbillonnant à grande vitesse à l’autre bout de la chaîne. Il fallait donc avoir soit beaucoup d’adresse, soit beaucoup de chance.


L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 2020_017


        “... saloperie de merde !” s’exclama Hrorgosak.

        Il avait visiblement de la chance. Pas assez pour atteindre le gobelin, mais suffisamment pour que le boulet se contente de lui arracher son bouclier, sans emporter le bras avec. Sahar, sa fidèle hache, n’avait elle brassé que du vent.

        Ça s’annonçait bien.

        Alors qu’il esquivait in extremis un nouveau passage du boulet, s’en tirant avec une énième rayure sur le plastron de son armure, il vit un courte barbe tenter de prendre le gobelin à revers. Mais, à la différence de tout ennemi, disons, classique, on prend difficilement un fanatique à revers, puisqu’il est constamment en rotation. Du fait, il en va de même du boulet. Ainsi, avant que Hrorgosak ne puisse crier, il vit la tête du jeune nain disparaître dans une gerbe de sang alors que des poils de sa barbe étaient emporté par l’arme tourbillonnante. La riposte rageuse du longue-barbe fut déviée par les chaînes volant autour du gobelin, de même que son cri de rage fut couvert par le rire caquetant du grobi.

        Hrorgosak serra les dents. Il allait en finir ! La chaine le fouetta à nouveau, cette fois au visage, faisant couler le sang sur sa joue, mais il n’en eut cure. Sahar frappa à nouveau, et cette fois elle versa le sang épais et noirâtre du gobelin, déchirant son flanc.

        Mais le fanatique semblait insensible à la douleur, et il continua à tourbillonner, en titubant un peu plus certes, en entraînant son infernal boulet avec lui. Boulet qui fila cette fois droit sur Hrorgosak. Jurant, le vieux nain dressa son bras gauche par réflexe, avant de se rappeler qu’il n’avait plus son bouclier.

        Pas le temps de jurer. Hrorgosak plongea en avant, senti son épaule gauche encaisser le coup, senti l’armure plier et ses muscles hurler de douleur… mais le boulet fut dévié, et ne le heurta pas plus loin. Son bras n’était que douleur, mais il était vivant. Et à portée du fanatique.

        Il n’y avait pas de temps à perdre, avant que le boulet ne revienne à la charge, et le regard vengeur du nain transperça le gobelin.

        “Tourne autour de ça, fils de kruti !”

        Sahar trancha net le bras du gobelin, lui faisant lâcher le boulet qui finit dans la masse des peaux-vertes après un vol plané, emportant avec lui le membre amputé qui tenait toujours fermement les chaînes. Le fanatique tournoya encore quelques instant dans le vite, l’air un peu confus, aspergeant le sol du sang s’échappant avec profusion de son moignon, avant de perdre son élan et de s’étaler face contre terre sur la pierre froide, pour ne plus y bouger.

        Hrorgosak ne s’attarda pas longtemps devant le cadavre du grobi, et s’affaira à renfiler son bouclier sur son bras gauche, ne serait-ce que pour le protéger de nouveaux coups à sa blessure, à défaut de pouvoir le manier correctement. Il se retourna vers le gros du combat, mené par son régiment, et grogna dans sa barbe. Grungni lui soit témoin : il restait beaucoup à faire, et il entendait bien être de retour à la brasserie pour sa bière du soir.



* * *



        Elric ferma les yeux et adressa une rapide prière à Manaan, juste le temps de dire que, finalement, il s’était bien amusé, et se prépara à l’inévitable.

        Qui vint sous une forme imprévue.

        Il ressentit un choc, ça oui, mais venant de sa droite. Et ce n’était pas une hache, mais un genre d’épaule, qui le fit – encore – tomber. Puis il entendit un intense bruit métallique, et un grognement de frustration.

        Elric ouvrit les yeux, et s’aperçut que le grand chef orque était désormais penché sur une autre silhouette, qui bloquait la hache avec deux épées entrecroisées. Encore sonné, il ne put bredouiller autre chose qu’un « Miklsn… » pâteux, mais son esprit avait parfaitement reconnu son sauveur : Erhard Mikaelson.

        Thrag Eul’troueur d’nabots, lui, était en colère. À nouveau. On lui prenait son ‘pass-ner’, et celui qu’il avait devant lui ne semblait pas du tout être un rigolo. C’était aussi un zom, pas de doute, mais il n’avait pas l’air de s’amuser. Pourtant, Thrag devait bien reconnaître qu’il avait de la force, parce que c’était pas souvent qu’un zom pouvait bloquer sa hache comme ça. Mais ça n’allait pas l’empêcher de faire de la bouillie de ce petit zom aux cheveux noirs. Ça allait lui apprendre à se mettre entre lui et son pass-ner. Ouais.

        Thrag rompit l’assaut en retirant sa hache, puis, poussant un grognement guttural, il partit dans un enchaînement de grands moulinets qui firent reculer le pas-rigolo. Mais pas assez vite, parce qu’une gerbe de sang jaillit de son flanc. Thrag grogna à nouveau, de plaisir cette fois, mais on ne faisait plus très bien la différence. Pourtant, à sa grande surprise, le zom lui faisait toujours face, sans sourciller. L’orque était interloqué. C’était clairement un dur-à-kuir celui-là.

        Erhard soutint le regard de l’orque, qui s’était arrêté un court instant. Puis la créature repartit à l’assaut, mais cette-fois imitée par le vampire. Ce dernier se coula sous la hache, refermant en un instant la distance entre Thrag et lui, et porta un violent coup d’épée qui traça un sillon sanglant sur le torse du chef orque. Ce dernier hurla de douleur et de rage, ses yeux s’injectant de sang. Dans sa fureur il porta un coup de poing féroce à Erhard, qui, sous le choc, recula, la tête partant en arrière. Thrag n’avait plus du tout envie de rigoler. Il voulait tuer ce zom, et tous les autres, et les nabots aussi. Ouais. Il voulait les massacrer, les dévorer, les éclater, les défoncer ! Son ventre lui faisait mal, ses dents aussi, et par Gork, c’était une bonne raison pour vouloir tout ça. Qu’ils attendent seulement que sa vouiv’ se ramène, et ils feraient moins les malins.

        Mais un léger sourire éclaira un instant son visage habituellement inexpressif d’Erhard. Car pour porter ce coup de poing, l’orque avait dû lâcher sa hache.

        Ce fut sa dernière erreur.

        Erhard se fendit, l’épée dans sa main droite pointée vers l’avant, l’autre bloquant définitivement l’arme de son adversaire. Dans un bruit répugnant, le vampire aux cheveux noirs planta brutalement sa première arme dans la poitrine du grand-chef orque, qui tressaillit sur le coup.

        Thrag écarquilla les yeux. Cette sensation, il ne la connaissait pas, mais c’était pas sympa à vivre, non. À vingt centimètres de son visage, le zom pas rigolo le fixait encore de ses yeux froids. Il voulait l’écraser, et même s’il se sentait un peu plus faible, il avait encore sa hache à la main. Poussant un grognement, l’orque leva sa hache d’une seule main, avant de hurler de douleur. Le zom, ce salo’, lui avait carrément coupé le bras à mi-coude avec sa deuxième épée. Son sang noir jaillit du moignon, et il sentit ses forces l’abandonner brutalement. Il ploya les genoux, et sentit plus qu’il ne vit Erhard retirer son épée et le pousser à la renverse d’un coup de pied.

        L’orque tomba sur le dos, étalé de tout son long. Son regard s’égara vers le ciel. Tout d’un coup, un hurlement bestial, et qu’il connaissait bien, retentit depuis les airs. Ce cri…c’était Crok’os, sa vouiv’ !

        Effectivement, là, survolant le champ de bataille, le reptile ailé s’en allait à tire-d’aile, en poussant des petits grognements de douleur. Thrag comprit, dans un de ses derniers moments de lucidité, qu’il avait été pris à revers par les trait’ zoms et nabots. Puis une silhouette se pencha au-dessus de lui. C’était un nabot, ou plutôt une nabote. Et elle non-plus, elle n’avait pas l’air très rigolote.

        « Engeance du mal, stupide meurtrier de trop d’entre nous, prépare-toi à être rayé du Dammaz-Kron ! » rugit Brunna, qui leva bien haut sa hache runique depuis laquelle s’échappaient des flammes dont la chaleur pouvait être ressentie plusieurs mètres à la ronde. La prêtresse de Valaya et ses gardes du corps étaient arrivés sur les lieux du combat avec Thrag, et pendant que les marteliers sécurisaient le périmètre à grand coup de marteaux, elle avait tenu à voir le grand chef orque dans ses derniers instants. Non-loin, Hokar observait la scène, le visage aussi fermé que celui d’Erhard.

        La hache s’abattit, et le corps brisé de l’immense orque fut pris d’un soubresaut alors que sa tête était séparée de son corps. Brunna recula, le souffle court, et prit un air décidé.

        « Mes amis, leur chef, cette immonde créature, est mort. À présent, anéantissons les derniers. Pour Azgaraz ! Pour le Roi ! »

        « Pour Azgaraz ! » reprirent en chœur les troupes autour d’elle. Ce cri de guerre se répandit partout sur le champ de bataille tel une trainée de poudre. Le dénouement approchait.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: L'honorable tournoi de Karak Azgaraz    L'honorable tournoi de Karak Azgaraz  - Page 2 Icon_minitime

Revenir en haut Aller en bas
 
L'honorable tournoi de Karak Azgaraz
Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» 12/09 Grand Tournoi Standard : From the Vault Relics
» debrief tournoi bolbec
» DEBRIEFING du Tournoi Avord 2010
» tournoi yugioh du 02/09/09 interdit au JB
» DEBRIEFING du tournoi "Flames of War" de Cergy les 23/24 Octobre 2010

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Conseil Impérial :: Notre chère terre : L'Empire :: L'Arène-
Sauter vers: